Res­tau­ra­tion des es­paces sa­crés: le diable est dans le dé­tail

Date de publication
17-01-2022

Le 9 décembre dernier, le projet pour la reconstruction et le réaménagement intérieur de Notre-Dame de Paris a été soumis à la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA), et il a mis le feu aux poudres. On parle de «Disneyland politiquement correct», de «vandalisme», de «saccage»… Les mots ne sont pas assez forts pour exprimer l’émotion: c’est que lorsqu’on restaure les cathédrales, ou les monuments historiques en général, on touche non seulement à un bien commun, mais aussi à un héritage identitaire.

Dans ce dossier, nous nous intéressons à la restauration des espaces sacrés. Sujet épineux s’il en est: même si elles sont progressivement abandonnées par leurs fidèles, les églises représentent des jalons marquants de nos paysages culturels. Mais nous n’aborderons pas ce thème à travers des principes généraux, qui opposeront souvent conservation et évolution. C’est dans les détails que se déploient les enjeux de la restauration.

Car c’est dans le profil exact d’un des renvois d’eau de la cathédrale de Lausanne, dans le positionnement de la clôture de l’abbaye d’Hauterive, ou encore dans le dessin d’un banc d’une église de Langenthal que s’écrit, mot après mot, ce qu’on appelle aujourd’hui le patrimoine – étymologiquement l’ensemble des biens et des droits hérités de nos parents. «Le diable est dans les détails», disait Nietzsche constatant que le moindre élément mal géré dans un projet est susceptible de semer la zizanie; expression reprise ensuite par Mies van der Rohe et les Modernes après lui, qui en modifient le sens et clament que c’est plutôt la quête de la perfection qui est dans ce même détail. Le dicton peut aujourd’hui s’appliquer à la restauration des édifices sacrés.

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Le patrimoine est un problème digne du rocher de Sisyphe, qui chute chaque fois que l’on pense avoir franchi un obstacle. Mais à la lecture de ces cas, on s’aperçoit qu’un monument n’est jamais une unique pierre que nous devons hisser à la force de nos bras au sommet de la montagne de l’éternité; l’effort de Sisyphe, c’est une multitude de fragments qui nous retombent dessus dans l’effort, et dont nous devons comprendre l’histoire et les caractéristiques.