Re­no­vate, avec une paille svp

Date de publication
13-05-2022

En avril, des militants de la campagne de résistance Renovate Switzerland ont bloqué des autoroutes en se collant les mains au bitume. Sous leur bannière rappelant une boisson à bulles helvétique, une revendication: exiger du Conseil fédéral qu’il investisse un milliard dans un programme national de rénovation du parc immobilier. Un message bienvenu, dans la mesure où il contredit la logique de démolition/remplacement («Ersatzneubau» en Suisse allemande) qui domine actuellement, mais auquel il est nécessaire d’apporter quelques précisions.

L’argumentaire se concentre sur les énergies de consommation mais omet les énergies grises employées dans le chantier. Pourtant, celles-ci représenteraient bien la moitié des émissions de CO2 dans le cycle de vie d’un bâtiment nouveau, et un tiers dans la rénovation1. La différence est que les émissions émanant de l’exploitation seront réparties sur toute la durée de vie de celui-ci – une cinquantaine d’années – tandis que les émissions dégagées lors d’une construction ou d’une rénovation, se concentrent pendant le chantier, soit dans ses toutes premières années. Or, il faudrait justement éviter de produire aujourd’hui un surplus d’émissions de CO2. Il est donc plus sage de déterminer au cas par cas les mesures de rénovation à entreprendre, en contrebalançant l’énergie investie pour le faire avec celles que l’on économisera par la suite. Les isolations à base de ressources fossiles (polyuréthane et polystyrène expansé en tête) et de laine de roche sont également des matériaux à forte émissivité, tout comme les systèmes techniques complexes que l’on installe pour rafraîchir les immeubles conçus avec des normes désuètes. Pour atteindre réellement la neutralité carbone, il faudrait que le coût énergétique d’une rénovation soit compensée, par exemple en employant une isolation à base de chènevotte, de liège, de chanvre, ou de paille, des matériaux qui ont un bilan carbone négatif.

Rien n’est simple, chaque opération de rénovation exige une expertise. Aussi, sur les 100 000 professionnels que l’on propose de former, parmi les poseurs d’isolants et les monteurs de ventilation, il serait judicieux d’inclure également quelques architectes et ingénieurs capables d’aborder de manière critique un projet de rénovation.

Note

 

1 Voir Guillaume Habert et al., «Environmental impacts and decarbonization strategies in the cement and concrete industries», Nature Reviews Earth & Environment, 1/2020, pp. 559-573.

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