Ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique: l’ar­chi­tec­ture garde la tête froide

Éditorial de Camille Claessens-Vallet du TRACÉS de septembre 2022

Date de publication
08-09-2022

Cet été, il a fait chaud. Alors que la Suisse se liquéfiait et que la presse généraliste cherchait désespérément à relayer des solutions – sinon au réchauffement climatique, du moins aux îlots de chaleur et à la pénurie énergétique –, certains de nos confrères architectes apparaissaient plutôt pessimistes.

Ainsi, on a pu lire dans la presse quotidienne que la production architecturale des 20 dernières années n’aurait été que «lubie»1. Que l’écoquartier des Plaines-du-Loup à Lausanne est déjà «dépassé». On a même découvert dans le témoignage d’un maître d’enseignement et de recherche de l’EPFL2 que la génération qui sort aujourd’hui de l’école polytechnique serait peu consciente des enjeux climatiques.

Du côté de la presse spécialisée, on se réjouit que ces sujets brûlants, abordés régulièrement dans nos colonnes, enflamment enfin le débat public3. Cependant il nous semble que toutes les clefs ne sont pas données au lectorat pour se faire une opinion éclairée. Par exemple, nous pouvons affirmer – après avoir vu l’exposition de diplômes en question –, que nous y avons vu des projets engagés, attentifs aux matériaux et au rythme des saisons. Du manifeste dénonçant la logique extractiviste à l’expérience poétique sur l’habitat du vivant, il nous parait au contraire évident que les étudiant·es d’aujourd’hui s’emparent des bonnes questions.

Les professionnel·les s’activent aussi pour trouver des pistes: à Bâle, l’association Countdown 2030 alerte sur l’impact de la démolition; à Fribourg, l’association Archiclimat.ch se mobilise; le collectif Rethink Materials organisait en juillet un atelier permettant aux participant·es d’expérimenter le potentiel de la déconstruction; partout, on transforme, et il est rassurant de voir que les médias généralistes comprennent enfin l’importance d’anoblir cet acte, plutôt que de célébrer la construction neuve.

Oui, la profession doit se réinventer en profondeur, questionner ses pratiques et davantage communiquer sur les enjeux actuels. Certes, de grands projets émergent enfin et font parfois figures d’OVNI dans le contexte de la lutte contre le réchauffement climatique. Si l’«écoquartier» des Plaines-du-Loup, par exemple, doit être discuté, l’accuser d’être un futur nid à îlots de chaleur nous parait contestable: en concentrant le parking dans un silo, les architectes ont permis de conserver de la pleine terre entre les vastes masses bâties. Il faudra peut-être 50 ans, mais les arbres peuvent y pousser.

Aujourd’hui, nous envoyons une invitation à nos collègues gardien·nes de l’espace médiatique qui souhaiteraient diversifier leur carnet d’adresses: la Suisse romande regorge d’acteurs et d’actrices du territoire, de tout âge et de régions différentes, qui s’engagent chaque jour pour rendre nos villes résilientes. Nous nous ferons un plaisir de vous renseigner.

Notes

 

1. «Canicules: ‹L’architecture a perdu la tête, elle doit très vite la retrouver›», entretien avec Emmanuel Ventura, architecte cantonal du Canton de Vaud, Watson, 11.08.2022

 

2. «Jérôme Chenal: ‹Les architectes ne réfléchissent pas à l’environnement›», l’Illustré, 03.08.2022

 

3. Cela nous change du supplément «immo» et de son sempiternel top 10 des plus hautes tours de starchitectes, dans lequel on trouve malheureusement bien peu de solution en matière de résilience climatique.

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