«Une bous­so­le pour le dé­ve­lop­pe­ment ter­ri­to­rial»

Avec son nouveau document de position sur le développement territorial, la SIA précise sa vision sur un sujet essentiel. Barbara Wittmer et Sarah Schalles, coprésidentes du conseil d’experts Aménagement du territoire et membres du Comité de la SIA, nous expliquent en quoi ce document apporte un éclairage précieux pour le développement territorial.

Data di pubblicazione
22-07-2026
Sarah Mettan
Verantwortliche Raumplanung, Berufsgruppe Umwelt (BGU)

Après les documents de position «Protection du climat, adaptation climatique et énergie», «Formation pour un aménagement durable de l’espace de vie», «Paysage» et «Culture du bâti. Un défi de la politique culturelle», la SIA publie un nouveau document de référence sur le développement territorial. En quoi était-ce nécessaire pour la SIA de se positionner sur le sujet?

Barbara Wittmer: Après la constitution du conseil d’experts Aménagement du territoire en 2022, la nécessité de formuler une position commune sur les enjeux majeurs du développement territorial s’est rapidement imposée. L’aménagement du territoire couvre un large éventail de disciplines et d’intérêts, et a une incidence considérable sur la société. Et pourtant, il n’existait pas de document résumant les valeurs et les objectifs fondamentaux de la SIA et pouvant servir de cadre de référence sur le sujet. C’est exactement cette lacune que le document de position vient combler.

Le conseil d’experts Aménagement du territoire est un gremium de prospection stratégique. Quelles ont été ses priorités lors de la rédaction du document de position sur le développement territorial?

Barbara Wittmer: Nous avons volontairement constitué le conseil d’experts de manière interdisciplinaire, en rassemblant des spécialistes issus de différents domaines et régions linguistiques. Chacune et chacun a ainsi pu exprimer sa propre vision de l’aménagement du territoire et du développement territorial. Cette diversité s’est révélée être un atout lors de la rédaction du document. Nous nous sommes très vite retrouvés dans un travail de réflexion d’où sont ressortis les sujets majeurs qui structurent le document final.

Qu’est-ce qui caractérise le document de position?

Sarah Schalles: Son grand point fort réside dans son approche globale: le document est pensé comme une boussole pour le développement territorial dans son ensemble. L’interdisciplinarité et la pesée des différents intérêts en jeu sont au cœur de cette approche. Le développement territorial ne se limite pas à l’environnement bâti. Il englobe le paysage, la biodiversité, la mobilité, les ressources et les évolutions de la société. Il est impossible de considérer chacun de ces aspects de façon isolée.

Barbara Wittmer: Je dirais que ce document de position présente les grandes lignes de notre compréhension du développement territorial. Nous avons délibérément choisi de ne pas nous laisser influencer par des tendances à court terme. Ce document de position formule des principes qui s’inscrivent dans la durée et qui serviront encore de points de repère à l’avenir.

Quel en est le message essentiel?

Barbara Wittmer: La nécessité d’appréhender l’espace dans sa globalité.

Sarah Schalles: Et le fait que l’interdisciplinarité est la clé d’un développement territorial réussi.

Quelles mesures concrètes pouvons-nous tirer de ces principes qui peuvent sembler abstraits?

Sarah Schalles: Le document de position nous aide à poser le cadre de référence nécessaire pour prendre des décisions et fixer des priorités. Il nous incite à dépasser la logique de silos pour faire émerger des liens entre les disciplines. Ce document servira ainsi de guide pour les projets, les discussions portant sur des objets politiques et les processus de planification.

Pouvez-vous nous donner un exemple?

Sarah Schalles: La question de l’utilisation des sols en est un. Les surfaces disponibles sont limitées. C’est pourquoi nous devons faire un usage raisonné des sols, protéger les espaces libres et miser sur un développement vers l’intérieur de qualité. Ce document fournit la position de fond à adopter.

Faut-il voir le document de position comme un aboutissement ou comme un point de départ?

Barbara Wittmer: Certainement comme un point de départ. En effet, il énonce les idées générales qui serviront de pistes de réflexion pour d’autres travaux. La question de la mobilité, notamment, mérite encore d’être approfondie. La mobilité touche à presque tous les domaines du développement territorial. Par exemple, de nouvelles offres en matière de transport augmentent l’attractivité de certains sites et font évoluer la demande en surfaces. C’est pourquoi, dans une optique stratégique, nous suivons de près le projet du Conseil fédéral pour l’aménagement des infrastructures de transport «Transports ’45». Et là encore, le document de position sur le développement territorial de la SIA fournit un socle de réflexion commun à partir duquel peuvent émerger des discussions et des prises de position plus approfondies.

Quel rôle ce document joue-t-il dans le travail politique de la SIA?

Sarah Schalles: Il instaure une légitimité et un cadre de référence. Celles et ceux qui prennent position au nom de la SIA pourront désormais se prévaloir d’un positionnement largement partagé au sein de l’association. En plus de cela, le document servira de cadre de référence pour les projets de l’association. Si l’on regarde de plus près le Plan d’action pour le climat, l’énergie et les ressources, on se rend compte que ses contenus et ceux du document de position se complètent. Voilà qui s’inscrit dans une continuité thématique au sein de la SIA.

Le document de position met l’accent sur la durabilité à plusieurs reprises. Comment s’y prendre pour sensibiliser ceux des planificateurs pour qui les impératifs de durabilité restent marginaux?

Barbara Wittmer: La prise en compte des objectifs de durabilité est parfois vue comme un obstacle. Et pourtant, elle peut réellement porter ses fruits, y compris d’un point de vue économique. Les gens sont prêts à payer davantage pour bénéficier d’un cadre de vie de qualité. Une urbanisation vers l’intérieur de qualité – autrement dit des espaces libres attractifs, un aménagement soigné et une qualité de vie élevée – a pour effet d’augmenter la valeur de l’immobilier à long terme.

On peut donc voir dans le développement territorial l’expression d’une culture du bâti de qualité?

Barbara Wittmer: Absolument! Le développement territorial se caractérise par le fait qu’il faut toujours concilier des intérêts divergents. Le document de position aide à mener ces discussions sur une base commune et à rechercher des solutions viables. C’est une expression de la culture du bâti.

À quels projets de la SIA pensez-vous quand vous dites que ce document s’inscrit dans une continuité thématique?

Sarah Schalles: Au Plan d’action pour le climat, l’énergie et les ressources, qui dessine les contours d’une neutralité climatique pour le secteur de l’architecture, de l’ingénierie et de la construction, et bien sûr au Prix SIA. Les projets en lice et les travaux récompensés par le Prix SIA montrent que les idées du document de position se retrouvent déjà dans la pratique. Bon nombre de projets du Prix SIA portent sur la réaffectation, la densification ou la gestion raisonnée des ressources existantes : la qualité des espaces extérieurs y joue un rôle majeur. Il ne s’agit plus seulement de bâtiments considérés isolément, mais de leur intégration dans un contexte spatial plus large. Les projets montrent qu’un développement territorial durable est possible. Ils font figure d’exemples à suivre et de sources d’inspiration pour de futurs développements.

Quels défis posés dans le domaine du développement territorial appellent urgemment à des solutions durables?

Barbara Wittmer: Le défi majeur consiste à préserver et à développer un cadre de vie durable face à la pression croissante sur les surfaces disponibles. La population s’accroît, les exigences sont en hausse et les surfaces libres de constructions s’amenuisent de jour en jour. Pour que la densification ne se fasse pas au détriment de la qualité de notre cadre de vie, nous devons intégrer davantage la biodiversité, les espaces libres et la qualité de vie dans nos processus d’aménagement. Les tâches à accomplir sont de plus en plus complexes et font appel à de nouvelles formes de collaboration. On assiste, d’une certaine manière, à un changement de paradigme.

Sarah Schalles: Je voudrais insister sur ce point : nous devons accepter l’idée que notre action s’inscrit dans des limites géographiques clairement définies. La question de savoir comment nous allons gérer des ressources limitées est d’autant plus importante. Et nous avons de surcroit besoin d’une méthodologie davantage tournée vers le dialogue et la coopération. Bon nombre de conflits apparaissent parce que les acteurs concernés sont associés trop tardivement aux projets. Or, ces derniers ont plus de chances de réussir quand les différentes disciplines sont sollicitées en amont et qu’elles recherchent ensemble des solutions viables.

Quel rôle la SIA peut-elle jouer dans ce contexte?

Sarah Schalles: La SIA peut guider, transmettre les connaissances et mettre au point de nouveaux outils. Elle peut offrir une meilleure visibilité à certains sujets et promouvoir l’échange entre les disciplines.

Barbara Wittmer: Compte tenu de son rayonnement et de sa composition interdisciplinaire, la SIA hérite d’une responsabilité particulière. Elle est en mesure d’engager les débats et d’anticiper les sujets d’avenir.

 

[N.D.L.R. : Cet entretien a été mené en allemand.]

Document de position sur le développement territorial

Par son document de position sur le développement territorial, la SIA précise sa vision d’un cadre de vie durable et fournit de précieux repères à destination de ses membres, du secteur de la construction ainsi que de la société et du monde politique. Ce document offre une base de discussion et de décisions en faveur d’un développement territorial tourné vers l’avenir.

Les principes directeurs du document de position et leur mise en œuvre pratique seront détaillés dans deux autres articles à paraître en août et en septembre.

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