Des pra­ti­ciens pren­nent la pa­ro­le

Ces dernières années, la construction bois est passée du statut de produit de niche à celui de système constructif planifié de manière intégrée et hautement industrialisé.

Data di pubblicazione
19-10-2026

Des professionnels de la conception et de la réalisation évoquent comment le bâti en bois s’est imposé grâce à l’innovation, à la numérisation et aux évolutions sociétales. Pour eux, l’essentiel relève de la coopération entre concepteurs, chercheurs et industriels, soutenus par des mesures d’encouragement de la Confédération. Avec des bases techniques aujourd’hui établies, l’avenir réside dans des systèmes évolutifs, des solutions hybrides et une imbrication encore accrue de toutes les phases de projet. L’accent sera mis sur de nouvelles formes de collaboration – tels les modèles de conception-
construction – ainsi que sur l’usage efficace des ressources, les cycles de matériaux, les chaînes d’approvisionnement régionales, le transfert de connaissances et la disponibilité de la main-d’œuvre. Les défis restent les réglementations, la formation et la gestion des interfaces. 

Pirmin Jung: «Nous partageons notre savoir-faire»

Pirmin Jung et Daniel Müller: « La suisse ne forme des ingénieurs en construction bois que depuis 1986. Lorsque j’ai fondé mon bureau en 1996, il n’y avait guère d’ingénieures ou ingénieurs civils spécialisés dans ce domaine. Les charpentes coiffant des édifices en dur étaient dimensionnées par les artisans eux-mêmes. Nous avons soutenu des bureaux d’architectes sur des projets pilotes multi-étages en bois et développé le savoir-faire pour optimiser les systèmes constructifs, afin de concurrencer les coûts du bâti en dur. Nous partageons en interne comme à l’externe les connaissances que nous élaborons : il importe de promouvoir ensemble la filière.»

«Avec le changement climatique, la durabilité est devenue un enjeu politique. Les bases techniques de la construction en bois moderne – hybridation, numérisation – existaient déjà, mais leur essor repose sur une mutation de fond : le bâti durable s’est mué en défi sociétal. Les pouvoirs publics ont lancé des concours de projets en bois, des communes et des privés ont adopté les objectifs de la société à 2000 watts et résolu de réduire leur empreinte carbone. 
L’étape suivante doit porter sur le traitement des ressources. L’efficience matérielle, l’économie circulaire et la séparabilité de structures et d’éléments gagneront en importance. D’où l’urgente nécessité d’ériger des ouvrages adaptables, agrégeant des structures porteuses durables à des plans modifiables. Là encore, le bâti bois s’y prête bien quand il est soigneusement conçu et mis en œuvre.»

Pirmin Jung est responsable de l’équipe de direction

Daniel Müller est membre de l’équipe de direction et responsable physique appliquée au bâtiment, durabilité et construction circulaire

PIRMIN JUNG Schweiz AG

Spécialités: Conception de structures porteuses, protection incendie, physique appliquée au bâtiment, durabilité et construction circulaire

Année de fondation: 1996

Fondée par: Pirmin Jung

Siège: «Haus des Holzes», Sursee

Succursales: Sargans, Thun, Frauenfeld, Pratteln, Remagen (D), Augsburg (D), Metzingen (D), Lübeck (D)

Effectif total du personnel : >150

pirminjung.ch

Timbatec: «Recherche et développement sont au cœur de notre activité»

Stefan Zöllig et Andreas Burgherr: «Matériau renouvelable, le bois peut se substituer à d’autres dans nombre d’édifices sans perte de qualité ou de confort. Pour nous, élaborer des solutions économiques optimisant les ressources va de soi. À l’exemple de Timbase, notre nouvelle approche pour des sous-sols en bois. Ou du système d’assemblage TS3 (Timber Structures 3.0), qui offre des possibilités inédites pour bâtir en bois : ainsi, des ouvrages conçus en dur – telle une ossature avec des dalles lisses ponctuellement appuyées – peuvent être directement convertis en bois. La structure et l’effet spatial demeurent identiques, même les outils de calcul habituels peuvent être employés.

Dans la construction en bois, tant pour l’acoustique que l’inertie thermique, la masse est un enjeu spécifique. Dans les deux cas, on préconise de l’augmenter, sans plus se soucier de ménager les ressources. Nous répondons : « Davantage de masse n’est plus d’actualité. » Concernant le bruit solidien, nos études ont montré que l’on obtient une absorption maximale avec peu de masse lorsque celle du plancher en bois est correctement adaptée à celle de la chape. Sur le plan thermique aussi, il faut certes de la masse, mais de loin pas autant que l’on croit, si elle est bien placée et correctement employée. Pour y parvenir, la collaboration précoce avec les architectes est décisive. Ainsi, notre compétence technique s’intègre au projet. Il faut une coopération interdisciplinaire sur un pied d’égalité. »

Stefan Zöllig est le fondateur de Timbatec et président du conseil d’administration et membre de la direction

 

Andreas Burgherr est directeur de Timbatec Holzbauingenieure Schweiz, Zürich

Timbatec Ingenieure Schweiz AG

Spécialités: Conception de structures porteuses, protection incendie, physique appliquée au bâtiment, durabilité, construction circulaire, planification et construction digitales 

Année de fondation: 1997

Fondée par: Stefan Zöllig

Siège: Thun

Succursales | Succursali: Zürich, Bern, 
Delémont, Luzern, Lausanne, St. Gallen, Wien (A), Hamburg (D)

 Effectif total du personnel : 75

timbatec.com

Makiol Wiederkehr: «Le développement de l’existant a de l’avenir»

Reinhard Wiederkehr et Raphael Greder: «Le place actuelle de la construction en  bois résulte d’une évolution commune de la branche. Des élans décisifs sont venus de la protection incendie, notamment de prescriptions décorrélées du matériau et d’essais de façades approfondis. Il est maintenant prouvé qu’on peut bâtir aussi sûrement en bois qu’en dur et la révision des normes permettent même de réaliser des tours. Mais le gros potentiel réside moins dans le bâti en hauteur que dans les bâtiments de taille moyenne et les transformations, en particulier les surélévations et les rénovations. Des organisations professionnelles ont mené des recherches en physique du bâtiment et ont fourni des bases fiables, par exemple dans le domaine de l’acoustique.

Les expériences réussies sont primordiales. Les architectes ont reconnu qu’avec des ingénieurs bois compétents et des maîtres d’œuvre spécialisés, des objets de haute qualité architecturale peuvent être réalisés, qui suscitent aussi l’adhésion des usagers. Une fois qu’ils ont déjà bâti en bois, les maîtres d’ouvrage renouvellent volontiers l’expérience – et s’attendent à raison que l’optimisation des constructions se poursuive.

Cela étant, des défis demeurent. Les chaînes d’approvisionnement suisses et européennes présentent des lacunes. Avec le changement climatique poussant les résineux vers les hauteurs, il importe de travailler davantage avec des feuillus et de ménager l’usage des ressources. L’acceptation pérenne du bâti en bois est fortement liée à la qualité mise en œuvre et aux expériences personnelles découlant du dialogue commun. Enfin, la disponibilité de forces qualifiées tout au long de la chaîne de valeur reste 
un défi.»

Reinhard Wiederkehr est membre de la direction

Raphael Greder est membre de la ­direction

Makiol Wiederkehr AG

Spécialités: Ingénierie bois et ­protection incendie 

Année de fondation: 1992

Fondée par: 
Reinhard Wiederkehr, Peter Makiol

Siège: Beinwil am See

Effectif total du personnel : 40

holzbauing.ch
 

Blumer Lehmann: «Les ouvrages complexes nécessitent de bonnes interfaces»

Markus Rutz: «Pour que la construction en bois puisse déployer ses atouts, de nouveaux modes de conception et exécution sont essentiels. À l’inverse des déroulements traditionnels, souvent fractionnés, il faut de nouvelles formes de coopération pour défragmenter la complexité de la collaboration en approches logiques simples. Des processus de conception-construction intégrés contribuent à imbriquer plus étroitement les études et la réalisation, avec le soutien de méthodes numériques tels le BIM. Reste qu’une collaboration opérante présuppose une harmonie reposant sur un minutieux examen des interfaces entre disciplines. C’est en dialoguant que nous clarifions les rôles au sein de l’équipe de projet.

Dans la préfabrication, nous poursuivons aussi l’industrialisation en vue d’une chaîne de processus continue largement automatisée. Du billot à l’élément CLT fini, c’est déjà une réalité. De même, nous développons en permanence nos halles de production pour la construction par éléments et modulaire, afin d’augmenter l’efficience des interfaces entre systèmes techniques et collaborateurs. Un facteur de succès supplémentaire réside dans la standardisation – par exemple via des structures et des trames définies – ce qui ne limite en rien la liberté architecturale.

La construction en bois s’est aujourd’hui imposée et n’a pas à redouter la comparaison avec d’autres modes de bâti. Et les dépassera sans doute, car elle se prête à la préfabrication, à l’emploi circulaire et couvre pratiquement toutes les variations d’échelle, de typologie et de conception.»

Markus Rutz est Directeur construction bois et modulaire CH et membre de la direction générale
 

Blumer Lehmann

Spécialités: Constructions neuves et transformations classiques en bois, bâti modulaire et Free Form ; production industrielle de bois par aboutage, pellets et collage ; construction de silos et d’installations

Année de fondation: 1875

Fondée par: Leonhard Lehmann I.

Siège: Gossau SG

Succursales Neuenhof, Gland, Alberschwende (A), Köln (D), Klosterlechfeld (D), Großenlüder (D), Grafschaft (D), Bad Rappenau (D), Steinau an der Straße (D), Grevenmacher (LUX)

Effectif total du personnel:   environ 650 

blumer-lehmann.com

Erne: «Chaque ouvrage est un objet unique»

Thomas Wehrle: «L’industrialisation du bâti en bois existe de longue date chez nous. Dès les années 1970, nous avons développé des systèmes de construction préfabriqués et démontables de haute qualité. Le recul du marché au début des années 1990 a motivé un virage stratégique vers la construction modulaire perfectionnée. Avec des partenaires, nous avons élaboré des bâtiments scolaires et préscolaires, ainsi que de nouveaux systèmes porteurs en bois offrant des solutions spatiales combinables et multi-usages éprouvées. Une avancée clé fut le développement de l’actuel système de dalles hybrides bois-béton, qui accroît les portées et la capacité porteuse en répondant à de hautes exigences acoustiques, antifeu et économiques. Ce savoir-faire a contribué à l’exécution des premières tours en bois de Suisse. Erne a participé à des projets qui ont attesté la faisabilité technique et réglementaire de la construction en bois pour des édifices urbains multi-étages.

La construction moderne en bois atteint aujourd’hui un très haut niveau technique et elle s’avère aussi globalement concurrentielle. Sa grande versatilité constitue un atout majeur, même sans tailles modulaires standardisées ; le transport et la logistique influent davantage sur le dimensionnement que les contraintes structurelles. Tous les architectes ne profitent pas entièrement de cette liberté conceptuelle – pas encore. La construction en bois est la mieux adaptée à un usage circulaire. Il s’agit néanmoins de clarifier des questions centrales – notamment celle de la disponibilité à long terme de jumeaux numériques. Une chose est sûre : l’avenir réside dans une préfabrication encore plus poussée, portée par une étroite collaboration interdisciplinaire.»

Thomas Wehrle est CTO et directeur technique et membre de la direction

Erne AG Holzbau

Spécialités Bois modulaire, construction hybride, façades, fenêtres, second-œuvre
opere di finitura

Année de fondatio: 1906

Fondée par: Joseph Erne-Speiser

Siège: Laufenburg

Succursales: Stein AG, Penthalaz, Wiehl (D), Sinsheim (D)

Effectif total du personnel : 420

erne.net

Renggli: «Du marché de niche au standard pour investisseurs»

David Renggli: «Les dernières décennies ont vu une progression notable de la construction en bois : ce qui relevait de réalisations pionnières – tels des bâtiments résidentiels et commerciaux de plusieurs étages en bois – devient un standard économique établi. Cette évolution repose sur des investissements ciblés dans des projets qui ont convaincu le marché, tout en livrant des résultats reproductibles. Ils ont éveillé l’intérêt de la branche des études et de la réalisation et gagné la confiance des investisseurs institutionnels.

Le numérique est au cœur de ce progrès. Nous travaillons systématiquement avec des jumeaux numériques, afin de coordonner précisément la conception, le dimensionnement et l’exécution et d’offrir aux maîtres d’ouvrage une fiabilité et une transparence maximales. C’est là une condition clé, car malgré une industrialisation accrue, chaque objet demeure unique. Chez nous, la standardisation touche en priorité les systèmes constructifs, ainsi que la production, la logistique et le montage.

Le bois est déjà à la pointe au niveau de la durabilité et des temps de construction et il arrive à parité économique avec le bâti conventionnel. Il s’agit de continuer à accroître sa compétitivité grâce à l’industrialisation et à une optimisation déterminée des processus. Conformément à l’adage voulant que la construction en bois commence dans la tête, on s’assurera idéalement, dans les phases précoces d’étude de projet, que les compétences bois y soient représentées et qu’un dialogue sur un pied d’égalité en garantisse l’optimisation globale.»

David Renggli, Copropriétaire et CEO (5e génération)


Renggli AG

Spécialités:  Prestataire général et partenaire construction bois pour des bâtiments résidentiels, centres de soins et autres établissements façonnés industriellement

Année de fondation: 1923

Siège: Schötz

Succursales: Sursee, Fribourg, Ascona, Winterthur, Brugg

Effectif total du personnel: 270

renggli.swiss


OFEV: «Le bois est une option clé pour atteindre les objectifs climatiques»

Quels progrès et développements l’OFEV a-t-il pu enregistrer au cours des douze dernières années?
Michael Reinhard : Le bois a été reconnu comme matériau performant et favorable au climat. La construction multi-étage a fait sa place et les normes et prescriptions incendie ont encore progressé pour permettre un usage accru du bois. Sa part de marché dans le bâtiment a augmenté, la conception et la préfabrication ont avancé et les pouvoirs publics appuient toujours plus la mise en œuvre de produits durables en bois. Quant à l’utilisation en cascade d’un matériau dont la disponibilité est limitée, elle est certes largement préconisée, mais encore peu appliquée.

Où voyez-vous aujourd’hui des défis et du potentiel inexploité dans l’utilisation du bois (notamment en contexte urbain)?
Les défis portent sur la mise à l’échelle et la standardisation de la construction en bois – en particulier dans des espaces urbains denses. D’autres enjeux touchent à la compétitivité, à la disponibilité de spécialistes, ainsi qu’aux conflits d’usage le long de la chaîne de création de valeur. Les potentiels existent surtout dans le réemploi d’éléments, dans des concepts d’exploitation circulaires et dans l’utilisation systématique de bois pour la réno­vation et la densification intra-urbaine. En outre, des réticences et des obstacles réglementaires demeurent pour des projets plus complexes.

Quels seront les futurs objectifs stratégiques de l’OFEV pour que le bois en ville continue à gagner en importance?
L’OFEV table sur la circularité et l’emploi en cascade, sur l’innovation et l’échange de savoirs et sur des acquisitions publiques résolument durables. Les principes découlent de la Stratégie intégrale pour la forêt et le bois 2050 adoptée par le Conseil fédéral en décembre 2025, qui aborde les questions de conservation et d’utilisation de la forêt dans leur globalité. D’autres priorités incluent des conditions cadres claires pour le réemploi et des capa-
cités de traitement élargies, ainsi que le renforcement de l’ensemble de la chaîne de valeur forêt et bois. Le but est de perpétuer le choix du bois comme option clé pour atteindre les objectifs climatiques. 

Michael Reinhard est chef de la Division Forêts à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV)

Office fédéral de l’environnement

L’OFEV conduit et gère le plan d’action bois, qui promeut les projets innovants renforçant 
et développant l’utilisation de bois suisse (art. 34a et 34b de la loi sur les forêts).

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