Refondation à Miquelon, aux avant-postes de la submersion
Littoraux français : de l'aménagement au déménagement
Premiers réfugiés climatiques de France, les habitants de Miquelon ont décidé de refonder leur village à l'abri de la submersion marine.
Sur l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve, les habitants de Miquelon ont le triste privilège d’être les premiers réfugiés climatiques de France. Dans ce village de 600 âmes, implanté sur une zone sédimentaire à 2 m seulement au-dessus du niveau de la mer, les dépressions subarctiques et extratropicales remontant de la côte américaine depuis les Antilles entraînent des aléas qui provoquent une érosion côtière, un recul du trait de côte ainsi que des submersions marines épisodiques dans les zones basses (débordement, franchissement, rupture des systèmes de protection).
Lorsqu’en 2014 l’État impose au village un Plan de prévention des risques littoraux (PPRL) qui interdit toute nouvelle construction sur les parcelles situées en zone inondable, la population y voit un coup d’arrêt à son développement et la mort du village. Mais en 2022, après plusieurs tempêtes, la décision est prise de relocaliser, suite à la démarche «Atelier des territoires» associant l’État, les élus, les services techniques, les acteurs économiques et les habitants. Une charte d’engagement et un plan d’action sont alors définis pour créer un nouveau village sur un foncier communal de 150 ha, à 1.5 km au sud du bourg actuel et 20 m au-dessus du niveau de la mer. Pour les habitants, attachés à ce territoire et qui souhaitent continuer à le faire vivre, c’est une question de survie.
La Commune a négocié un délai de trois ans entre le départ et la nouvelle installation, afin que les habitants aient le temps de construire leur nouveau logement, dans un contexte où l’autoconstruction est très présente dans la culture locale. Dans un premier temps, 15 ménages volontaires et primo accédants s’installeront sur 15 parcelles de 800 m2, ainsi qu’un projet de co-living porté par la mairie et un équipement «refuge», la caserne de pompiers, capable d’accueillir 300 personnes en cas d’événement climatique extrême. Le reste du village, la zone d’activités et les équipements publics suivront.
Cette refondation concertée, acceptée par les habitants, est aussi permise par le fort engagement de l’État dans cette position stratégique française dans l’Atlantique Nord, notamment via le fonds Barnier de prévention des risques naturels majeurs qui permet de racheter des parcelles bâties au prix du marché, donc sans décote pour les propriétaires, en vue de leur déconstruction et renaturation.