Lacanau Océan, stratégie globale contre l’érosion
Littoraux français : de l'aménagement au déménagement
Paradis des surfeurs, la station construite dans les années 1960 sur la dune du littoral atlantique est menacée par l'érosion. Elle expérimente différentes stratégies – hard et soft – pour se reterritorialiser.
Sur la Côte d’Argent, au sud de Bordeaux, la station balnéaire de Lacanau Océan aménagée dans les années 1960 s’étend le long d’une côte sableuse à une dizaine de kilomètres du bourg historique situé à l’intérieur des terres, au cœur d’une forêt dunaire. Une vue aérienne montre bien l’avancée du front de mer: constructions, espaces publics, équipements, parkings et résidences de vacances ont largement empiété sur la dune.
Soumis à une houle ouest nord-ouest qui érode, c’est l’un des secteurs littoraux français les plus menacés par le recul du trait de côte: 1 à 2 m en moyenne chaque année, jusqu’à 20 m lors des tempêtes de 2013-2014. Malgré des travaux de plus en plus lourds et coûteux engagés dès les années 1970 (rechargement de la plage en sable, construction d’épis rocheux, enrochements longitudinaux…), l’aléa s’amplifie. À l’horizon 2040, ce sont 1200 logements, dont 94% de résidences secondaires, plus de 100 locaux commerciaux, les écoles de voile-surf, l’héliport, des routes et des parkings qui sont menacés.
Face au risque, le Groupement d’intérêt public (GIP) Littoral regroupant l’État, le Conseil régional, quatre départements et 16 intercommunalités est créé dès 2006 pour accompagner les territoires dans la mise en place de stratégies d’adaptation aux risques de submersion et d’érosion. En application de la Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) de 2012, le GIP et la Commune ont décliné ses principes à l’échelle locale, sans parvenir à arbitrer entre deux scénarios: le premier dit de «lutte active», à moyen terme, prévoit de redimensionner l’ouvrage de protection existant – un enrochement longeant le cordon dunaire sur 1200 m – afin de maintenir le trait de côte dans sa position actuelle au moins jusqu’en 2050. Le second, de «repli stratégique», autrement dit de relocalisation des biens et des personnes, à l’horizon 2100, que ni la réglementation, ni les outils financiers ne permettent aujourd’hui de mettre en œuvre.
Pour l’heure, la Commune a fait le choix de mettre en place un programme d’actions transitoires portant sur la surveillance de l’aléa, la sensibilisation de la population, l’alerte et la gestion de crise, la maîtrise de l’urbanisation. Elle a ainsi défini dans son plan local d’urbanisme (PLU) une zone littorale spécifique (périmètre de vulnérabilité) dans laquelle les constructions nouvelles restent autorisées à condition d’être temporaires et réversibles.
Parallèlement, Lacanau a engagé un projet urbain de recomposition qui s’inscrit dans le cadre du programme «Aménagement durable des stations» du GIP Littoral: nouveau schéma de déplacements et mobilités alternatives pour limiter l’accès au front de mer en véhicules motorisés, urbanisme basé sur la réversibilité, la résilience et la sobriété, recomposition des équipements et espaces publics du front de mer intégrant l’érosion, déplacement de la centralité, suppression des parkings et renaturation de la dune.
Pionnière dans la prise en compte de l’érosion sur le littoral atlantique, Lacanau s’est engagée il y a une quinzaine d’années dans une réflexion stratégique, dont les premiers effets sont désormais visibles. Sans contourner le tabou de la relocalisation, en mobilisant un arsenal de dispositifs publics dans une approche transversale à différents horizons temporels, en emportant l’adhésion de sa population et avec l’appui d’une structure de gouvernance spécifique, le GIP Littoral.