Bâti exis­tant + En­tre­tien + usage = Culture du bâti

À la frontière de la ville de Bâle, le bureau MET Architects a rénové le restaurant de la piscine en plein air (Gartenbad) du Bachgraben, redonnant vie au vieux béton apparent de ce monument.

Date de publication
16-12-2025

Pelouses verdoyantes, bassins bleus et constructions filigranes en béton ; nager, sauter du plongeoir, puis déguster des frites et une glace: en Suisse, la piscine est un refuge estival en ville. Bon nombre de ces infrastructures ont vu le jour dans les années 1960. En raison de la croissance démographique, non seulement le logement s’est développé à vive allure, mais les communes ont aussi investi dans des infrastructures sportives telles que les piscines.

Le Gartenbad Bachgraben à Bâle est, avec plus de 5 ha, le plus grand de ces équipements en Suisse. Le site est traversé par la frontière cantonale entre Bâle-Ville et Bâle-Campagne. La frontière française, elle, ne se trouve qu’à deux rues de là. Autour s’alignent les sièges de grandes entreprises pharmaceutiques (voir cahier spécial «Dynamische Gemeinden: Allschwil», espazium – Der Verlag für Baukultur, 2025) et d’autres sociétés. De l’autre côté, la périphérie résidentielle dense de Bâle vient s’y adosser.

L’installation, datant de 1962, a été conçue par les architectes Otto et Walter Senn, avec l’ingénieur Heinz Hossdorf, selon une trame orthogonale rigoureuse. Avec le jardinier de la ville de Bâle, Richard Arioli, ils ont également aménagé un vaste parc arboré, offrant de nombreuses zones d’ombre.

Âgé et altéré

L’entrée de la piscine se fait sous une toiture d’angle soutenue par quatre poteaux champignon en béton. Les vestiaires autrefois séparés pour femmes et hommes, répartis dans deux bâtiments distincts, ont été regroupés en un seul ; l’autre bâti­ment a été transformé en école. À l’opposé du terrain, côté Hegenheimermattweg, se trouve le restaurant sur deux étages du Gartenbad. La trame orthogonale a aussi guidé sa conception : un cube en béton apparent, dont une partie de la structure est ouverte. Au niveau supérieur, poteaux et poutres forment une grande terrasse couverte. Deux grands escaliers extérieurs permettent d’y accéder et, depuis la rénovation, cet espace est à nouveau utilisé comme restaurant. Le rez-de-chaussée abrite les fonctions opérationnelles de la piscine.

Depuis sa construction, il y a plus de 60 ans, le bâtiment a connu plusieurs changements d’usage, souvent accompagnés de modifications structurelles – parfois mal exécutées. Pendant un temps, seul le rez-de-chaussée était encore utilisé, l’étage restant à l’abandon. Lors du concours de sélection des mandataires en 2019, le bâtiment devait accueil­lir un restaurant, des locaux techniques et un centre de loisirs. Après que la ville de Bâle eut choisi MET Architects comme concepteur, ­celui-ci a démontré dans ses études que la conversion en centre de loisirs détruirait une grande partie du bâtiment. Le complexe est situé dans un site répertiorié par l’ISOS sans objectif de protection, mais figure à l’inventaire de Bâle-Ville. Le bâtiment, initialement conçu pour une utilisation estivale, aurait dû faire l’objet d’une mise aux normes énergétique et de transformations importantes pour permettre une telle réaffectation.

Des usages retrouvés

Les architectes ont proposé une réorganisation des usages. Le centre de jeunesse a été déplacé dans l’ancien logement du concierge, à côté de l’entrée du Gartenbad, ce qui a permis de réactiver le restaurant à l’étage supérieur, comme à l’origine.

Le bâtiment est aujourd’hui divisé en trois zones climatiques : une zone chauffée, une semi-chauffée, et une non chauffée. Dans le périmètre isolé et chauffé, on trouve une salle polyvalente, actuellement louée par un club de golf qui utilise le parc en hiver. Les locaux techniques et les vestiaires du personnel sont partiellement chauffés et disposent de fenêtres à double vitrage. Le restaurant, l’atelier et les autres pièces restent non isolés. Tous les vitrages ont été remplacés, certaines parois et colonnes intérieures déplacées, et la façade en béton a été rénovée. Cette dernière opération a nécessité un travail approfondi et systématique sur l’existant : les murs extérieurs avaient été plusieurs fois repeints, recouverts, ré-enduits ou bétonnés à neuf au fil du temps.

Restaurer le béton apparent

Le bâtiment du restaurant se trouve sur le territoire de Bâle-Campagne, où il n’est pas classé. Pourtant, la Ville de Bâle, propriétaire du lieu, l’a traité comme un bâtiment protégé selon sa propre liste. L’un des objectifs du projet était donc de restituer autant que possible l’aspect d’origine – le béton apparent. Pour ce faire, les architectes ont dressé un catalogue des dommages et documenté les différentes couches ajoutées sur les murs d’origine. Résultat : six types de finitions différentes ont été identifiés.

Pour les éliminer de manière aussi douce que possible, la technique du sablage a été utilisée. Les éclats dans le béton dus à la carbonatation (rouille des armatures) ont été enlevés, les fers à béton nettoyés, traités avec un produit antirouille, puis recou­verts d’un nouveau béton. Enfin, la surface a été hydrofugée, et la façade côté rue protégée contre les graffitis. Le résultat est une façade homo-gène, mais toujours marquée par les motifs de coffrage d’origine.

Malgré la rénovation soigneuse menée par la Ville et les architectes, l’affectation actuelle du bâtiment semble encore peu adaptée au lieu. Tous les espaces ne sont pas utilisés. De par sa situation particulière en lisière de ville, l’exploitation d’un tel bâtiment reste un défi, et il faudra des idées créatives pour rendre ce lieu attractif pour les différentes populations du quartier frontalier.

Cet article a été publié dans: «Façades -  Une culture de la transformation portée par le secteur public». Vous trouverez d'autres articles sur ce thème dans notre dossier digital.

Rénovation complète et transformation du restaurant Gartenbad Bachgraben

Maître de l’ouvrage: 
Bau- und Verkehrsdeparte­ment des Kantons Basel-Stadt, Städtebau & Architektur, Immobilien

 

Architecture: 
MET Architects, Basel

 

Structure porteuse: 
wh-p Ingenieure, Basel

 

Planification CVCS: 
Hermann + Partner Energietechnik, Basel

 

Physique du bâtiment: 
Gruner, Basel

 

Installation photovoltaïque: 
Planeco, Arlesheim

 

Facts & Figures


Réalisation: 

2024


Surface de plancher : 
893.1 m2
 

Volume : 
3435.3 m3

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