La tour de la tran­si­ti­on

La tour d’habitation H1 de Boltshauser Architekten, point de cristallisation de tant de discussions, a été réalisée en 2025 à Regensdorf (ZH). Le plus haut immeuble hybride bois-béton de Suisse est tourné vers l’avenir – et soulève de nouvelles questions. Alors, une tour durable, ça existe?

Publikationsdatum
14-09-2026
Revision
14-09-2026

Rares sont les projets résidentiels ou les quartiers qui, ces dernières années, ont fait autant de vagues avant même leur réalisation que la tour H1 et la Zwhatt Areal: Holcim Foundation Award 2023, articles détaillés dans la presse quotidienne, documentaires vidéo ambitieux mettant en scène les acteurs impliqués.

Tous deux sont considérés comme des projets phare en matière de développement urbain collaboratif et d’adaptation au changement climatique. Mais la tour H1 répond-t-elle aux objectifs de durabilité qu’elle s’était fixés? Et comment vit-on l’architecture de ce nouveau quartier?

Gratte-ciel hybride: en bois… ou à faible teneur en béton?

Cette tour résidentielle de 24 étages repose sur un principe structurel d’une simplicité séduisante, qui a enthousiasmé le jury dès le concours, en 2020: sur un socle en béton de trois étages s’élève un noyau central fait dans ce même matériau, qui assure les circulations verticales et le contreventement. Les logements s’articulent autour de ce noyau: une structure hybride bois-béton modulaire est ensuite empilée selon un système poteaux-dalles, qui trame à la fois les typologies d’appartements et l’effet spatial.

Des poteaux en bois massif assurent la transmission des charges verticales. Dans les planchers à nervures composites bois-béton (HBV), les poutres en bois reprennent les efforts de traction, tandis que les dalles en béton, dont l’épaisseur a été réduite à 12 cm, supportent les efforts de compression. La forte proportion de bois dans la structure porteuse primaire réduit le poids total, ce qui autorise une fondation superficielle sans pieux – et permet ainsi d’économiser considérablement ressources et énergie grise.

Les autres éléments, et en particulier la façade en construction légère, répondent eux aussi à l’objectif de réduction du poids. On ne peut que lever les yeux au ciel en repensant à la mode des façades en béton préfabriqué massif, dont les effets négatifs sont encore bien visibles aujourd’hui, comme au Tramdepot Hard à Zurich.

Afin de se rapprocher de l’objectif «zéro émission nette» et d’une construction respectueuse des ressources, les concepteurs ont tiré différentes conclusions pour la conception de la tour H1: pas de parking souterrain grâce à un concept de circulation à faible trafic automobile dans un quartier accessible à pied; des appartements compacts et flexibles.

Les éléments photovoltaïques disposés horizontalement, qui font office de brise-soleil, permettent de produire de l’électricité et d’ombrager la façade. Le bois de hêtre du Jura a été transformé en Suisse en poteaux et poutres, et, dans la mesure du possible, on a utilisé de la terre à la place du béton. La paroi en argile du socle peut être interprétée comme un symbole archaïque et anecdotique signifiant «nous construisons de manière durable!».

Selon les architectes, cette méthode constructive permet d’éviter 20% des émissions dans la structure porteuse primaire par rapport à une structure conventionnelle en béton armé.

Les paradoxes de la tour d’habitation

Le caractère résidentiel de la tour entraîne un conflit d’objectifs: en raison des exigences élevées en matière de statique et de protection incendie, une partie substantielle du bâtiment ne peut être réalisée qu’en béton; le bois ne peut devenir le matériau phare que de manière limitée. De fait, malgré ses avantages en matière de densification urbaine, la tour résidentielle exclut l’objectif de «zéro émission» – même si les architectes parviennent à réduire les fondations au minimum.

La tour H1 renonce aux expérimentations en matière d’habitat et répartit 156 appartements conformes au marché sur 21 étages. Les plans modulaires sont desservis par le noyau central sous la forme d’un «8». La concentration des circulations verticales s’accompagne d’une compression spatiale aux étages: le trajet de l’ascenseur à l’appartement évoque les sous-sols – non pas en raison des matériaux, mais du fait de l’étroitesse de la séquence spatiale.

Une telle typologie n’offre pas suffisamment d’espace sur les paliers pour qu’une vie communautaire s’y déploie. Cependant, à mi-hauteur du bâtiment, un espace collectif sur deux étages, comprenant une buanderie, sert de lieu de rencontre informel et scénographique.

Si les paliers ne font pas honneur au projet, une fois la porte d’entrée passée, c’est une vision spectaculaire sur la vallée du Furttal qui s’offre aux habitants, révélant tout le charme de la vie dans la tour: dépaysement spatial, participation visuelle anonyme à la vie en contrebas.

La périurbanisation de la vallée du Furttal

La tour d’habitation H1, avec celle du Studio Märkli, domine les constructions hétéroclites de Zwhatt Areal – le plan d’aménagement est également signé Studio Märkli. En tant que projet pilote, Zwhatt constitue la pièce maîtresse d’un axe de développement partant du nord de la gare de Regensdorf, qui va progressivement remodeler la zone industrielle existante. À la frontière entre ville et campagne, le conglomérat de bâtiments aux formes variées conçu par Märkli prolonge l’hétérogénéité générique existante et la densifie.

À cet égard, la silhouette du bâtiment longitudinal voisin de Lütjens Padmanabhan1 paraît plus verticale que celle de la tour résidentielle H1. Cette ambivalence, familière dans les villes asiatiques, fonctionne également dans l’agglomération zurichoise. L’implantation des volumes est compatible avec les défis urbanistiques contemporains: alors que l’ombre portée constituait récemment un argument rédhibitoire contre les projets, les bâtiments sont ici rapprochés au plus près les uns des autres au profit de la performance urbaine, afin d’ombrager les espaces libres.

De loin, les deux tours d’habitation de 75 m de haut (celle du Studio Märkli et celle de Boltshauser Architekten) apparaissent comme des repères et s’inscrivent en duo dans la silhouette décousue qui caractérise la périphérie hétérogène de Zurich: une séquence aléatoire de concentrations urbaines, accentuée architecturalement par des gratte-ciel servant de repères verticaux.

Ancien et nouveau centre

De loin, on peut dater les différents gratte-ciel: les volumes actuels de Zwhatt Areal sont plus compacts que les anciens bâtiments du centre voisin, conçus par les architectes Flubacher et Rütti en 1973. Leurs trois tours d’habitation ont été construites en réponse à la pression de la croissance, avec des éléments préfabriqués par Ernst Göhner SA. Au centre se trouve une plate-forme surélevée abritant des espaces publics et un centre commercial – un espace urbain qui donne aujourd’hui l’impression d’être une relique du passé.

50 ans plus tard, Zwhatt Areal voit naître un nouveau grand quartier aux usages diversifiés, qui fonctionne comme une ville dans la ville. Alors que le centre de Regensdorf était encore voué à la circulation automobile, Zwhatt Areal est résolument axé sur les transports publics. Pour le reste, les deux quartiers – malgré les surfaces commerciales existantes – s’inscrivent dans la tradition de l’habitat en périphérie et du métro-boulot-dodo.

Ce qui distingue Zwhatt Areal de l’ancien complexe du centre de Regensdorf, c’est qu’il semble modulable et ouvert au développement: vue de près, la silhouette massive de la tour H1 se transforme et paraît accessible, légère et ouverte. La base surélevée, avec ses angles en porte-à-faux, dégage une urbanité affirmée tout en offrant une grande qualité de vie et un rayonnement vers le quartier.

Tel un plumage, les panneaux photovoltaïques saillants recouvrent la façade filigrane et masquent toute référence évidente à une tour d’habitation. Il est fort probable que, grâce à cette ambivalence et à son principe d’aménagement modulaire et adaptable, cette tour accueille d’autres usages au fil du temps.

Construire la transition

Malgré les prévisions de croissance, le principal défi à relever pour atteindre la neutralité carbone et mettre en place un secteur du bâtiment à faibles émissions reste le même: construire moins. Ce qui nuance l’enthousiasme suscité par la durabilité de la tour H1. Car malgré des espaces urbains adaptés au changement climatique, malgré les efforts de décarbonation de la tour, le projet global suit le schéma moderniste d’un nouveau lotissement en périphérie urbaine – où, certes, tous les paramètres ont été optimisés.

Une analyse globale montre à quel point le niveau d’exigence est désormais élevé en matière d’architecture. Aujourd’hui, la tour résidentielle H1 est pionnière sur le plan architectural et constructif. Elle peut servir de référence pour orienter le secteur du bâtiment dans la bonne direction en matière de réduction des émissions et d’utilisation durable des ressources – à ce titre, elle constitue un immense succès. Les architectes parlent d’un «édifice de la transition, d’un changement de paradigme». Mais si la tour H1 est une étape importante, le chemin vers la neutralité climatique reste encore long!

Steffen Hägele est architecte et chercheur.

 

Cet article a été publié dans TEC21 (aujourd’hui espazium magazin) 17/2025 sous le titre «Ein Wohnhochhaus des Übergangs».

Notes

 

1 Lire à ce sujet l’article de Jennifer Bader, «Gewieft auf das Wesentliche reduziert», espazium magazin 3/2026.

Innovation interdisciplinaire

 

L’arcade de trois étages, soutenue par deux piliers massifs en béton, forme l’entrée de la tour résidentielle H1. La dalle de béton située au-dessus de ces piliers, avec ses angles en porte-à-faux de 8 m, transfère la charge des 21 étages résidentiels vers le socle en béton via des poutres périphériques. La trame étroite des poteaux de 3.4 × 7.8 m de la structure en bois des étages supérieurs – optimisée pour des espaces de vie flexibles – a ainsi pu être combinée avec les grandes portées de 7.8 m du socle en béton.

 

La combinaison des matériaux résultant de la construction massive des étages inférieurs, y compris l’étage de transfert de charge avec des éléments en béton armé précontraint, et de la construction hybride bois-béton des étages supérieurs, a permis d’optimiser le poids propre de la tour, qui a pu être construite sur des fondations peu profondes.

 

Dans le cadre du concours, le maître d’ouvrage recherchait explicitement des solutions innovantes et a décidé de construire son premier bâtiment hybride bois-béton. C’est pourquoi Andrea Frangi, professeur en construction bois à l’Institut de statique et de construction de l’ETH Zurich, a soutenu l’équipe dès les premières phases de planification. Le principe du double contrôle a permis de remettre en question et de vérifier efficacement ces nouvelles méthodes de construction.

 

L’idée de la structure porteuse est issue d’un concours pour un immeuble de grande hauteur à Cham (ZG). À partir de là, les concepteurs de la tour H1 ont développé un principe de base pour une construction hybride bois-béton, adaptée à un usage résidentiel au-dessus du socle du bâtiment et ne dépassant pas une largeur d’élément de 3.5 m. Ces dimensions sont déterminantes pour le transport de l’usine au chantier. La préfabrication est un atout majeur des constructions hybrides bois-béton et permet un rythme de construction des étages extrêmement rapide.

Immeuble de grande hauteur hybride en bois H1, Zwhatt Areal, Regensdorf (ZH)

 

Maître d’ouvrage: Fondation de placement Pensimo

Architecture: Boltshauser Architekten

Structure porteuse: consortium d’ingénieurs B3 Kolb; Schnetzer Puskas Ingenieure

Conception CVC: Waldhauser + Hermann

Conception sanitaire: Balzer Ingenieure

Physique du bâtiment: Amstein-Walthert

Conception électrique: IBG B. Graf Engineering

Conception de l’éclairage: Reflexion

Protection incendie: B3 Kolb

Architecture du paysage: Lorenz Eugster Architecture paysagère et urbanisme

Gestion de chantier: Jaeger Baumanagement; Boltshauser Architekten

Conception des façades: Feroplan Engineering

Fenêtres: 4B

Art dans la construction: Atelier für Sonderaufgaben

Type de panneaux solaires installés, puissance du toit: cellules solaires monofaciales, puissance 54 kWc

Modules de façade horizontaux: cellules solaires bifaciales, puissance 188 kWc

Surface au sol (SIA 416): 697 m²

Surface de plancher (SIA 416): 18 380 m²

Volume (SIA 416): 54 000 m³

Réalisation: juin 2025

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