«À la fin, le sys­tème a vrai­ment fon­c­tion­né!»

Les plantations verticales contribuent à la biodiversité et à la réduction de la chaleur. Il faut des solutions simples pouvant être installées sur des bâtiments existants. Claude Marbach, du bureau d’architectes biennois :mlzd, présente son système lors d’un entretien.

Publikationsdatum
08-08-2023

Les avantages des façades végétalisées sont évidents: lutte contre la surchauffe urbaine, amélioration de la qualité de l’air, encouragement de la biodiversité et réduction du bruit à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments, etc. C’est du moins la conception moderne de cette forme de végétation contrôlée. Indépendamment des raisons, l’idée de végétaliser les constructions n’est pas nouvelle: avec un peu d’imagination, les jardins suspendus de Sémiramis à Babylone pourraient être considérés comme la première construction végétalisée connue de l’histoire.

Une envolée à la troisième tentative

La végétalisation des façades sous sa forme actuelle n’est pas non plus une nouveauté. Avec le mouvement des cités-jardins en Angleterre et en Allemagne au début du 20e siècle, on espérait que les «jardins de façade» soulageraient, dans le cadre d’un développement urbain vert planifié, les conditions de vie de plus en plus difficiles dans les grandes villes. L’Américain Stanley Hart White, professeur d’architecture paysagère à l’Université de l’Illinois, est toutefois considéré comme le véritable inventeur des façades végétalisées. En 1938, il a fait breveter une structure architecturale porteuse de végétation en tant que système: c’est la naissance du «Green Wall» comme invention technique.

Mais avec les incertitudes économiques puis la Seconde Guerre mondiale, la priorité n’était plus à l’amélioration du climat des grandes villes. Le boom d’après-guerre n’a guère laissé de place aux idées d’architecture paysagère; l’intérêt pour les façades vertes ainsi que les connaissances afférentes risquaient de sombrer dans l’oubli. Il a donc fallu attendre le début des années 1980 pour que le botaniste français Patrick Blanc reprenne l’idée de White et la développe. Il a également breveté son système de végétalisation, le «Mur végétal», et a conçu par la suite, souvent en collaboration avec des architectes de renom, des murs et des façades dans le monde entier, dont «Le Nouvel KLCC» à Kuala Lumpur, haut de près de 200 m, avec Jean Nouvel.

Nouveau thème central

Les façades végétalisées ou les jardins verticaux connaissent donc un nouvel essor, notamment en raison des problèmes climatiques urgents auxquels font face les centres urbains. Vu la population de ces derniers, les bâtiments existants offrent d’ailleurs un potentiel de surface maximum pour de telles mesures. Les autorités compétentes l’ont désormais reconnu: le programme actuel de Grün Stadt Zürich encourage p. ex. la végétation verticale. Mais comment améliorer les bâtiments existants avec des moyens adaptés aux nouvelles exigences climatiques? Le bureau d’architectes biennois :mlzd («mit Liebe zum Detail») s’est penché sur cette question et a développé des solutions complémentaires. Claude Marbach, partenaire chez :mlzd, a dirigé à cet effet le projet pionnier d’une façade végétalisée installée a posteriori sur le bâtiment dans lequel est installé le bureau et nous relate ses expériences et ses idées.

espazium: M. Marbach, à votre avis, quelle est la pertinence actuelle du thème des façades végétalisées dans l’architecture?

Claude Marbach: Les façades végétalisées ont gagné en importance dans le contexte des réflexions sur la durabilité, mais il convient de distinguer les raisons et la qualité de la végétalisation d’une façade. Sur les plans, une plante verte est rapidement dessinée dans la vue de la façade, mais cela ne garantit pas une réponse aux exigences ni l’obtention p. ex. de l’effet d’ombrage souhaité. Alors que cela va bien au-delà. La végétalisation est l’un des nombreux thèmes liés à la façade, mais n’est en rien une obligation. Il faut toujours tenir compte des conditions et des besoins et les pondérer: si, par exemple, une installation photovoltaïque intégrée au bâtiment est plus intéressante pour l’exploitation, il serait inutile de végétaliser la façade.

Mais une façade végétalisée soigneusement planifiée dans ce contexte peut en tout cas améliorer la qualité pour le bâtiment lui-même et pour ses utilisateurs et avoir un effet positif sur le climat urbain.

Comment est né votre projet pionnier et en quoi consiste-t-il?

Nous avons déménagé notre bureau sur ce site il y a deux ans et demi et avons eu la possibilité d’acquérir le bien immobilier et de développer nos propres idées afin de rendre le bâtiment conforme aux nouvelles exigences. Or cette ancienne manufacture, construite selon les plans d’Otto Rudolf Salvisberg pour un sous-traitant de l’industrie horlogère, possède de très grandes surfaces vitrées et nous cherchions des solutions de protection thermique en été. En même temps, en pleine pandémie, nous avions du temps pour ce thème en plus de nos activités quotidiennes. C’est ainsi que nous avons eu l’idée adéquate et que nous avons entrepris une étude. Nous avons pris de plus en plus de plaisir à nous y consacrer et avons aussi trouvé des partenaires spécialisés.

Notre projet pilote se compose essentiellement d’un échafaudage traditionnel autoporteur avec un balcon praticable, de plantes annuelles et vivaces dans des baignoires, de filets à grimper et d’un système d’irrigation. Les planchers de l’échafaudage font partie de l’ombrage. Cela peut paraître simple mais demande beaucoup de savoir-faire. Chacun a apporté ses connaissances en collaboration avec le constructeur d’échafaudages, la conseillère en végétaux, le fabricant de substrats et une société d’investissement immobilier. À la fin, le système a vraiment fonctionné!

Quels ont été les plus grands défis lors de la mise en œuvre du projet et quels enseignements en avez-vous tirés?

Les défis ont été très nombreux à petite échelle. Ils concernaient le type de plantation, le cadre juridique, la technique de l’échafaudage et des installations, l’utilisation et, enfin, la rentabilité. Mais, avec de la volonté et du plaisir, il a été possible de répondre à toutes ces questions. Je pense que les plus grands défis sont encore à venir. Nous n’avons pas développé cela uniquement pour nous-mêmes. Nous voulions également générer des connaissances intégrables dans nos projets futurs.

En tout cas, l’impression subjective de la première saison a été très positive. Nous voulons maintenant l’étayer par des faits. Avec des spécialistes d’Amstein+ Walthert, nous installons des points de mesure à différents endroits à intérieur et à l’extérieur du bâtiment afin de relever des indicateurs tels que l’ombrage ou l’effet climatique.

Votre solution peut-elle être adaptée et appliquée à n’importe quel bâtiment existant?

Bien sûr! Il ne s’agit toutefois pas d’une solution modulaire, mais plutôt d’un système qui doit tenir compte des exigences comme l’architecture, l’orientation, l’environnement, les conditions limites du droit de la construction et les besoins individuels des propriétaires et des utilisateurs. Très souvent viennent s’y ajouter d’importantes questions de conception auxquelles le but du système doit être subordonné. Nous ne voulons pas simplement faire prévaloir sans raison un échafaudage par rapport à une façade de grande valeur esthétique ou protégée.

Vous travaillez déjà sur deux autres «projets tests». Quels sont vos objectifs et qui est impliqué?

Dans le cadre de ces projets tests, nous transférons le système sur deux bâtiments existants d’autres propriétaires. Le premier sera installé sur l’immeuble de l’un de nos partenaires du projet pionnier, l’entreprise Hauert à Grossaffoltern. L’autre projet test n’est pas encore planifié de manière définitive, mais doit aussi être réalisé sur le bâtiment, aux dimensions relativement importantes, d’un partenaire. J’ai beaucoup de respect pour cette possibilité d’évolution.

De plus, cet été, nous testerons sur une installation expérimentale différents types de plantations, de substrats ou de systèmes d’irrigation. Nous installons dans notre arrière-cour un échafaudage à orientation horizontale doté de bacs pour les plantes avec l’aide de notre conseillère en végétaux du projet pionnier. Nous avions aussi envisagé un accompagnement scientifique de cette installation expérimentale par une haute école. Mais nous avons renoncé à cette idée car nous voulons générer le plus rapidement possible des connaissances pratiques. Néanmoins, un suivi scientifique serait certainement passionnant.

À plus long terme, je pourrais aussi envisager de transférer les connaissances acquises dans une entreprise séparée et de les dissocier de notre activité principale, l’architecture.

Cette approche serait-elle aussi avantageuse par rapport à une végétalisation intégrée de la façade d’un nouveau bâtiment?

Les avantages par rapport à une végétalisation intégrée seraient certainement les coûts. Comme le montrent l’expérience de notre projet pionnier et le calcul des coûts du premier projet test, notre système, planification et suivi compris, coûte environ 800 CHF/m2 pour les trois premières années. Ces coûts absolus peuvent également être considérés dans un contexte relatif: si on peut ainsi économiser des stores solaires ou même des balcons entiers, c’est un double gain, d’autant plus que les systèmes complémentaires peuvent facilement rivaliser avec la durée de vie des éléments de façade habituels. Et même si j’avais auparavant dénié au système son caractère modulaire, il peut être réalisé dans presque toutes les dimensions en très peu de temps et, si nécessaire, être étendu.

Cet article a été publié dans le numéro spécial  «Fassaden | Façades | Facciate – Approches durables».

Vous trouverez d'autres articles sur le thème dans notre dossier numérique.

Végétalisation de la façade Alleestrasse 25, Bienne

 

Maître d’ouvrage
:mlzd, Bienne

 

Architecture
:mlzd, Bienne

 

Échafaudage
Gatti, Nidau

 

Conseils en plantations
Gartenberatung Anna Capol, Bienne

 

Autres partenaires
Hauert HBG Dünger, Grossaffoltern ; Espace Real Estate, Soleure

 

Facts & Figures

 

Planification
2021-2022

 

Fin des travaux
2022 (temps de montage : environ 1 semaine)

 

Coûts
env. 800 CHF/m2

 

Système
système d’échafaudage avec grille de végétalisation

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