Au bord de l'o­céan, le pre­mier té­lé­phé­ri­que ur­bain de Fran­ce

En novembre 2016, la ville de Brest (Finistère) a inauguré le premier téléphérique urbain de France. D’une longueur développée de 420 m, il relie en moins de trois minutes les rives est et ouest de la rivière Penfeld en survolant une partie de l’arsenal de Brest, la seconde base de la Marine nationale française.

Publication
08-02-2019
Revision
19-02-2019

Les rives militarisées de la Penfeld, inaccessibles au public, scindent la ville en deux. Depuis la reconstruction de Brest, presque totalement détruite par les bombardements alliés de la fin de la Seconde Guerre mondiale, seuls deux ouvrages permettaient le franchissement de cette forte coupure urbaine : le pont levant de Recouvrance, au sud, conçu pour laisser passer les navires, et le pont de l’Harteloire, situé plus au nord. Seul le premier offre un passage aux piétons, mais depuis 2011 seulement, suite aux travaux entrepris pour la ligne de tramway.

Au service d’une nouvelle dynamique urbaine

Le quartier de Siam, sur la rive gauche, est devenu le centre-ville et le siège des activités économiques tandis que sur la rive droite, le développement du quartier de Recouvrance, qui était autrefois celui des marins et des ouvriers de l’arsenal, était entravé par cette coupure urbaine. Afin de redynamiser la rive droite, il a été décidé de créer à l’horizon 2020 le nouvel écoquartier des Capucins, en lieu et place des anciens ateliers militaires du même nom. Il comptera à terme des logements, des commerces, des bureaux, un cinéma multiplexe ainsi qu’une médiathèque. Ce quartier se trouvant à mi-chemin entre les deux ponts de la ville, le projet a une fois de plus mis en évidence la difficulté de relier les deux rives. Suite à l’étude de différentes variantes (divers types de ponts, navette électrique vers la station de tramway la plus proche, etc.), c’est l’option originale du téléphérique qui a été retenue en 2011. Sa conception et sa réalisation ont été attribuées au groupement Bouygues Construction-­Bartholet Maschinen­bau Flums (BMF) en novembre 2014. La constru­ction des deux gares a lieu entre juillet 2015 et juillet 2016 ; les cabines sont posées et installées en août 2016. Après deux mois d’essais intenses, l’inauguration a lieu en novembre 2016. Deux ans plus tard, ce téléphérique urbain est devenu un symbole de la ville de Brest et l’un de ses éléments de marketing touristique.

C’est du pont de Recouvrance que le téléphérique s’offre le mieux au regard du visiteur. L’élément le plus marquant est le grand – et l’unique – pylône métallique fondé sur la rive droite : d’une hauteur d’environ 80 m et d’un poids de 220 t, il offre un tirant d’air de 50 m pour garantir le passage des navires militaires sur ce bras de la Penfeld. S’inspirant des grues des chantiers navals, ce pylône à treillis s’intègre élégamment dans le contexte de l’arsenal. 

Saut-de-mouton à câble

Mais la principale particularité et innovation du téléphérique de Brest ne saute pas aux yeux depuis ce point de vue. Il faut changer d’angle pour se rendre compte que les cabines ne se croisent pas latéralement d’un côté et de l’autre du pylône, mais l’une par dessus l’autre à l’intérieur du pylône. Appelé saut-de-mouton à câble, ce dispositif est une première mondiale et fait l’objet d’un brevet. Cette géométrie particulière réduit considérablement l’encombrement au sol des deux gares. La superposition des deux jeux de câbles (deux porteurs et deux tracteurs par voie) permet ainsi de s’affranchir du traditionnel quai central. La géométrie différente des suspentes des véhicules ­supérieur et inférieur autorise également l’embarquement dans les cabines au même niveau. 

Les cabines se croisant l’une en dessus de l’autre, la cabine supérieure parcourt une distance plus importante. Sans un système de compensation adapté fonctionnant au moyen de vérins sur lesquels sont montées les poulies de renvoi des câbles tracteurs, celle-ci ne pourrait jamais arriver en gare.

La station Ateliers des Capucins, en rive droite, accueille les installations techniques suivantes :

  • unité d’entraînement principale et de récupération (moteurs, réducteurs, poulies et freins) ;
  • dispositif de tension des câbles tracteurs (contrepoids) ;
  • tommes d’ancrage des câbles porteurs.

Cette station a été construite à l’intérieur de l’ancien atelier naval des Capucins aujourd’hui réhabilité. Elle s’intègre parfaitement dans ce bâtiment au riche passé industriel. La station Jean Moulin accueille quant à elle les dispositifs de tension des câbles porteurs, les poulies de renvoi ainsi que le dispositif de compensation de longueur des câbles tracteurs. Elle a été construite à une petite centaine de mètres de l’arrêt de tramway le plus proche.

Cabines au regard discret

Les deux cabines possèdent une structure en aluminium ceinturée de deux bandeaux de diodes électroluminescentes aux couleurs changeantes, faisant écho à l’éclairage nocturne du pont de Recouvrance. Elles possèdent de grandes baies vitrées et, clin d’œil ma­ritime, d’un hublot au sol offrant une vue imprenable sur l’arsenal. Les baies vitrées des cabines intègrent une feuille de cristaux liquides permettant de les opacifier à volonté afin de préserver l’intimité du voisinage, une thématique très sensible en matière de téléphériques urbains.

Urbain et maritime

Le téléphérique de Brest est pleinement intégré à l’offre de transports publics de l’agglomération brestoise. De ce fait, les conditions d’exploitation diffèrent sensiblement de celles d’un téléphérique de montagne : contrairement au ski ou aux activités touristiques, l’activité économique et le flux de voyageurs qu’elle génère ne cessent pas lorsque les conditions météorologiques se dégradent. Un point d’autant plus important que le Finistère est très exposé au gros temps. L’installation est ainsi dimensionnée pour une exploitation jusqu’à 100 km/h de vent. En cas de vent supérieur à 70 km/h, la vitesse maximum de l’installation est cependant réduite de 7.5 m/s à 5 m/s. La redondance des unités motrices et des centrales de freins permet d’accroître la disponibilité de l’installation. Des groupes électrogènes prennent le relais en cas de panne de courant. Conçu pour ramener les cabines en station dans tous les cas de figure, ce système permet d’éviter toute évacuation verticale.

Les estimations de fréquentation tablaient sur 675 000 traversées par an ; durant la première année d’exploitation, plus de 720 000 passagers ont été transportés. Eu égard au succès du téléphérique de l’océan, d’autres villes françaises réfléchissent à leurs propres projets de transport à câble.    

 

Données du projet

Maître de l’ouvrage: SemTram, Brest
Exploitant: Keolis Group, Brest
Maître d’œuvre: DCSA, Meylan
Montage / génie civil: BMF-Bartholet AG, Flums avec Bouygues Construction SA, Paris
Constructeur: BMF-Bartholet AG, Flums
Partenaire du projet: Seirel, Saint Priest
Fabricant: Arcelor Mittal, Saint Brice Courcelles
Montant de l’investissement: 19,1 mio euros
Achèvement: 2016

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