Tours de Su­is­se

Le dossier de la rentrée, coordonné à l’échelle des trois rédactions d’espazium, présente et met en perspective les tours résidentielles récemment érigées en Suisse. De la stupéfiante verticalisation de Malley à celle de Regensdorf, que sommes-nous en droit d’attendre de ces géantes ? Tout.

Publikationsdatum
10-09-2026
Revision
10-09-2026

En Suisse, nous n’avons certes pas les plus hautes tours au monde. En revanche, depuis mai dernier, nous avons la Titlis Tower.

La crâneuse tour (55 m, Herzog & de Meuron) est juchée au sommet du glacier éponyme. Les architectes se targuent d’avoir transformé une ancienne antenne des années 1980 en structure habitable, qui héberge désormais une plateforme panoramique, un restaurant de haute gastronomie ainsi qu’une boutique de montres de luxe – bref, le nécessaire à 3020 m d’altitude.

On pourrait s’interroger sur la pertinence de ce projet alors que les infrastructures obsolètes de nos montagnes, en première ligne du changement climatique, sont désormais et à raison plus régulièrement démontées que parées d’architectures exclusives faites de verre et de métal1. La Titlis Tower permet toutefois d’illustrer en une image plutôt qu’en mille mots l’effet que la tour, en tant qu’objet architectural, dépose sur notre inconscient: icône orgueilleuse, prouesse technique, domination du grand paysage, luxe de la solitude choisie.

Ce présent dossier, coordonné à l’échelle des trois rédactions d’espazium, présente et met en perspective les tours résidentielles récemment érigées en Suisse. De la stupéfiante verticalisation de Malley, au gratte-ciel hybride en bois H1 de la Zwhatt Areal à Regensdorf (ZH), les bâtiments de grande hauteur présentés dépassent tous l’horizon des 60 m et rayonnent bien au-delà des quartiers qu’ils surplombent.

Les tours sont des instruments dans la boîte à outil de l’urbaniste pour concilier densité et espace public. Elles sont aussi et surtout des objets spéculatifs liés à la financiarisation des villes opérant depuis 20 ans. Les villes suisses échappent-elles à ce phénomène?

Pour se prémunir de potentielles dérives, le règlement zurichois a été adapté en 2024 et stipule que «plus l’immeuble est haut, plus les exigences qualitatives et fonctionnelles sont élevées. Cela vaut tant pour le bâtiment lui-même que pour l’espace extérieur» – un principe qui rappelle le célèbre adage de la pop-culture dédié à l’homme araignée, qui se balançait de gratte-ciel en gratte-ciel: «with great power comes great responsibility». Belle expression architecturale, construction décarbonée, loyers accessibles, espaces ouverts aux publics, consommation énergétique réduite – que sommes-nous en droit d’attendre de ces géantes? Tout.

 

notes

  1. À Paris, même combat: lire La Der de Marion Cruz Absi, «Tour Triangle à Paris: tombeau de nos idéaux».

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