Les bu­reaux d’ar­chi­tec­tu­re et d’in­gé­nie­rie mi-fi­gue mi-rai­sin

Alors que les bureaux estiment que leur situation économique actuelle est stable, leurs attentes pour les prochains mois se dégradent – des résultats en apparence contradictoires qui laissent transparaître leur inquiétude.

Publikationsdatum
21-05-2026

Les résultats de l’enquête trimestrielle menée par le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) en avril 2026 révèlent que la marche des affaires des bureaux est stable depuis le début de l’année. Leurs retours dessinent un tableau largement positif: 53% affirment que leur situation économique est bonne, 43% l’estiment satisfaisante et seuls 4 % la jugent mauvaise. La demande et la fourniture de prestations sont également restées stables au cours des trois derniers mois. La dynamique des carnets de commande – dont la portée passe de 11,4 mois à 11,8 mois – et des coûts d’ouvrage est encore plus vigoureuse qu’au trimestre précédent.

Ces très bonnes nouvelles contrastent avec les attentes pour les prochains mois, qui traduisent les incertitudes dont souffrent les bureaux. Par rapport au mois de janvier, leurs prévisions s’assombrissent légèrement et seuls 13% tablent sur une amélioration de la marche de leurs affaires, tandis que 80% n’attendent aucun changement et que 6% craignent une dégradation. Les prévisions relatives aux prestations à fournir au cours des trois prochains mois augmentent nettement, ce qui est cohérent avec la progression des carnets de commande – qui toutefois ne devrait pas s’accompagner d’un renforcement de la demande selon les bureaux. Ils affichent en revanche un net regain de confiance pour ce qui est de leur situation bénéficiaire au cours du trimestre prochain: 14% espèrent une amélioration, 80% comptent sur un maintien et seuls 6 % appréhendent une baisse.

Les bureaux d’architecture en demi-teinte

La marche des affaires des bureaux d’architecture présente un léger refroidissement par rapport au début de l’année, contrairement à la demande qui a connu une évolution plus dynamique, portée par le net renforcement des carnets de commande – passée de 13,9 mois en janvier à 14,7 mois en avril – et des enveloppes budgétaires des projets. Sur le front des revenus, les nouvelles sont excellentes puisque le nombre de bureaux d’architecture qui ont vu leurs revenus augmenter au cours des trois derniers mois dépasse la part des bureaux ayant subi une baisse. Pour ce qui est de leurs perspectives, elles varient en fonction des indicateurs : leurs attentes relatives à la marche de leurs affaires du prochain semestre sont plus réservées qu’en début d’année, tandis qu’ils s’attendent à une solide amélioration pour ce qui est de la fourniture de prestations et de leur situation bénéficiaire au cours des trois mois à venir.

Les bureaux d’ingénierie moins confiants

Les bureaux d’ingénierie ont réévalué à la hausse la marche actuelle de leurs affaires. Leur satisfaction sur ce point tranche avec leurs retours concernant la demande, les prestations fournies ou leur situation bénéficiaire, qui ont accusé une légère baisse au cours des trois derniers mois. Dans le même temps, la part de bureaux d’ingénierie qui voient leur activité lourdement impactée par une main-d’œuvre insuffisante a baissé, passant de 51% au dernier trimestre à 48%. Les ingénieurs interrogés ont indiqué que leurs carnets de commande se sont allongés, ce qui explique la hausse significative de la fourniture de prestations attendue au cours des trois prochains mois. Ceci étant, ils se montrent quelque peu plus réservés au sujet de la marche générale de leurs affaires au cours du semestre à venir et sont plus pessimistes concernant l’évolution attendue de la demande et de leurs revenus du trimestre prochain.

La Suisse tient bon – pour le moment

La retenue qui caractérise les prévisions économiques des architectes et des ingénieurs transparaît également dans l’actuel indicateur de la situation des affaires du KOF calculé à partir des enquêtes conjoncturelles des autres secteurs. Le fléchissement est particulièrement marqué dans l’hôtellerie-restauration, le commerce de gros et l’industrie manufacturière, mais se révèle plus modéré au niveau des autres services, des services financiers et assurantiels et de la branche de l’architecture et de l’ingénierie. Dans son communiqué paru le 6 mai 2026, le KOF indique que l’économie suisse résiste, affichant des résultats stables malgré un contexte international défavorable. Il pointe en revanche les chaînes d’approvisionnement: les entreprises s’attendent à des allongements des délais de livraison et se montrent plus inquiètes pour ce qui est de la disponibilité des marchandises. La pénurie de produits intermédiaires s’est d’ailleurs légèrement accentuée dans le secteur de la construction. En conséquence, nombreux sont les secteurs interrogés à avoir constaté une dynamique de hausse des prix – en tête le commerce de gros et la construction. La branche de l’architecture et de l’ingénierie, en revanche, ne prévoit pas de changement notable au niveau des prix. En tout et pour tout, les perspectives pour les mois à venir restent modestes et il semble que les entreprises s’attendent à des vents moins favorables. Reste à espérer que ces craintes s’avéreront infondées et que l’économie suisse tirera une fois encore son épingle du jeu.

Cet article se fonde sur les données du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’ETH Zurich. Il est complété par l’éclairage économique de l’autrice, susanne.schnell [at] sia.ch (Susanne Schnell), spécialiste Communication/Content Manager à la SIA.

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