Kaléi­do­scope ur­bain

Le projet Quai Zurich Campus de l’architecte viennois Adolf Krischanitz s’inscrit dans la lignée des bâtiments représentatifs du lac de Zurich. L’enveloppe de verre toute en plasticité et la façade de pierre finement structurée forment un contraste harmonieux.

Publikationsdatum
27-07-2022

Le quartier des assurances sur les rives du lac de Zurich change de visage: suite à l’ouverture en 2017 du bâtiment à la façade en verre de Swiss Re Next de Diener&Diener Architekten, le siège du groupe Zurich a été inauguré l’année dernière. Le quartier, baptisé Quai Zurich Campus en référence à sa localisation entre le Mythenquai et -l’Alfred-Escher-Strasse, se compose d’un ensemble de constructions plus que centenaires. Adolf Krischanitz a remporté le concours en 2012 en séduisant le jury par une imbrication d’ancien et de nouveau: le pompeux bâtiment principal de style néo-baroque construit par Julius Kunkler le long du Mythenquai (1901), l’extension d’Otto Honegger (1924-1925) perpendiculaire à ce dernier et la barre de l’ancien immeuble Vita sur la Marsstrasse (1932), agrandie dans le même style dans les années 1950. Les bâtiments de la Alfred-Escher-Strasse et de la Breitingerstrasse furent remplacés par Krischanitz par une construction nouvelle de huit étages en forme de grand «U». Celle-ci complète l’îlot tandis que son aile sud pénètre dans l’espace intérieur du bloc parallèlement au bâtiment transversal de 1925, formant ainsi une succession de trois cours, accessibles au public tout comme le café situé dans l’aile sud de la construction nouvelle. Ainsi naquit un morceau de ville.

Subtile et différencié

La façade donnant sur l’Alfred-Escher-Strasse est revêtue de grès de Bollingen, typique de Zurich. Au premier coup d’œil, la façade tramée paraît plutôt neutre et peu spectaculaire, mais un examen plus attentif révèle une subtile différenciation. L’effacement des éléments d’allège derrière les piliers dans les étages inférieurs inverse la disposition dans la moitié supérieure du bâtiment: à partir du 3e étage, les panneaux d’allège se fondent en une bande continue.

Sous ses airs tectoniques, la façade suspendue est habillée d’une «parure» au sens où l’entendait Gottfried Semper. Les ailes latérales qui s’avancent vers l’est sont matérialisées différemment, bien que conservant le même support de façade: des éléments triangulaires en verre feuilleté de sécurité (VFS) partiellement précontraint, enchâssés dans d’étroits profilés en aluminium, forment une texture rhombique. Les losanges sont constitués de quatre triangles inclinés dans différentes directions qui recouvrent deux étages et dont les points centraux forment la partie la plus saillante de chaque plan de façade. Le plus grand défi fut de résoudre le fameux conflit des angles, surtout aux endroits où deux plans de façade se croisent à 90°.

Variations d’un motif

Vues du lac ou du Mythenquai – l’avancée de l’arboretum offrant peu de recul –, les façades à prismes se rangent en deuxième ligne derrière les constructions historiques. Résultat: un équilibre entre ancien et nouveau. Krischanitz entend ainsi articuler des ruptures. L’ancien n’écrase pas le nouveau, pas plus que le nouveau ne triomphe de l’ancien.

Le métabolisme, autre notion semperienne affectionnée par Krischanitz, ne se manifeste pas seulement dans l’alternance de matériaux de la façade. Au gré des variations de matériaux et d’échelles, l’ornementation en losanges se répète en leitmotiv à l’intérieur: sur les luminaires conçus par le bureau Krischanitz pour le foyer, les grands couloirs, l’auditorium, la salle du conseil, les marqueteries de bois d’une cabine d’ascenseur ou les linéatures graphiques du -revêtement textile de l’ancien bâtiment.

Le bâtiment Novartis de Bâle (2008), signé Krischanitz, a tracé la voie à l’ouvrage zurichois. À Zurich, la façade pliée en verre y trouve un écho dans l’atrium, le sol en terrazzo et les tapis de l’artiste Gilbert Bretterbauer. Du fait de sa géométrie plus complexe, l’effet de la façade à prismes y est encore plus suggestif: dans les cours, cette géométrie empêche tout reflet du vis-à-vis et produit un effet kaléidoscopique tour-billonnant où s’entremêlent des fragments de ciel, du bâtiment ancien et de la ville -environnante.

Cet article a été publié dans le numéro spécial  «Fassaden | Façades | Facciate – Constructions contemporaines en Suisse».

Quai Zurich Campus, Zurich
Maîtrise d’ouvrage
Zurich Insurance Company, Zurich

 

Architecte
Adolf Krischanitz, Vienne

 

Structure porteuse
Henauer Gugler, Zurich

 

Entreprise totale
Implenia, Dietikon

 

Gestion de construction
b + p baurealisation, Zurich

 

Conception de la façade
Emmer Pfenninger Partner, Münchenstein

 

Analyse CFD de la façade
Amstein + Walthert, Zurich

 

Planification CVCRS
PZM, Zurich

 

Physique du bâtiment
Bakus Bauphysik & Akustik, Zurich

 

Protection incendie
Basler & Hoffmann, Zurich

 

Ingénierie électrique
R + B engineering, Zurich

 

Architecte paysager
Vogt Landschaftsarchitekten, Zurich

 

LEED, Minergie-ECO
Intep – Integrale Planung, Zurich

 

Facts & Figures
Concours, 1er prix
2012

 

Planification
2013-2016

 

Livraison
2017-2021

 

Certificats de durabilité
LEED Platinum, Minergie-P, Minergie-Eco, Société à 2000 watts, Well Platinum

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