Ni­co­las de Cour­ten ar­chi­tectes: la contrainte fer­tile

La multiplication des normes augmente les possibles: c’est le constat ultra optimiste d’un jeune architecte fasciné par l’émulation du concours. Avant de le réformer, dit-il, il faut le faire proliférer.

Date de publication
13-01-2021

Espazium: Comment voyez-vous la situation du concours en Suisse romande?
Nicolas de Courten: Au moment de me lancer, les concours ouverts représentaient la meilleure manière, sinon la seule, d’accéder à un mandat. Qui plus est, ce type de procédure m’offrait la possibilité de pratiquer le projet sur des programmes variés dans un cadre défini et stimulant. Participer à des concours me procurait suffisamment de satisfaction pour continuer sans que la réussite ne soit une finalité.

Je suis convaincu que le concours joue un rôle moteur pour la discipline architecturale : le concours ouvert fascine et créé une émulation entre les participants. La motivation est l’un des facteurs influençant le plus la qualité et la pertinence des propositions. Confronter le résultat de son travail à celui de ses confrères permet de progresser et d’évoluer. De même, la comparaison anonyme me paraît encore être la moins mauvaise manière d’identifier la meilleure proposition.

L’effet d’attraction du concours ouvert se reflète dans le nombre grandissant de projets rendus. Les exemples de concours remportés par de jeunes bureaux ces dernières années attestent de cet engouement et du rôle du concours ouvert dans le renouvellement de la profession. S’il fallait juger le succès de la procédure du concours ouvert au nombre de variantes proposées, le constat serait sans équivoque.

Lire également: Concours en Suisse ro­mande: in­ven­taire et pistes de re­nou­vel­le­ment

Le concours favorise-t-il l’expérimentation?
Difficile de tirer des conclusions sur la stratégie gagnante et sur la place laissée à l’expérimentation ; chaque mandant, chaque programme, chaque site, chaque jury et finalement chaque proposition supposent un traitement au moins partiellement subjectif des données de l’équation. Indéniablement, une pensée stratégique est nécessaire tout comme la forme compacte offre des avantages financiers, mais le projet est et reste une démonstration des possibles et l’expérimentation peut payer.

Un élément essentiel ne devrait pas être sous-évalué : l’importance de la qualité du jury. C’est le choix du jury qui détermine si l’innovation et l’expérimentation ont leur place ou si toute audace s’avère excessive. Ainsi, la forme de la procédure ne me semble pas plus décisive que la pertinence des recommandations du jury. Le jury a le dernier mot. Le règlement SIA 142 offre un cadre intéressant concernant la composition du jury ou du collège d’experts et le déroulement du jugement. Quant aux normes, j’estime que la construction dans son ensemble subit une augmentation de la règlementation. Ce phénomène démultiplie les opportunités offertes à l’architecte de transformer ces contraintes en possibilités.

Pour le projet du concours ouvert de la pièce urbaine C des Plaines-du-Loup, nous avions proposé un système constructif pauvre en émissions de gaz à effet de serre et en énergies grises non renouvelables : la brique isolante. D’abord réticents à l’idée de se lancer dans un système novateur (dans son application à grande échelle), les maîtres d’ouvrage ont su se laisser convaincre par les démonstrations de notre physicien du bâtiment et grâces aux exigences environnementales imposés par le PPA des Plaines-du-Loup. Sans ces règlementations et sans avoir proposé ce système constructif dès le concours, la brique isolante n’aurait pas tenu.

Faut-il faire évoluer les concours?
Le succès du concours ouvert en Suisse romande est indéniable. Il semble pâtir d’un seul obstacle : le caractère exceptionnel de son application. L’absence de réciprocité à l’échelle nationale et internationale risque de nous mener vers une forme de saturation. Aussi, plutôt que de faire évoluer le concours, il faudrait surtout le faire proliférer.

Nicolas de Courten architectes EPF SIA, Lausanne, agence fondée en 2017 par Nicolas de Courten (*1985)

Concours primés :

Pour accompagner le dossier thématique sur les concours de l'édition de janvier 2021 de TRACÉS, nous avons posé trois questions aux lauréats de concours d’architecture 2015-2020 de moins de 40 ans. Nous leur avons également demandé de choisir un concours déterminant dans leur jeune carrière ainsi qu'une référence.

 

Atelier isaa: un besoin de renouvellement

Nicolas de Courten architectes: La contrainte fertile

Sujets et Objets d’Architecture: la face cachée de la compétitivité

- Comte/Meuwly: Le concours comme opportunité d'expérimentation

- Stoa: franchir le Wettbewerbgraben

- Atelier 703: Le concours en dialogue

- MAK: la relève qui s’établit

- APZ: retrouver le projet radical

Sur ce sujet