Ob­ser­ver des pro­ces­sus créa­teurs

La plage n°1, journal de chantier

Un lieu: la rive gauche du Léman, dans la rade de Genève 
Une époque : vers 2020 
Un objet: une plage 
Une idée: documenter une métamorphose

Date de publication
21-02-2019
Revision
26-02-2019

C’est en substance ce qu’il m’est resté de ma première rencontre avec Yves Bach et Marco Rampini en octobre 2017. L’ingénieur et l’architecte envisagent alors de m’impliquer dans la rédaction d’un journal consacré au chantier de la Plage publique des Eaux-Vives. Le projet m’enthousiasme et, très vite, l’idée de métamorphose s’impose à moi: voir la plage apparaître, montrer ce qu’on ne verra plus une fois les travaux terminés, témoigner des moyens mis en œuvre pour transformer un quai en une plage.

Assez vite, je réalise que je ne pense pas aux deux ports et que c’est uniquement la plage qui me fascine. Une plage à Genève, dans un milieu urbain, au début du 21e siècle… Des aspects plus ludiques liés à l’enfance me viennent à l’esprit : créer une plage comme on fait des châteaux de sable, de la chaleur, la mer avec ses limites mouvantes, la nature. Pas vraiment Genève.

Avant d’être confronté à la création de celle des Eaux-Vives, la plage est pour moi un élément a priori naturel: c’est l’interface par excellence, le lieu magique et incertain où les vagues disparaissent pour devenir écume. L’opposé même du milieu urbain avec ses structures rigides. Quelques instants de réflexions suffisent pourtant pour que je me rende compte que les plages sont toujours plus artificielles ; qu’il en existe en fait des milliers en milieu urbain ; que ma perception ne correspond en rien à la situation actuelle du Léman, dont seuls 3 % de ses 200 km de rives sont encore naturels. Rien d’étonnant donc à décider aujourd’hui de « construire » une plage sur le Léman. Encore moins en ville.

Pourtant, je ne parviens pas à me défaire du sentiment que ce projet dit autre chose du rapport délicat que les sociétés modernes entretiennent avec le naturel: ne sommes-nous pas une fois encore en train de recréer artificiellement un état aussi proche d’une nature que nous sentons en voie de disparition par le fait de nos agissements? Ne s’agit-il pas là d’une attitude similaire à celle que nous adoptons en prétendant compenser par des mesures écologiques les nuisances de nos infrastructures de transport ou de nos systèmes de production d’énergie? Alors que nous refusons simplement d’admettre l’ampleur de notre impact sur notre environnement.

Ces questions n’ont en fait que peu d’importance et la distinction entre artificiel et naturel se résume d’abord à un problème de vocabulaire: ce qui compte vraiment, c’est ce que sera la plage des Eaux-Vives, ce qu’elle représentera pour ses usagers, ce que deviendra la modeste surface de lac conquise à proximité du Quai Gustave-Ador, comment elle contribuera à modifier le rapport entre la ville et le lac.

De mon côté, par le rôle de journaliste-ingénieur qui m’est confié, je vais avoir la chance d’être l’observateur attentif de l’apparition d’une plage à Genève, de voir comment un projet de longue date se concrétise enfin; de montrer comment la plage des Eaux-Vives deviendra ce qu’elle sera: en d’autres termes, de suivre, décrire et si possible analyser les «processus créateurs» qui aboutiront à en faire un lieu unique à Genève.

Concrètement, il s’agira d’abord de présenter le rôle de chaque intervenant actif dans la transformation progressive du chantier actuel en une plage. Notamment de montrer comment des moyens mécaniques spectaculaires et relativement brutaux peuvent paradoxalement contribuer à construire un lieu de détente. Parallèlement, il sera intéressant de se souvenir que les processus créateurs actuellement en cours font suite à d’autres qui avaient permis d’aboutir à l’acceptation du projet des Eaux-Vives, à savoir de choisir un lieu et une forme pour une future plage à Genève. Ensuite, de réaliser qu’ils précèderont ceux qui agiront lorsque les futurs utilisateurs s’approprieront le nouvel espace gagné sur le lac. Soulignant de la sorte que ces processus agissent à chaque instant, qu’ils ont généralement en commun de devoir concilier des oppositions entre des intentions et des contraintes et qu’ils sont souvent le résultat d’un compromis entre des éléments diversement maitrisés.

Avec finalement, l’espoir de pouvoir démontrer que, contrairement à l’image que leur attribuent certains clichés, les entrepreneurs et les ingénieurs sont des acteurs décisifs dans les processus créateurs.

Le journal "La plage"

 

Couverture du numéro 1

 

Le journal La plage retrace toutes les étapes du chantier de la plage publique des Eaux-Vives à Genève. Tiré à 3000 exemplaires et gratuit, il est publié tous les quatre mois. Cette pubilcation offre un témoignage précieux et régulier sur le rythme du chantier. Avant les plaisirs de la baignade estivale, le journal veut d’abord relater et donner à lire un autre plaisir doublé d’une expérience unique : le chantier. Le projet éditorial de La plage ne cherche pas tant à décrire le futur projet qu’à témoigner des réalités des hommes et des femmes qui y sont à l’œuvre. Afin de diffuser le plus largement possible ce projet éditorial sur l'art du chantier, espazium.ch diffuse, jusqu'a l'inauguration de la plage publique en juin 2019, une sélection d’articles issus de chaque numéro du journal La plage. Nous remercions chaleureusement toute l'équipe oeuvrant sur le projet ainsi que Jacques Perret, responsable éditorial des journaux. Bonne lecture.

 

La plage n°1, journal de chantier
Observer des processus créateurs
Les palplanches
Portrait: Roger Nauer, responsable des travaux lacustres pour le projet Port et Plage publique des Eaux-Vives à Genève

 

La plage n°2, journal de chantier
Il n'y a pas de plage sans vagues
Les enrochements. Nouveaux ouvrages de protection lacustres dans la Rade de Genève
Portrait: David Ballatore, contremaître pour les travaux lacustres de l’extension du Port de la Société Nautique de Genève

La formation de la Rade de Genève

 

Étiquettes

Sur ce sujet