La sobriété, le geste et le coût
Transformation du Centre sportif du Bout-du-Monde (GE)
Il est de ces concours qui répondent à l’esprit du temps. Vingt ans plus tôt, la transformation du centre sportif du Bout-du-Monde à Genève aurait probablement appelé une tout autre réponse architecturale et paysagère que celle retenue. Aujourd’hui, parmi les critères que les équipes concurrentes prennent en compte pour élaborer leur proposition, c’est la sobriété qui s’est progressivement imposée – devant le geste architectural et le coût de l'ouvrage.
Il est de ces concours qui répondent à l’esprit du temps. Vingt ans plus tôt, la transformation du centre sportif du Bout-du-Monde à Genève aurait probablement appelé une tout autre réponse architecturale et paysagère que celle retenue. Aujourd’hui, parmi les critères que les équipes concurrentes prennent en compte pour élaborer leur proposition, c’est la sobriété qui s’est progressivement imposée – devant le geste architectural et le coût de l'ouvrage. Qu’est-ce que la sobriété ? D’abord un objectif à moyen terme, fixé dans ce cas par la Ville de Genève dans son Plan directeur communal1. Mais c’est également devenu un moyen, un outil de conception que les équipes se sont approprié différemment, la plupart en commençant par regarder ce qui est déjà là.
La plus petite intervention
C’est ce que de nombreuses intervenantes ont souligné lors du vernissage de l’exposition du concours lundi 12 octobre 2026 en rappelant la valeur mémorielle d'un lieu qui a accompagné plusieurs générations d’écoliers et d'écolières, et accueilli de nombreux rassemblements. Niché dans la boucle de l’Arve, le Bout-du-Monde est aussi l’un des rares sites paysagers préservés aux portes de la ville. Lors de sa prise de parole, l’architecte paysagiste du groupement lauréat, Céline Baumann, y distingue deux mondes, celui des terrains plats et de l’activité physique, et celui de la déambulation et de la détente. Le programme tend également vers ces deux directions. S’il prévoit la remise aux normes de plusieurs installations, il étoffe surtout l’offre, avec notamment une piscine olympique, un skate-park fermé et de nouvelles aménités. Pour y répondre, l’«économie de moyens» exigée par le cahier des charges ouvrait un champ d’interprétation, entre la retenue du geste et la maîtrise des coûts.
D’emblée, les sept projets primés montrent une profession largement familiarisée avec ces exigences, tant les connaissances et les savoir-faire ont circulé ces dernières années. Le palmarès décline alors plusieurs définitions du geste sobre, selon que l’effort se porte davantage sur la forme du bâti, sa compacité et son rapport au sol, ou sur le choix des matériaux et d'un réemploi de l'existant. Classé quatrième, le projet de Bruther incarne sans doute le mieux l'idée d'un geste fort, dont le jury salue la poésie mais critique l'emprise au sol. Deuxième et troisième, les projets de Baukunst et FRES misent sur la compacité, sacrifiant le pavillon des sports, construction industrielle de 1970 bâtie sans protection patrimoniale, démonté et réemployé en partie. À rebours, le projet lauréat de l’équipe menée par Nomos délaisse la compacité, devenue pourtant ces dernières années dans de nombreux concours, une réponse qui allie efficacement sobriété et maîtrise des coûts. Le pavillon des sports, conservé, est scindé en deux pour former deux des quatre bâtiments du projet, appelés quadrants, complété par deux constructions neuves.
Pour la transformation de ce «vaisseau amiral»2, équivalent sportif du Musée d’art et d’histoire de Genève, au départ estimé à plus de 200 millions de francs, la procédure a pourtant conduit au choix d’une intervention minimale, « la plus petite possible », comme le commente Céline Baumann en citant Lucius Burckhardt3. Une retenue qui explique peut-être que le projet ait d’abord été écarté au premier tour du jugement, et souligne le mérite d’une procédure qui a laissé au débat le temps de mûrir4. Quant à savoir s’il inaugure une nouvelle vision des équipements publics, la Ville reste prudente et estime qu’il est «probablement trop tôt pour l’affirmer». Si les collectivités fixent des objectifs de durabilité, «les réponses architecturales appartiennent avant tout aux équipes de conception»5. Et une chose est sûre, au Bout-du-Monde, c’est le projet qui a le plus renoncé au grand geste qui l’a emporté.
Notes
1. Le renouvellement du centre sportif du Bout-du-Monde s'inscrit dans le Plan directeur communal Genève 2040, « entièrement orienté vers la transition écologique et sociale de la ville » (Ville de Genève).
2. Intervention de Marie Barbey-Chappuis, conseillère administrative au Département de la sécurité et des sports.
3. Lucius Burckhardt, Der kleinstmögliche Eingriff [manuscrit du début des années 1980], Berlin, Martin Schmitz Verlag, 2013
4. « Ce n’est qu’au cours des trois jours de délibérations – à sa toute fin – que le jury a compris, grâce aux discussions intenses autour des nombreuses contributions, que le grand geste architectural n’était pas, ici et maintenant, la bonne réponse. » Extrait du mot de la présidente du jury, Christine Binswanger, rapport du jury.
5. Questions posées à la Ville de Genève, 19.10.2026.
Transformation du Centre sportif du Bout-du-Monde (GE)
Maître d’ouvrage et organisateur: Ville de Genève
Procédure: Concours de projets d’architecture pluridisciplinaire (architecte et architecte paysagiste) en procédure ouverte, à un degré, SIA 142
Palmarès
1er rang / 1er prix: Compas, Nomos Architectes, Chêne-Bourg, Suisse; Inge Vinck Jan de Vylder Architecten, Gand (Belgique); Angélique Kuenzle, Genève; Studio Céline Baumann, Bâle; Co-struct, Lausanne; Societat Orgànica, Barcelone (Espagne); Tera-Inno, Thônex
2e rang / 2e prix: 03081803, Baukunst and Associates, Bruxelles (Belgique); Studio erde, Zürich
3e rang / 3e prix: Belvédère, FRES Architectes Lab, Thônex; Atelier LIN, Annecy (France)
4e rang / 4e prix: 250531, Bruther, Zürich; Mosbach paysagistes, Paris (France)
5e rang / 5e prix: Minute papillon, Lacroix Chessex, Genève; Jean-Christophe Quinton Architecte, Paris (France); Studio Mint, Genève; Bollinger+Grohmann, Paris (France)
6e rang / 6e prix: Panta Rhei, Berrel Kräutler Architekten, Zürich; Bryum, Bâle; Dr. Neven Kostic, Zürich; Amstein+Walthert, Genève
7e rang / 7e prix: Playground, Sylla Widmann Architectes, Genève; Maren Kühn Architecture paysagère, Genève
Les propositions primées peuvent être consultées sur notre plateforme competitions