Un mo­dè­le de coll­ec­tion re­po­li

Un polissage, des retouches et une amélioration énergétique ont suffi pour rénover la façade en aluminium d’un immeuble de bureaux. Un projet de réutilisation précurseur – moins cher, plus écologique, de meilleure qualité et respectant mieux l’identité que n’importe quel remplacement.

Publikationsdatum
10-08-2023

Nous nous trouvons à la Dufourstrasse à Bâle et regardons l’immeuble de bureaux de la Banque cantonale de Bâle (BKB) depuis le trottoir d’en face. Entre deux murs coupe-feu, le bâtiment s’élève sur six étages et se prévaut d’une façade chatoyante dont les grandes lignes conceptuelles n’ont pas changé depuis 1966. Que ce bâtiment ait pu garder son visage et briller d’un nouvel éclat ne va pas de soi. Ce coup de chance est dû à trois facteurs: la compréhension par l’architecte David Vaner de la valeur du matériau utilisé à l’origine et de la qualité structurelle de son traitement, l’ouverture d’esprit du maître d’ouvrage et, enfin, l’implication d’artisans qualifiés. Si, à première vue, l’extérieur du bâtiment semble inchangé, il cache en réalité un modèle d’économie circulaire.

Design for Disassembly, avant la lettre

Construit en 1966 par le cabinet d’architectes Vischer, l’immeuble de bureaux a reçu une nouvelle façade, pourtant identique, après seulement 30 ans. 25 ans plus tard, elle a dû à nouveau être remplacée en raison d’une isolation thermique insuffisante. Cependant, lors de la première visite, David Vaner a constaté que la façade-rideau était surtout encrassée. Certes, des mesures d’amélioration énergétique et le changement de certaines pièces étaient nécessaires, mais un remplacement complet ne semblait pas impératif. La réalisation d’une maquette de la façade dans la cour intérieure ainsi que des études de variantes – d’un entretien superficiel de la façade à un remplacement complet en passant par une amélioration énergétique – ont confirmé cette hypothèse. Enfin, il est apparu qu’une amélioration de la façade existante permettrait de réaliser une économie de plus d’un demi-million de francs par rapport à son remplacement complet.

Selon les données industrielles, les éléments de la façade étaient arrivés à la fin de leur cycle de vie. Cette durée de vie prévisionnelle repose toutefois sur des valeurs statistiques. Dans ce cas concret, elle peut s’appliquer à certains éléments, mais pas à d’autres. Il n’est donc pas toujours nécessaire de tout changer. L’immeuble de la BKB dispose d’une façade à poteaux-traverses suspendue ingénieusement construite: les différents éléments sont fixés par étage aux têtes de dalle et peuvent être décrochés de haut en bas, ce qui permet un démontage et un remontage faciles. De plus, lors de la pose, on a renoncé aux joints en silicone ou à des collages entre les éléments. Tout le long de la façade, l’évacuation de l’eau de pluie se fait par d’élégants plis dans les lésènes et des gouttières cachées derrière les acrotères.

Passage par la station de lavage

L’architecte David Vaner compare la façade, composée de tôles d’aluminium de 3 à 4 mm d’épaisseur et recouverte d’une couche d’anodisation particulièrement épaisse, à une voiture de collection: un tel véhicule, théoriquement ancien et démodé, est apprécié pour son caractère et aimé, entretenu et réparé avec nostalgie, quel qu’en soit le coût. Le mettre à la ferraille ou le remplacer serait inimaginable. Les architectes n’ont donc pas conçu une nouvelle façade, mais un processus de conservation.

Dans un premier temps, une station de lavage a été installée dans le parking souterrain. Les éléments en aluminium anodisé ont été démontés et transportés en grande partie dans les ascenseurs du bâtiment, ce qui a permis de réduire les coûts et les émissions. Les profilés de fenêtre de 73 mm de large datant de la rénovation de 1994 ont permis de remplacer le double vitrage par un triple avec des joints plus étroits. Un espace vide existant derrière les éléments de façade en aluminium a permis de doubler les épaisseurs d’isolation au niveau des caissons de stores et des poteaux. Les éléments nettoyés ont été réancrés sur les piliers en béton coulé sur place de l’ossature. La façade d’un étage a été remplacée en l’espace d’une semaine. Au total, seuls deux des 500 panneaux anodisés ont dû être remplacés, les autres ont simplement été lavés à l’eau et repolis avec de la pâte à polir, comme des couverts en argent.

Réalisation collective globale

Cet exemple montre également que l’économie circulaire peut réduire les flux de matières mais aussi promouvoir l’artisanat régional. La nécessité de travailler intensivement sur place et d’utiliser des connaissances et des expériences artisanales a fait pencher la balance en faveur des entreprises locales lors de l’appel d’offres. C’est ainsi que la société Gerber-Vogt d’Allschwil a été choisie parmi six experts en façades. Lors d’essais communs, les participants ont testé différents polissages, développé des outils et appris les uns des autres. L’une des forces du projet réside dans la conception de l’architecture comme une réalisation collective globale et non comme l’œuvre personnelle d’un architecte. Cette intervention, à première vue peu spectaculaire, mérite d’être prise en considération et imitée. Au lieu de viser comme d’habitude un produit final, la performance réside dans le rôle de précurseur, dans l’ébauche d’un processus, dans la déduction et le rapprochement d’un nouvel état. Ce projet ouvre la voie à une pratique architecturale responsable au 21e siècle. À la pure volonté de créer s’ajoute la responsabilité écologique et sociale. C’est un changement de mentalité ou un retour à l’entretien, à la préservation de la valeur et à la prise en charge de bâtiments construits à grands frais et à forte consommation d’énergie.

Cet article a été publié dans le numéro spécial  «Fassaden | Façades | Facciate – Approches durables».

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Rénovation de la façade de l’immeuble de bureaux Dufourstrasse 38, Bâle

 

Maître d’œuvre
Banque Cantonale de Bâle BKB, Bâle

 

Représentant du maître d’ouvrage
ObjektWerkstatt, Dornach

 

Architecture
David Vaner Architektur, Bâle

 

Conception de la façade
Christoph Etter Fassadenplanungen, Bâle

 

Construction de la façade
Gerber-Vogt, Allschwil

 

Bureau d’études pour la construction en circuit fermé
Zirkular, Bâle

 

Physique du bâtiment, acoustique et énergie
Gartenmann Engineering, Zurich

 

Planification CVCS
HeiVi, Bâle

 

Automation du bâtiment
Hälg Group, Bâle

 

Facts & Figures

 

Planification
2019-2021

 

Exécution
mars-novembre 2023

 

Surface de plancher (SIA 416)
5449 m2

 

Surface de la façade
1101 m2, dont partie vitrée : 378 m2

 

Volume (SIA 416)
12 355 m3

 

Coûts de construction de la façade en ­aluminium
950 000 CHF

 

Coûts de construction du toit et de ­l’installation solaire
350 000 CHF

 

Matériau de la façade
aluminium anodisé, aluminium revêtu par poudrage

 

Installation PV sur le toit
101 modules solaires Megasol M430-HC108-w BF GG U30b, puissance : env. 44.72 kW, estimation du rendement : 40 500 kWh/an

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