La Por­te des Savoirs, quand l’in­tel­lec­tu­el de­vi­ent sen­s­ori­el

Questionnement métaphysique au cœur de la nouvelle collaboration entre l’ECAL et l’EPFL

Publikationsdatum
03-06-2014
Revision
15-10-2015

En 2013, le Montreux Jazz Heritage Lab naissait de la collaboration entre l’EPFL et l’ECAL : lauréat du Swiss Design Award et bientôt abrité par le projet de Kengo Kuma Under One Roof, il est l’un des symboles culturels de l’EPFL. Cette année, ALICE (Atelier de la conception de l’espace de l’EPFL) et l’ECAL lab réitèrent cette coopération en présentant La Porte des Savoirs.

Combinant design et architecture, cette œuvre questionne notre rapport à la spatialité par le biais d’une installation qui pose une question troublante : comment rendre tangible, sensuelle, physique, une chose essentiellement spirituelle et abstraite comme la lecture d’un texte ? Tel est le défi que tente de relever le projet : emporter le passant dans un flot d’informations qui le coupe de ses repères spatio-temporels.

Le dispositif peut sembler simple : deux écrans horizontaux l’un au-dessus de l’autre et un troisième qui forme un angle obtus avec le sol. Du texte circule de manière continue sur ces surfaces, des informations fournies en temps réel par les services de communication des différentes écoles de Lausanne. Ces écrans structurent l’espace du projet : le corps entre en rapport direct avec l’idée. Tout lien spatial vertical se dissout. Dans ce kaléidoscope, seules les bandes de textes qui défilent horizontalement permettent de se repérer dans l’espace. L’horizontale demeure la seule preuve de stabilité et de support dans ce flot d’informations dans lequel le corps est plongé. Les sens sont perturbés et le passant a l’impression d’évoluer en semi-apesanteur, car le dispositif visuel entre en conflit avec sa perception de la gravité grâce à un astucieux réglage de lumière et de contraste qui vient brouiller la vision et le sens de la proprioception. Le projet joue sur différents niveaux de perceptions : l’un des flux est lisible et porte l’information, alors que l’autre met l’accent sur le rythme, joue avec l’échelle et des accélérations qui donnent l’impression d’un paysage. Comme une musique visuelle.

La Porte des Savoirs prétend s’inscrire à l’échelle de la ville : un monde en perpétuelle évolution, tant du point de vue numérique que physique. Comment reconnecter ces deux facettes pour renouveler la dynamique sociale ? Placée à l’entrée nord du métro m2, aux portes de la ville de Lausanne, l’installation se veut un seuil marquant l’arrivée du passant dans une dimension stimulée en permanence par l’information. Le projet questionne la production et l’échange de savoirs à l’échelle urbaine, ainsi que le rôle des espaces semi-publics proposés par l’industrie des services – le dispositif est installé dans la nouvelle agence de la Vaudoise Assurances. Simple installation à l’échelle du corps humain, La Porte des Savoirs nous renvoie pourtant aussi à notre condition : un rouage dans la mécanique de la ville. Le projet est un jeu d’échelles, mais aussi
de perceptions.

La dichotomie sur laquelle se base le projet est perceptible : un design spatial jouant sur deux niveaux, le physique et le mental. Si l’installation a pour ambition de proposer une immersion globale physique, puisque le texte devient tangible, les auteurs conviennent qu’ils ne peuvent prétendre envahir l’esprit des gens grâce aux mots projetés. Ils ne peuvent que suggérer une dérive mentale dans le quotidien.

Au passant le choix de se laisser entraîner ou non par ce flux.

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