Le ré­em­ploi à l’âge adulte?

Éditorial du Tracés 14-15/2019 consacré à la thématique du réemploi en Suisse

Date de publication
10-07-2019

L’engouement actuel du milieu de la construction pour le réemploi ferait presque oublier que, pendant des siècles, les blocs de pierre, le bois des charpentes ou les briques ont circulé très naturellement d’un bâtiment à l’autre. Ce n’est qu’à partir du 20e siècle que le réemploi tombe dans l’oubli, lorsque la construction s’industrialise, que le béton supplante les autres matériaux et que la spéculation implique de démolir et d’évacuer très vite les déchets. La pratique du « recyclage », issue de la même logique industrielle, termine d’anéantir la filière.

Au début des années 1990, des projets comme ceux de Rural Studio1, conçus avec les communautés pauvres du comté de Hale, en Alabama, montrent comment, dans un contexte de pénurie, les déchets de béton, les panneaux de signalisation, ou encore les pneus usagés peuvent révéler tout leur potentiel constructif. Plus près de nous, sous la pression conjuguée de la catastrophe écologique annoncée et de la crise de 2008, des collectifs d’architectes européens (Encore Heureux, Bellastock, Rotor, Studio Assemble, etc.), à travers des expositions et des ouvrages, des pavillons et quelques projets devenus iconiques, ont contribué à forger un discours contemporain sur le réemploi et à le positionner comme une alternative au système traditionnel. Au point que le sujet, s’il est devenu populaire, s’est aussi fourvoyé en cours de route. Les publications récurrentes de projets plus ou moins anecdotiques ont contribué à alimenter de nouveaux clichés et une « esthétique du bidonville » ou de « la palette », dont le réemploi peine encore à se défaire, alors qu’il semble mûr pour sortir de l’adolescence et passer à l’âge adulte.

Dans ce dossier de la série « filières », nous donnons la parole à deux professionnels du réemploi en Suisse, Barbara Buser du baubüro in situ et Corentin Fivet du Structural Xploration Lab (SXL) de l’EPFL, pour comprendre les enjeux actuels et à venir. Le développement de la recherche, l’apparition de nouveaux métiers (les « chasseurs de matériaux »), les retours d’expérience sur des projets de plus en plus ambitieux, et jusqu’à l’intérêt des majors de la construction, sont autant de signes d’une professionnalisation du secteur. Le nombre de plateformes dédiées au réemploi, à l’image de Salza.ch, le démontre également. Fini le bricolage. 

De l’art de récupérer les matériaux aux difficultés techniques de mise en œuvre, en passant par les algorithmes d’optimisation des stocks et la conception d’éléments de construction réutilisables quasiment à l’infini, nous faisons le tour des sujets qui animent aujourd’hui les acteurs d’une filière en plein développement.

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Note

1 Créé en 1993 par D.K. Ruth et Samuel Mockbee, Rural Studio est un programme de l’école d’architecture de l’Université d’Auburn en Alabama. 

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