Une pla­ge mé­tro­po­li­tai­ne

Éditorial du Tracés 11/2019 consacré à la nouvelle plage des Eaux-Vives à Genève

Data di pubblicazione
23-05-2019

En décembre 2010, Tracés proposait à ses lecteurs un beau dossier consacré au Port et à la Plage publique des Eaux-Vives. Le Canton de Genève venait alors de délivrer l’autorisation de construire. En introduction à ce numéro, Francesco Della Casa, alors rédacteur en chef de la revue, voyait dans le projet une étape d’un processus plus large « d’amplification du plan d’eau vers un triangle dont les sommets seraient Genève-Plage, la Jonction et la Perle du Lac. Un espace public à l’échelle de l’agglomération ». Dans un autre article du dossier, le sociologue Luca Pattaroni et l’urbaniste Matias Echanove percevaient dans le projet une opportunité de renouer avec ce qu’ils appelaient « une expérience partagée de l’eau ». Pour eux, le projet devait redonner un «droit au lac».

Mais, au commencement, le projet n’était pas une évidence pour tout le monde. Début 2011, des recours lancés par les milieux de défense de l’environnement et de protection du patrimoine ont considérablement retardé l’avancée du projet. L’ouverture au public, initialement prévue en juin 2013, aura accusé six ans de retard. Aujourd’hui, le projet élaboré par les architectes d’ADR et les ingénieurs d’EDMS semble faire consensus et les plaisirs hédonistes pourront enfin s’y déployer.

Ce numéro propose trois éclairages différents sur les effets du projet : sur les disciplines de conception de l’espace, sur la perception du temps du chantier et sur la ville. Nous étudions d’abord comment le projet dévoile une inflexion dans la manière d’envisager notre environnement, qui met en doute la pensée moderne construite en bonne partie à partir d’une vision dualiste entre éléments naturels et œuvres humaines. Dans la seconde contribution, l’ancien rédacteur de Tracés Jacques Perret décrit précisément un temps trop peu relaté des projets qui fut pour la Plage un moment exceptionnel : l’art du chantier. Enfin, le Service du lac, de la renaturation des cours d’eau et de la pêche, maître d’ouvrage du projet, ainsi que Robert Cramer, actuellement conseiller aux États et initiateur du projet, esquissent pour nous les contours d’une vision prospective plus large pour l’agglomération.

À Genève, les immenses programmes lancés il y a plusieurs années sont en train de reconfigurer le territoire. L’achèvement de la Plage est une étape importante dans « l’amplification du plan d’eau ». Courant 2019, la mise en service de la liaison ferroviaire Cornavin – Eaux-Vives – Annemasse (CEVA) bousculera les logiques de déplacements au sein du Grand Genève. Enfin, pour le pire et pour le meilleur, les nouveaux quartiers de Praille Acacias Vernets (PAV), de la Chapelle, des Cherpines, des Vergers ou encore des Communaux d’Ambilly redistribueront profondément les logements et les emplois au sein de l’agglomération. Ce territoire se pense désormais à l’échelle métropolitaine. Le projet de la Plage en est un premier marqueur.

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