Ex­trac­tion

Cadrage du dossier extraction, espazium revue 10/2026
Data di pubblicazione
12-10-2026
Revision
12-10-2026

Pour construire, il faut des matériaux, et donc extraire des matières premières de l’environnement. Or l’extraction a mauvaise presse, particulièrement lorsqu’elle se déroule sous nos fenêtres: bruit, poussière, ballet de camions, atteinte au paysage, etc. Externaliser les nuisances, fermer les yeux sur les atteintes à l’environnement dans des pays aux législations moins strictes, se boucher le nez face à des conditions de travail inimaginables ici: la mondialisation a pu représenter une solution bien pratique, en déplaçant le problème plutôt qu’en essayant de le résoudre. Mais la crise climatique et les tensions géopolitiques ont bien vite touché les limites de cette approche très NIMBY.

Le présent dossier s’intéresse à trois matières premières extraites en Suisse: le bois, les sols/la terre végétale et le gravier. Toutes trois sont intimement liées au monde de la construction. Mais chacune est envisagée différemment. Le bois est une matière organique et renouvelable, son extraction peut ainsi être durable pour autant que la gestion des forêts soit adaptée. Dans ce domaine, la Suisse revient de loin: ses forêts ont été victimes d’importantes coupes rases au cours du 19e siècle. Sans leur couvert, l’érosion et les glissements de terrains sont rapidement devenus un problème national. La loi fédérale sur la police des forêts du 24 mars 1876 a permis de mettre un terme à la catastrophe. D’abord concentrée sur la prévention des dangers et la conservation des surfaces forestières, la politique fédérale suisse s’est ensuite étendue à la préservation des fonctions protectrice, économique et sociale de la forêt. D’une logique extractiviste à une logique de gestion durable, mais toujours marchande. Pourtant, ce modèle montre peut-être aujourd’hui ses limites face au changement climatique: les forêts plantées hier ne sont plus adaptées au climat d’aujourd’hui, encore moins à celui de demain. Les arbres poussant moins vite que le climat ne change, comment gérer la forêt du futur en prenant en compte le regain d’intérêt pour le bois comme matériau de construction?

La situation du gravier est différente: le stock est abondant, même si les activités humaines en limitent l’accessibilité. Pour autant, l’exploitation de la ressource n’est pas durable: les dépôts d’aujourd’hui sont le fruit des glaciations du passé, et les glaciers ne sont pas près de recouvrir à nouveau le Plateau. Ce constat constitue un double défi. Aux exploitants d’abord, qui travaillent à faire durer leur ressource le plus longtemps possible. Une démarche qui passe notamment par la production de béton recyclé. Aux autorités ensuite, qui doivent assurer des réserves suffisantes de cette ressource stratégique tout en ménageant des citoyens, et des électeurs, peu envieux de voir une nouvelle exploitation s’ouvrir devant leur porte.

Les sols et la terre végétale ont quant à eux un statut particulier puisqu’ils peuvent à la fois être un déchet destiné à finir en décharge (au début d’un chantier) et une ressource très recherchée (parfois à la fin du même chantier). Comment éviter le gaspillage de cette précieuse ressource et éviter le va-et-vient de camions chargés de terre? L’association Terrraterrre explore ces questions et propose des solutions concrètes aux différents corps de métier.

L’extraction est le négatif de la construction. Toutes deux dénaturent, par nature. Mais l’extraction laisse un vide derrière elle. Quand elles se développent dans notre jardin, ces cicatrices de notre mode de vie sont probablement un bon moyen de réfléchir aux conséquences de notre soif de matières premières.