La den­si­fi­ca­ti­on peut aus­si êt­re douce

PNR 81

La pratique dominante de la densification fondée sur des constructions de remplacement n’est pas une solution durable tant d’un point de vue écologique que social. Toutefois, les alternatives à la démolition et à la reconstruction sont encore largement boudées par l’urbanisme et la politique de la ville. Le projet de recherche «Une densification douce plutôt que des constructions de remplacement» entend changer la donne. 

Publikationsdatum
12-01-2026
Alina Bärnthaler
Doctorante au sein du groupe de recherche Développement territorial et politique urbaine à l'EPF Zurich
David Kaufmann
Professeur assistant en développement territorial et politique urbaine à l'ETH Zurich, directeur adjoint de l'Institut pour le développement territorial et paysager

La politique et l’urbanisme sont confrontés à des défis majeurs: d’une part, le secteur du bâtiment est responsable de plus d’un tiers des émissions mondiales de CO2 et constitue donc un levier essentiel pour la réduction des émissions. D’autre part, de nombreuses villes font face à une hausse des coûts du logement et des mesures sont nécessaires pour garantir l’accès à des logements adaptés et abordables à une population urbaine diverse qui ne cesse de croître. Comment joindre nos efforts pour relever ces défis?

En matière d’aménagement du territoire, la Suisse, tout comme un grand nombre de villes à travers le monde, misent sur le développement de l’urbanisation « vers l’intérieur » pour limiter l’occupation des sols par la construction et créer des structures d’habitat compactes. Une utilisation plus efficace du sol en tant que ressource limitée et non renouvelable doit permettre de créer des logements sans accroître l’imperméabilisation des sols et contribuer ainsi de manière significative à réduire la consommation de ressources – du moins en théorie. 

Dans la pratique, la mise en œuvre de la densification urbaine se heurte toutefois aux objectifs de durabilité écologique. La densification par des constructions de remplacement génère un niveau élevé d’émissions grises liées à la fabrication, au transport, au traitement et à l’élimination des matériaux de construction. La réduction de ces émissions grises est un enjeu de plus en plus prégnant pour la réduction globale des émissions dans le secteur du bâtiment.

Dans le même temps, la démolition d’immeubles d’habitation et leur remplacement par de nouvelles constructions résidentielles revient à évincer les résidant·es de leurs logements actuell et à démolir des logements somme toute relativement abordables. Comme le montre une étude toute récente commandée par l’Office fédéral du logement, les premiers concernés sont les ménages à faibles revenus ainsi que les groupes marginalisés sur le marché du logement, tels que les demandeurs d’asile et les personnes nées hors d’Europe. Dans ce contexte, le défi consiste à concevoir une offre de logements qui soit socialement acceptable et respectueuse des ressources et à examiner les moyens d’engager un tel changement de paradigme. 

Il existe des formes de densification plus douces que la démolition et la reconstruction. Elles s’affirment comme une approche prometteuse pour concilier les exigences sociales et écologiques en matière d’aménagement de l’espace (habité). Les solutions telles que les réaffectations, les surélévations et les extensions permettent de conserver les bâtiments existants et, ce faisant, de préserver l’offre de logements à prix plus abordables, tout en créant de nouveaux logements et en réduisant les émissions grises. Jusqu’à présent, ces mesures n’ont toutefois trouvé qu’un faible écho dans la politique de la ville et l’urbanisme. 

C’est de ce postulat que part le projet de recherche « Une densification douce plutôt que des constructions de remplacement » : en s’appuyant sur les exemples de quatre villes suisses, le projet explore les possibilités de mise en œuvres de mesures de densification douce sur le plan architectural et urbanistique, avec l’implication de la population. Il ressort clairement que le niveau d’acception publique du développement de l’urbanisation vers l’intérieur augmente lorsque les facteurs sociaux et écologiques sont pris en compte. Les défis de la réduction des émissions et de la fourniture de logements abordables ne peuvent être considérés isolément, mais doivent être pensés comme un tout. 

À propos des auteurs

 

David Kaufmann est professeur assistant en aménagement du territoire et politique urbaine à l’ETH Zurich. Il est chercheur en urbanisme, spécialisé en sciences politiques, aménagement du territoire et recherche sur les migrations, et directeur adjoint de l’Institut de l’aménagement du territoire et du paysage (IRL). 

 

Alina Bärnthaler est doctorante au sein du groupe de recherche sur l’aménagement du territoire et la politique urbaine de l’ETH Zurich, sous la direction du professeur David Kaufmann. Dans le cadre de sa thèse de doctorat, elle s’interroge sur les moyens de rendre la densification socialement et écologiquement durable. 

À propos du programme PNR 81

 

Le Programme national de recherche « Culture du bâti » (PNR 81) du Fonds national suisse rassemble 13 projets de recherche. L’appel à projets a été lancé en 2023, la sélection des projets s’est déroulée en 2024 et la phase de recherche, en cours depuis début 2025, s’étendra sur une période de cinq ans pour s’achever en 2030. Le comité de direction du PNR 81 est composé de dix expert·es suisses et étranger·ères et est présidé par Paola Viganò, professeur à l’EPFL.

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