Un­suc­cess­ful li­ke Han­nes Mey­er?1

Publikationsdatum
14-09-2016
Revision
14-09-2016

Tôt le matin à la terrasse d’un café lausannois, un petit groupe d’architectes échange avec enthousiasme avant de courir au bureau. L’objet de leur discussion : un nouvel outil et un nouvel espace au service de l’architecture. La création à quelques mètres de là, sur le site de la gare de Lausanne, d’un futur pôle muséal, Plateforme10, regroupant plusieurs institutions culturelles, a servi de déclencheur. Pourquoi l’architecture, et la question du bâti et du paysage d’une manière générale, ne participeraient-elles pas à cette aventure ? Avec détermination, les architectes ont embarqué avec eux l’ensemble des associations et des institutions actives dans la construction. Baptisé fondation Culture du Bâti ou CUB, cet outil a généré une collaboration inédite entre Archizoom à l’EPFL, le Forum d’architectures (f’ar), les Archives de la construction moderne et la revue Tracés, dont l’exposition sur l’architecte suisse avant-gardiste Hannes Meyer, qui débutera le 20 septembre à Lausanne, est la rampe de lancement. 

La CUB peut-elle, en 2016, se laisser inspirer par le moderniste Hannes Meyer ? Un idéologue accusé de sacrifier l’architecture à ses convictions politiques, qui voulait sans compromission transformer radicalement la société ? L’Histoire a pris une autre direction et son œuvre est restée relativement méconnue. Le mouvement CO-OP est devenu un supermarché comme un autre.

Dans un article intitulé « Unsuccessful like Hannes Meyer. Seven Helpful Advices », l’historienne de l’architecture Simone Hain soutient que la position moins dominante de Hannes Meyer dans l’histoire de l’art devrait nous servir de modèle. Ressorti des oubliettes grâce à quelques jeunes architectes activistes allemands qui l’ont pris pour mentor dans les années 1980, il incarne aujourd’hui une pensée de la construction proche de la réalité du terrain et nous éloigne du mythe prédominant du grand maître concepteur. Son éthique du design spatial et social fait appel à la coopération et à l’interdisciplinarité, questionne le rapport au paysage, reste au service des besoins de la société, reconnaît les métiers. « Je ne dessine jamais seul. Toutes mes idées arrivent dès le début de la collaboration avec d’autres. (…) L’équipe la plus contrastée dans ses compétences est pour moi la plus créative », affirmait-il.

En produisant cette exposition, la Fondation Bauhaus Dessau rend hommage à son second directeur. Le Bauhaus voyait plus loin que son époque et son regard portait à 360°. C’est un beau débat qu’il est légitime de reprendre aujourd’hui, un siècle plus tard. Les derniers écrits de Richard Sennett sur la coopération et les thèmes développés par l’actuelle Biennale de Venise vont dans ce sens. La coopération entre architectes et ingénieurs est dans l’ADN de la revue Tracés et devient l’un des fondamentaux de l’enseignement à l’EPFL.  

Laissons donc l’Histoire réinviter Hannes Meyer, car cet héritage nous aide à réaffirmer les objectifs que nous souhaitons partager pour notre environnement bâti. Ce sera le rôle de la CUB qui nous invite tous à y participer. Ce numéro pose une première pierre.


Note

1. «How to Fail Within the Realm of Art History, or, Unssuccessful like Hannes Meyer. Seven Helpful Advices». Article de Simone Hain dans An Architektur, Production and Use of the Built Environment, n° 14, mars 2005, Berlin

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