Le pro­jet d'a­ve­nir «La Suis­se 2050»

 Objectifs du projet de recherche «La Suisse 2050» et raisons qui ont incité la Société suisse des ingénieurs et des architectes à relever l’extraordinaire défi de planifier l’avenir.

Data di pubblicazione
26-04-2017
Revision
26-04-2017

 Le tunnel de base du Gothard entrera en service cette année. Une ligne ferroviaire alpine de basse altitude relie désormais le Tessin au Plateau suisse. En 2019, ce réseau sera complété par le tunnel du Ceneri, un chef-d’œuvre d’ingénierie made in Switzerland qui ouvrira la voie à de nouvelles connexions européennes. La décision d’une seconde liaison routière par le Gothard a été prise, le débat sur le projet «Cargo sous terrain» est quant à lui ouvert. Par ailleurs, de grandes centrales de production d’énergie sont désormais disponibles. Avec ses bâtiments, ses réseaux routier et ferroviaire et ses ouvrages infrastructurels, le «patrimoine bâti suisse» est un pilier central de la prospérité du pays. Sa valeur de remplacement s’élève actuellement à quelque 2500 milliards de francs et les investissements annuels dont il fait l’objet à plus de 60 milliards. Pour assurer l’avenir de ce patrimoine, il importe à la fois de préserver la qualité des infrastructures et d’en poursuivre le développement stratégique. Les principaux enjeux d’une approche globale du territoire suisse en 2050 portent sur la qualité de vie en dépit d’une forte pression générée par le développement. A ce titre, l’aménagement et l’usage durables du cadre naturel et bâti, la protection de l’environnement, l’approvisionnement énergétique efficace et la mobilité sont au centre des préoccupations.

L’engagement de la SIA

La Société suisse des ingénieurs et des architectes SIA mesure pleinement le rôle clé qui lui revient dans l’évolution et le renouvellement durable du patrimoine bâti et du cadre de vie suisses. Elle relève le défi de poursuivre le développement des outils d’aménagement existants et de les adapter aux besoins de la société de demain. La SIA a donc pris l’initiative, formulé des questions clés, engagé des moyens initiaux et réuni des partenaires pour lancer, à l’été 2015, la phase pilote de l’un des plus ambitieux projets de son histoire récente : « La Suisse 2050 ». Pour répondre à la complexité du défi aux côtés du bureau et de l’équipe de projet, c’est l’ensemble de la SIA avec son comité, ses sections, ses groupes professionnels et ses sociétés spécialisées qui est impliqué de manière ciblée. Les offices spécialisés de la Confédération, les cantons et les communes, ainsi que les organisations du secteur énergétique, la branche des études pour la construction et celle du bâtiment sont également appelés à devenir des partenaires engagés de « La Suisse 2050 ».

Pourquoi «La Suisse 2050?

L’objectif de «La Suisse 2050» est d’offrir une vue d’ensemble captivante, largement partagée et réalisable de la Suisse à l’horizon 2050. Le projet investit les thèmes suivants :

  • La préservation d’un cadre de vie de qualité malgré la pression démographique. Il s’agit de planifier dès aujourd’hui les territoires et ouvrages de la Suisse de demain, lorsque sa population aura largement dépassé les seuils démographiques actuels.
  • Une stratégie territoriale globale pour la Suisse au cœur de l’Europe. La volonté est de développer des modèles et des scé- narios basés sur un grand nombre de données recueillies en lien avec les ouvrages et le cadre de vie. Au centre de cette approche figurent le développement et la pression exercés sur le territoire et l’environnement, la mobilité, le parc immobilier, les installations énergétiques, l’urbanisation et les infrastructures de la Suisse. Il s’agit de démontrer comment, face à ces transformations, de nouveaux cadres de vie de qualité peuvent être développés, ce qui a également trait à la création de nouveaux repères identitaires.
  • Privilégier le développement territorial suisse comme objet de recherche et d’enseignement, l’idée étant de favoriser les échanges entre la pratique et la formation. Les résultats des recherches effectuées devraient être à même de servir de modèles à d’autres pays dans le monde.

Ce projet doit être d’une utilité concrète pour les 16 000 membres de la SIA et leur apporter une plus-value directe, en fournissant des bases pour l’évolution des normes, pour la prospective, l’offre de formation continue et les prestations de service de la SIA. Le projet doit par ailleurs pouvoir fournir des critères et des arguments aux membres de la SIA dans l’exercice de leur profession au quotidien. Enfin, en adéquation avec la tradition de la SIA, le projet vise une étroite collaboration entre architectes et ingénieurs, dans un esprit de forte interdisciplinarité, en vue de la réalisation des ouvrages nécessaires. «La Suisse 2050» est un projet particulièrement ambitieux. Il nécessite une étroite collaboration et une coordination impliquant tous les niveaux étatiques. Son succès dépendra de la volonté de tous les intervenants, y compris les milieux économiques et privés, à engager l’indispensable débat de fond et à s’investir dans l’avenir de la Suisse.

Un regroupement dynamique de compétences

A partir d’études de cas et de modules thématiques, la volonté est de développer une vision globale de la stratégie territoriale de la Suisse à l’horizon 2050. «La Suisse 2050» se définit comme un «cluster», autrement dit un regroupement dynamique de compétences. Cherchant à associer de manière ciblée des savoirs et compétences complémentaires, il promeut le dialogue entre les acteurs impliqués dans la conception et ceux impliqués dans la construction du territoire suisse. Durant la phase initiale du projet, deux groupes de recherche ont été mandatés pour mener des études de cas – appelées «forages» – afin de développer de premiers éléments d’une stratégie territoriale. Ainsi, depuis septembre 2015, les instituts de l’ETH Zurich Urban Think Tank (U-TT) et Laboratory for Energy Conversion (LEC) travaillent activement au développement d’une plate-forme permettant de recueillir, mettre en forme et évaluer les informations nécessaires à l’aménagement territorial. Parallèlement, l’ETH Studio Basel aborde la problématique de l’étalement urbain à partir d’une étude de cas sur l’espace métropolitain bâlois. La problématique de cette étude est centrée sur la fragmentation de la planification face à une augmentation de la population suisse estimée à 25% (de 8 à 10 millions de personnes). Enfin, toujours dans le cadre de la phase initiale, le groupe professionnel Environnement de la SIA (BGU) a été mandaté pour l’élaboration d’un module «Paysages». Ancré dans la pratique, ce module sert d’expérience pilote pour l’intégration ultérieure de l’ensemble des groupes professionnels de la SIA.

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