À l’EPFL, tou­jours la loi du Far West

Dans l'éditorial du prochain numéro de TRACÉS à découvrir dès vendredi (sur les surélévations), Camille Claessens-Vallet se penche sur le processus des derniers mandats d’étude parallèles (MEP) – organisés par l'EPFL et remportés par Dominique Perrault architectes – pour la rénovation du bâtiment de la Coupole et la réalisation d’un nouvel édifice qui accueillera des auditoires modulaires de 200 à 500 places.

Date de publication
03-10-2023

C’est la rentrée à l’EPFL: nouvelles têtes, été indien et un cadeau de bienvenue, la révélation du lauréat des mandats d’étude parallèles (MEP) pour la rénovation du vénérable mais vétuste bâtiment de la Coupole, ainsi que la réalisation d’un nouvel édifice qui accueillera des auditoires modulaires de 200 à 500 places.

Pas de nouveau visage ici: c’est Dominique Perrault architectes, déjà auteur de deux bâtiments sur le site, qui emporte derechef la commande. Comme il n’y a (pour le moment) pas de rapport de jury, impossible de se prononcer sur les qualités et les enjeux de ce projet. On ne nous a fait parvenir qu’un communiqué de presse, qui nous apprend que la proposition de Perrault fait la part belle au réemploi. À commencer par celui de son projet pour l’université féminine Ewha, à Séoul (conçu en 2004), auquel son extension de la Coupole ressemble furieusement.

Sur le même sujet, lire également un article de Pierre Frey publié en 2017: Dies ist eine Hochs­chule, ohne Zwei­fel

Intéressons-nous plutôt à ce qui surprend: d’abord, le déroulement de la procédure. L’Observatoire des marchés publics romand (OMPR) avait regretté que celle-ci ne se réfère que partiellement à la SIA 143 – processus trop court, cahier des charges transmis uniquement aux sélectionnés pour la ­deuxième phase. Le groupe d’étudiant·es consulté lors du workshop préparatoire pour les MEP avait quant à lui insisté sur l’importance d’avoir un jury non seulement compétent, mais aussi indépendant. Pourtant, sur les 19 membres (pourquoi tant?), on ne comptait que trois professionnels de la culture du bâti non affiliés à l’EPFL: un ingénieur, un paysagiste et une seule architecte. Pour un projet à 70 millions, c’est léger.

Ce qui déroute ensuite, c’est le casting atypique, effet concours sur invitation déguisé. Quelques grands noms pour faire l’affiche (Zaha Hadid, RSHP LPP – comprenez Richard Rogers Partnerships), mais les bureaux suisses écartés, à l’exception de dl-a (Inès Lamunière) et Fehlmann (direction de travaux du campus RTS). Une fois encore, il semble que l’exigence de références serve à écarter bien des bureaux qui avaient la capacité de mener un travail de rénovation.

Enfin, la précipitation des MEP: 47 jours pour le premier degré, 21 jours pour le second (en plein été) – c’est bien rapide pour développer un avant-projet aussi complexe.

Alors que la ruée vers l’Ouest (lausannois) et ses campus se poursuit, celui d’Ecublens devrait se dédoubler (7400 étudiant·es en 2010, 15 000 attendus en 2026). Pour la nécessaire rénovation et extension de ses infrastructures, il n’existe pas de solutions simples. Mais il est toujours bon de rappeler aux maîtres d’ouvrage publics qu’ils ont un devoir d’exemplarité et de transparence (pour une procédure rigoureusement organisée et des résultats exemplaires, voir article sur le concours de l’UniHub à Neuchâtel).

Magazine

Sur ce sujet