Su­ré­le­ver la Suisse: le lieu et la règle

Date de publication
08-05-2024

En janvier, une coalition réunissant le PLR, les Vert’Libéraux et l’UDC a lancé à Zurich une initiative populaire pour favoriser les surélévations d’immeubles existants dans toute la ville. Le conseiller communal Hans Dellenbach (PLR) estime que l’initiative est «écologique», car elle permettrait d’économiser l’énergie grise embarquée dans les bâtiments. L’initiative est née d’un refus parlementaire, la proposition initiale s’étant heurtée aux principes qui guident la révision actuelle du plan général d’affectation: concentrer la verticalisation en des points précis. Ainsi procède l’urbanisme: d’abord le lieu, ensuite la règle.

Puis l’idée a fait son chemin, et devient aujourd’hui un cheval de bataille politique, qui ouvre un débat intéressant. En avril, en réponse aux 30 mesures de la Confédération en matière de création de logement, le PLR a lancé son propre plan national, en six points, intitulé Plus de logements, moins de réglementations. Parmi ces points, la presse a surtout retenu la proposition de densifier les immeubles existants par des surélévations «là où cela est possible et judicieux». Proposition louable, mais qui s’inscrit dans l’un des points du plan (le quatrième) qui vise de manière générale à «augmenter les indices d’utilisation et les hauteurs maximales». Et qui demande surtout d’«introduire des bonus d’utilisation pour les nouvelles constructions de remplacement [en allemand: Ersatzneubau]»! Voilà qui nous paraît contradictoire: si un investisseur est encouragé à démolir et reconstruire plus haut, dans bien des cas il renoncera à se lancer dans un projet complexe de surélévation.

On prête à la surélévation toutes sortes de vertus miraculeuses (sauf pour les locataires du dessous). Mais contrairement à ce qui est souvent affirmé, elle ne peut servir à produire du logement accessible et à financer les mises aux normes énergétiques que dans de rares cas. Dans les autres, les travaux mènent fatalement à une augmentation du loyer, et donc au remplacement inéluctable des habitants… qui devront bien chercher ailleurs où se loger.

La surélévation n’est donc pas en soi une réponse à la crise du logement. Tout dépend des intentions du propriétaire, souvent liées la valeur foncière du territoire concerné – en général, elle va diminuant en s’éloignant des centres densément bâtis. À quoi bon encourager la surélévation là où la valeur foncière s’en charge? Les 15 années de débat depuis la «loi surélévation» genevoise nous l’ont enseigné: chaque situation diffère. Ici, il faut des garde-fous, là, des bonus.

C’est surtout dans les territoires où l’on construit actuellement à tour de bras qu’il faudrait promouvoir la surélévation, en imposant des conditions strictes à la démolition (pour rappel, en Suisse, 500 kg de déchets sont «évacués» par seconde). Le rehaussement d’immeubles existants peut être qualifié de solution «écologique» uniquement comme alternative à la démolition-reconstruction. 

Le dossier thématique du mois montre que les urbanistes concernés par les révisions des plans d’affectation réfléchissent en ce sens. D’abord le lieu, ensuite la règle. La proposition du PLR a donc surtout le mérite de relancer le débat car, oui, la surélévation est une option qu’il faut absolument prendre en compte. Mais plutôt que la généraliser, elle doit être employée comme un instrument de planification, voire être intégrée à part entière dans les règlements d’urbanisme – par exemple en s’inspirant de la pratique meyrinoise, qui a su mettre en place un «plan surélévation» propre à sa situation.

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