Pied à ter­re

Data di pubblicazione
02-09-2022

La marche est (à nouveau) à la mode, comme en témoignent les multiples colloques et ouvrages qui lui sont consacrés depuis quelques années1. Bonne pour la santé et le moral, moyen simple et gratuit de se déplacer d’un point à un autre, manière de prendre le pouls de la ville, cette activité d’extérieur est parée de toutes les vertus. Ce dossier ne parlera pas de flânerie benjaminienne ou de dérive situationniste, ni des artistes marcheurs ou des marches exploratoires à la Stalker, même si toutes ces manières de faire l’expérience de la ville, à des degrés divers, sont contenues dans le thème, plus prosaïque, qui nous intéresse ici: la marche banale.

La marche banale, c’est cette action pas toujours consciente dont chacun fait l’expérience quand il sort de chez lui, les quelques mètres pour rejoindre sa voiture ou un métro, la promenade ponctuée d’arrêts et de rencontres, les kilomètres, choisis ou subis, pour aller travailler ou se rendre dans une école, une bibliothèque. Dans quelles conditions cette marche du quotidien s’effectue-t-elle? Tout le monde est-il égal devant la marche? Peut-on mieux faire? Qui réfléchit à ce sujet dans les services municipaux? De quels outils et méthodes dispose-t-on pour la prendre en compte?

Les quelques lobbys de la marche, et les études qu’ils produisent, n’ont pas forcément le même poids que d’autres, aussi la marche reste-t-elle difficile à appréhender. La traiter comme un mode de déplacement, donc selon des logiques de flux – fonctionnelles, quantifiables – serait réducteur: on fait bien plus que marcher quand on marche. Très vite se posent d’autres questions qui ont trait aux ambiances, aux activités, au soleil et à l’ombre, au bruit, à la sécurité… La marche est donc une façon de mettre un pied dans la porte d’une ambition beaucoup plus vaste: transformer les villes en des lieux apaisés, accueillants pour les enfants, les familles, les personnes âgées ou handicapées. Des villes slow, conviviales, mais aussi moins polluées, capables de rafraîchir l’été, moins minérales, plus plantées. Donc sans voitures.

Dans ce dossier, nous questionnerons les différentes stratégies adoptées au nom de la marchabilité, de la ville pour tous et de l’urgence climatique et nous verrons que pour pouvoir mettre pied à terre, il faut commencer par gagner du terrain.

Notes

 

1 Pour n’en citer que quelques-uns: «Renouveau de la marche, en Suisse et en Europe», EPFL, 8 avril 2011; «Le génie de la marche», colloque de Cerisy 2012, «Les assises nationales de la marche en ville», 17 septembre 2021, Marseille.

 

Parmi les auteurs plus anciens qui ont mis la marche à la mode, citons par exemple: Rebecca Solnit (L’art de marcher, 2002), Francesco Careri (Walkscapes, la marche comme pratique esthétique, 2002), Frédéric Gros (Marcher, une philosophie, 2009, réédité en 2019), ou encore Lucius Burckhardt et sa «promenadologie».

Magazine