Pé­da­go­gie et pay­sa­ge

L’école de Marzili à Berne, conçue par Hull Inoue Radlinsky et Wolfgang Rossbauer est un bâtiment iconique. Une archi-tecture qui épouse la culture de formation propre à la Suisse.

Data di pubblicazione
01-12-2022

Jouxtant l’Aar, le quartier de Marzili – dont le nom remonterait à des immigrants marseillais – se trouve au sud de la ville de Berne. Outre des lieux culturels comme la Dampfzentrale, des restaurants et de -petites entreprises, il se compose de maisons individuelles et contiguës précédées de jardins verdoyants.

À quelques pas le long de l’Aar, se trouve la nouvelle école primaire de Marzili. Ses deux entrées principales s’ouvrent au point le plus resserré de l’articulation des deux polygones formant le volume du bâtiment, à un passage menant au parc historique et au complexe scolaire situés à l’arrière. L’implantation du bâtiment a préservé au maximum les grands arbres existants. Et l’absence de sous-sol a minimisé les excavations, avec une importante économie d’énergie grise à la clé. La situation en zone inondable a toutefois obligé à fonder le bâtiment sur pieux pour le protéger contre la poussée de la nappe phréatique.

Coursives, passages et escaliers

Le passage et les deux halls d’entrée à gauche et à droite sont revêtus de panneaux de laiton. L’inscription « Marzili » au--dessus des portes, les luminaires blancs suspendus et l’incurvation des rampes d’escalier face aux parois en béton des circulations évoquent l’élégance discrète de la période Art déco. Le rez-de-chaussée de l’aile réunit l’école à horaire continu, la salle polyvalente et la bibliothèque, qui profitent d’un accès direct à l’extérieur. Pour les escaliers qui mènent des halls d’entrée aux étages,
les matériaux dominants sont le bois non--laqué et le béton.

Aussi surprenante soit-elle, cette césure matérielle obéit à un équilibre stylistique qui reprend la modénature du rez-de-chaussée dans les éléments en bois. Tandis que les caractéristiques du matériau naturel sont structurellement mises en œuvre, ses déclinaisons et son traitement de détail sont mis en scène comme pour le laiton au rez.

Dès le premier étage, les volées d’escaliers distinctes se rejoignent à nouveau dans une zone médiane, à la fois dévolue aux circulations et à l’enseignement, entourée de quatre salles de classe avec des locaux de regroupement. Les portes placées le long des façades structurent des espaces en enfilade, allant d’une classe avec regroupement à la suivante. Un cheminement circulaire avec vue sur le parc est ainsi créé le long des éléments de façade, avant de revenir à la zone médiane. Également en bois, les rangements qui subdivisent les -l-ocaux assurent la flexibilité nécessaire à d’éventuelles modifications futures.

Un subtil équilibrage d’éléments

Les marquises textiles rouge pâle équipant les ouvertures sont automatisées, mais les vantaux mobiles des fenêtres dans les locaux principaux peuvent être actionnés à la main. Afin d’atteindre les valeurs exigées par le label Minergie-P-Eco, les surfaces des allèges insonorisantes en bois -finement strié, les dimensions des fenêtres et celles des panneaux acoustiques qui ne revêtent que quelque deux tiers des plafonds ont été soigneusement équilibrées. Un des termes de l’équation est constitué des surfaces acoustiques équipant les – allèges et les plafonds, tandis que l’autre – englobe la taille des vitrages et l’ensoleillement maximal, associés à la masse bâtie pouvant être -atteinte par l’air au plafond pour le refroidissement nocturne. Comme l’explique Wolfgang Rossbauer, dans les constructions entièrement en bois, vu le décalage de phase, le défaut de masse représente un problème auquel les bâtiments hybrides apportent une bonne solution.

Du point de vue structurel, le bâtiment est une ossature béton et bois tout en un. Le principe constructif repose sur une suite d’étapes renouvelées à chaque étage: sur les planchers bruts du premier niveau entièrement en béton, les éléments de bois porteurs rétro-ventilés ont été montés avant de recevoir le bétonnage du plancher suivant, tandis que le revêtement de façade ventilé et les fenêtres étaient exécutés lors d’une étape ultérieure.

L’investissement de 22.7 mio fait objectivement de Marzili un bâtiment coûteux. Mais comme d’autres établissements jouissant d’une situation privilégiée au cœur des villes, il reflète la valeur accordée à la formation en Suisse. Outre les classes lumineuses et l’élégance des aménagements,
les matériaux écologiques mis en œuvre créent une atmosphère favorisant le bien-être des enfants et du corps enseignant.
Par exemple, les rampes, les poignées de porte et les ferrures – objets de nombreux contacts – sont en laiton, ce qui confère une touche de noblesse aux locaux. De plus, les architectes ont rejeté le placage final au
nickel qui clôt normalement la production standard de telles pièces : ainsi, l’oxydation du matériau lui donnera une patine naturellement antibactérienne due à sa haute teneur en cuivre.

 

Participants au projet

 

Maître de l’ouvrage: Service des bâtiments de la Ville de Berne

 

Architecture et planification générale: ARGE Architekten Hull Inoue Radlinsky et Wolfgang Rossbauer, Zurich avec Florian Binkert

 

Gestion de la construction: Omlin Architekten, Berne

 

Ingénierie et façade bois: Timbatec, Zurich

 

Statique bois: MWV Bauingenieure, Baden

 

Montage bois: Herzog Bau, Berne

 

Physique du bâtiment: Bakus Bauphysik & Akustik, Zurich

 

Paysage: extrā Landschaftsarchitekten, Berne

 

Bâtiment

Surface (SIA 416): 3585 m2

Surface utile (SIA 416): 2350 m2

Volume (SIA 416): 15 451 m3

Label: Minergie-P-Eco Standard

 

Bois et Construction

 

Construction
bâtiment hybride, bois et béton ; façade ventilée, épicéa

 

Dates et coûts

Livraison: juillet 2019

Bâtiment (CFC 2): 14 Mio CHF

Coûts d’investissement (CFC 0-9): 22.7 Mio CHF

Cet article est paru dans le numéro spécial "La ville en bois - Édifices en bois pour la formation". Vous trouverez d'autres articles sur le thème du bois dans notre dossier numérique.