«Les concours sont le che­min le plus court vers la qua­lité»

Les ambassades ne remplissent pas seulement une multitude de fonctions, elles servent également de cartes de visite ­architecturales pour la Suisse. Quelles valeurs devraient-elles exprimer? Avec quel langage architectural? Conversation ­autour des programmes et de la valeur des concours ouverts pour la culture du bâti.

Date de publication
20-11-2020

Judit Solt: La Confédération suisse dispose d’un réseau de plus 170 représentations à l’étranger, occupant plus de 300 propriétés de la Confédération, grâce auxquelles le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) défend les intérêts de la Suisse. En ce qui concerne la construction et l’entretien de ces ambassades, le rôle de maître de l’ouvrage incombe à l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL). Il s’agit d’une tâche difficile. Ces bâtiments ne doivent en effet pas uniquement répondre à des exigences fonctionnelles, économiques ou esthétiques, mais également à toute une série de contraintes spécifiques. Parmi elles : les ambassades sont les cartes de ­visite de la Suisse à l’étranger et doivent exprimer des valeurs nationales. Quelles sont donc ces dernières?
Hanspeter Winkler: La retenue et la confiance en soi, ce qui correspond au rôle de la Suisse en tant que médiatrice au sein de la diplomatie internationale. Cela commence par le terrain, puisque nombre de nos représentations sont implantées dans des quartiers ­réservés aux ambassades. Pourtant ni le programme ni l’aménagement ne sont ostentatoires; ils expriment au contraire un certain raffinement, la ­minutie et la volonté créatrice, mais toujours dans un dialogue respectueux du contexte.

Jodok Brunner: La diversité culturelle traduit une part importante de l’identité suisse, ainsi que l’ouverture sur le monde et l’internationalité. Les missions ont le devoir de transmettre ces valeurs, tout particulièrement en raison du fait qu’elles se confrontent à un ­niveau architectonique élevé avec les contextes culturel, climatique, économique et politique du pays hôte. Il ne s’agit pas uniquement des bâtiments, mais également de leurs prolongements; aussi, les jardins sont très importants.

Jenni: La Suisse affiche à l’étranger une attitude d’ouverture sur le monde, ­moderne et novatrice, tout en faisant preuve de retenue et d’une élégance discrète. Le suivi des contacts et la conduite des négociations doivent avoir lieu dans un cadre adapté à la Suisse, tout en affichant l’image qu’elle souhaite donner d’elle-même. La «suissitude» est une composante centrale, même si personne ne souhaite tomber dans les clichés. Or, il ne s’agit pas de considérer uniquement l’ameublement, le design et l’art que l’on pratique en Suisse, mais également la transmission des valeurs suisses ou en lien avec le pays. Dans ces espaces représentatifs, le mobilier le plus visible est volontairement sélectionné au sein de l’artisanat et du design locaux.

Les ambassades sont les instruments de travail de la diplomatie. Il est dès lors d’une importance primordiale qu’elles soient correctement comprises par le pays hôte. Or les associations suscitées par certaines formes, teintes ou matériaux présentent une connotation culturelle; la signification des symboles varie d’un pays à l’autre. Comment peut-on garantir que l’ambassade – au sens le plus profond du terme, en tant que bâtiment – sera interprétée de manière correcte? Comment réussit-on à communiquer à l’aide d’un langage architectural adéquat?
Winkler: Il s’agit en l’occurrence d’un processus itératif. Nous organisons pour tous nos bâtiments une procédure de mise au concours, idéalement un concours ouvert. Cela implique un appel d’offres soigneusement élaboré, auquel participe également le DFAE en tant que futur utilisateur. À cette occasion, nous définissons avec beaucoup de soin les conditions-cadres et les exigences que doit remplir le bâtiment ; en revanche, nous laissons une liberté totale quant aux moyens de répondre à ces exigences. Les équipes doivent disposer d’une grande liberté au niveau de la conception. Plus l’éventail des solutions proposées est large, plus le débat en vue du choix du projet lauréat est fécond. Nous n’émettons aucune prescription à propos du langage architectural, aucune exigence quant au recours à un style national, comme c’est le cas dans certains autres pays. Il existe bien entendu des directives fondamentales – ainsi, la croix suisse ne doit pas dans la mesure du ­possible être utilisée dans le décor, puisque le bâtiment lui-même est censé refléter nos valeurs. Une architecture de qualité, conçue de manière spécifique pour un contexte et un programme donnés, réussit cette gageure.

Jenni: Le DFAE est étroitement associé à la phase de planification et assiste les missions sur place de manière à ce qu’aucun impair culturel ne s’insinue dans le projet.

Des valeurs telles que la modestie, la simplicité et la retenue ne sont pas appréciées de la même manière dans le monde entier. Dans de nombreux endroits, un certain faste est de mise pour afficher sa richesse et, partant, sa crédibilité.
Brunner: Il existe bien entendu certaines différences. Dans de nombreux pays, le béton apparent est considéré comme un matériau modeste destiné aux ouvrages de génie civil, aux ponts, aux tunnels et aux parkings souterrains. Les architectes suisses, en revanche, l’enrichissent par une mise en œuvre sophistiquée et novatrice ; ce matériau modeste, brut, acquiert ainsi noblesse et représentativité. La même chose est valable en ce qui concerne le bois. Cette approche est inhabituelle dans de nombreux pays. Nous découvrons cependant que le bâtiment, une fois achevé, convainc et inaugure un discours novateur au sein de la scène architecturale locale.

Winkler: Au cours de ces dernières années, nous avons réussi à éveiller une véritable compréhension relative à nos critères au sein de diverses autorités chargées de délivrer des autorisations de construire. Nous avons réussi à les faire participer à nos réflexions et à les sensibiliser à notre approche, à savoir que l’idée de noblesse et de représen­tativité peuvent être obtenues par des moyens subtils. Si le résultat est cohérent, il peut également être compris. Lors de l’inauguration, le ministre des Affaires étrangères Sergei Lawrow a souligné dans son discours que le bâtiment, quoique d’une taille réduite sur le plan moscovite, témoignait d’un grand raffinement (fig. 2).

Jenni: La Suisse est connue dans le monde entier, tant dans les milieux de l’architecture que dans les domaines politique et diplomatique pour son langage formel, fondé sur des solutions convaincantes, certes modestes, mais novatrices et qualitativement élevées. Le facteur d’identification est dès lors particulièrement prononcé. Cette continuité dans l’expression architectonique nous garantit une estime élevée, y ­compris dans des pays dans lesquels une architecture extravertie est en règle générale davantage prisée.

Les bâtiments doivent créer une relation avec le contexte du pays d’accueil. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Brunner: Il s’agit toujours d’une démarche spécifique. À Séoul, nous avons choisi une typologie qui représente une longue tradition dans ce pays, mais n’est aujourd’hui guère pratiquée. Nous l’avons réinterprétée – avec un programme contemporain et de nouveaux matériaux (fig. 3 et Lire «Échanges constructifs: l’ambassade suisse à Séoul»). Cela s’est traduit par un débat animé sur la scène architecturale de la Corée du Sud. À l’opposé, notre nouveau bâtiment à Nairobi est un bâtiment suisse moderne et reprend la palette des teintes locales, la couleur rouge du sol d’Afrique de l’Est et le vert de la végétation (fig. 4 et lire «Un dragon rouge sur fond vert»).

Winkler: La confrontation avec le contexte ne se limite pas au mimétisme. À Moscou, nous étions d’une part confrontés à des spécifications contraignantes de la part des autorités tant sur le plan de la police des constructions que de la conservation du patrimoine ; ainsi, nous devions respecter certaines exigences en matière de teinte des façades, comme c’est le cas en Russie pour les bâtiments historiques. D’autre part, vider l’intérieur du bâtiment et ne conserver que les façades fait partie de leur pratique de conservation. Or, nous souhaitions traiter la substance historique de manière plus subtile et avons renoncé à un dénoyautage. Il s’agit constamment de trouver l’équilibre entre insertion dans le contexte et sauvegarde de l’identité de l’objet.

Jenni: Le bâtiment ne se limite pas à être en relation avec le contexte du pays d’accueil, mais prend également en compte le domaine d’activité de l’ambassade. Ainsi, un bâtiment chargé en majorité de tâches diplomatiques doit diffuser plus de représentativité qu’une ambassade qui se concentre sur la coopération internationale en matière de développement. Le bâtiment doit dès lors correspondre aux tâches qui découlent de la mission.

Un autre aspect essentiel des ambassades est la dichotomie de la représentativité et de la sécurité. Alors que les ­bâtiments doivent afficher l’ouverture et les valeurs démocratiques de la Suisse, il est indispensable qu’ils satisfassent des standards de sécurité élevés.
Brunner: Fondamentalement, le type constructif de l’ambassade se compose de deux éléments: un mur de protection et un bâtiment. La conciliation de ces deux éléments contradictoires et la création d’un lien avec l’environnement constituent un défi pour le projet.

Jenni: À chaque fois, il s’agit de relever le défi. En effet, le DFAE ne souhaite pas se couper du monde, mais pratiquer une culture de l’accueil. Ce domaine, en fonction du contexte, exige constamment des compromis. La sécurité des collaborateurs doit en effet être assurée.

S’ajoute à cela la diversité des conditions d’utilisation. Jacques Pitteloud, l’ambassadeur de Suisse aux États-Unis, écrit : «À l’avenir, le DFAE souhaite assurer une présence cohérente et visible de la Suisse à l’étranger. […] Cela signifie que tous les acteurs de la Suisse présents dans un endroit sont regroupés sous un seul toit.» Concrètement, cela implique que des acteurs tels que Suisse tourisme, la chambre de commerce, etc. sont logés dans le même bâtiment que le consulat. Ces institutions présentent néanmoins des exigences variées par rapport à la fréquence du public, la sécurité, les heures d’ouverture, la représentativité, etc. ­Comment règle-t-on ce problème?
Winkler: Lorsque le concept architectonique est affirmé et que l’essentiel est garanti, il est alors possible d’offrir des aménagements individuels en vue de satisfaire des utilisations variées. Des ruptures importantes ne sont pas envisageables, mais c’est certainement le cas pour diverses gradations. Lorsque, par exemple, Suisse tourisme souhaite aménager ses locaux avec un look un peu plus accrocheur, cela doit être possible; à l’opposé, un guichet destiné à obtenir un visa présente un certain nombre d’exigences fonctionnelles et de sécurité.

Brunner: L’utilisation d’un bâtiment devant abriter les fonctions d’une ambassade est toujours complexe. Ainsi, le programme englobe des locaux d’habitation privées, des zones de travail, la circulation du public, des locaux de représentation et se laisse la possibilité d’accueillir des expositions, des manifestations et, en partie, des rencontres confidentielles. Des besoins souvent contradictoires doivent pouvoir être satisfaits sur une surface réduite. L’art suprême consiste à rassembler le tout sous le même toit. 

Les ambassades suisses ont la possibilité d’assurer la promotion de la culture du bâti suisse non seulement à l’étranger, mais également dans leur propre pays. La stratégie interdépartementale en faveur de l’encouragement de la culture du bâti exige que la Confédération, en tant que maître de l’ouvrage, joue un rôle exemplaire. À ce titre, elle formule une série de mesures. Nombre d’entre elles sont déjà appliquées depuis de nombreuses années par l’OFCL. Il s’agit notamment d’assurer une forte compétence du maître de l’ouvrage: «Une qualité élevée de la culture du bâti ne peut être garantie que si, du côté du mandant, les exigences correspondantes sont formulées et clairement assumées. » De même, dans le but de promouvoir la connaissance de la culture suisse du bâti contemporain, la documentation des bâtiments de la Confédération fait partie des règles usuelles de l’OFCL. Ce dernier est particulièrement exemplaire en ce qui concerne les procédures d’attribution des mandats, dans la mesure où il recourt systématiquement à des concours ouverts, respectivement à des procédures de mise en concurrence – avec un succès certain, comme l’indiquent les résultats. Comment cette pratique du concours a-t-elle été mise sur pied?
Winkler: Il y a de cela dix-huit ans, lorsque j’ai eu le plaisir d’entrer en fonction, je voyais deux raisons d’organiser de manière systématique des concours. D’une part, je connaissais des exemples à l’étranger, dans lesquels une passation de marché de gré à gré, sans véritable discours professionnel, a conduit à des résultats peu convaincants. D’autre part, il existe à la Confédération une longue tradition de concours qui, au fil des décennies, s’est concrétisée de manière constante par des bâtiments exceptionnellement respectueux du développement durable. D’ailleurs, notre Palais fédéral ne découle-t-il pas de l’organisation d’un concours de très haut vol? Les concours traduisent le chemin le plus court vers la qualité. Cela d’autant plus qu’ils sont largement ouverts. Dès que l’on s’engage dans des procédures sélectives, le champ des contributions se ­réduit, la probabilité d’obtenir des idées réellement originales diminue et la comparabilité se resserre. Dans le cas de concours ouverts, jusqu’à un tiers des contributions proviennent de l’étranger. C’est un privilège et une clé du succès de pouvoir choisir parmi toutes ces approches culturelles et ces projets variés la meilleure réponse à la problématique destinée à être traitée.

Brunner: Dans le cadre de la composition du jury, nous apportons une attention toute particulière au respect de ­diverses orientations. Idéalement, un spécialiste de l’étranger doit être inclus, dans la mesure où il apporte avec lui une vision externe de la Suisse, tout en connaissant dans une large mesure le contexte local.

Pouvez-vous citer un exemple?
Winkler: Dans le cas de l’extension de l’ambassade suisse de Singapour, (lire «Say hello») nous avons organisé un concours ouvert. Parmi les quelque cinquante participants, presque tous cherchèrent une solution dans le cadre du bâtiment existant. Une seule équipe proposa de manière inattendue d’instituer une salle de réunion indépendante, ce qui créa d’une manière particulièrement simple une importante surface nette supplémentaire, répondant ainsi à nos besoins. Toutes les autres équipes, ainsi que nous-mêmes lors de l’appel d’offres, s’étaient toujours focalisées sur l’existant – il fallut par conséquent que quelqu’un de l’extérieur jetât un regard nouveau pour découvrir soudain l’évidence qui avait échappé à tous, comme dans le cas d’un tableau de Magritte. Il s’agit en l’occurrence d’aborder une problématique sans idées préconçues et de garantir une véritable innovation, une plus-value inestimable. Lorsqu’on réduit le champ des participants, l’éventualité de tomber sur une coïncidence aussi bénéfique diminue fortement.

Brunner: Un autre avantage de la procédure de mise en concurrence, que nous avons déjà évoquée, est l’engagement des futurs utilisateurs. Le DFAE est toujours impliqué dès le départ dans la procédure, tant dans le cadre de l’élaboration du programme du concours que, ultérieurement, par la participation de l’un de ses représentants dans le jury. Il s’agit là d’une valeur additionnelle à ne pas sous-estimer. C’est ainsi que voient le jour des bâtiments fonctionnels, intemporels et, par conséquent, respectueux du développement durable.

Winkler: La procédure de mise au concours et de jugement fait des personnes concernées des acteurs. Le processus se veut participatif d’égal à égal, ce qui renforce fortement l’adhésion. Les utilisateurs qui ont pris part à l’élaboration du bâtiment s’y attachent et assurent une meilleure gestion. Ils sont fiers des qualités conceptuelles et engendrent éventuellement un débat sur la scène architecturale locale.

Nous aboutissons de nouveau sur la ­fonction du bâtiment comme instrument de la diplomatie… 
Winkler: …et du développement durable. Nous avons le souci de gérer avec circonspection les ressources dont nous disposons. Cela implique également un changement de paradigme. Si, autrefois, les bureaux individuels incarnaient la solution standard dans les ­ambassades, nous pouvons également envisager aujourd’hui des bureaux paysagers ouverts. Par ailleurs, nous projetons des espaces qui, grâce à un ameublement d’une grande simplicité, peuvent être utilisés de manière flexible, que ce soit lors d’une réception ou pour accueillir une réunion. Cela réduit naturellement le choix du mobilier. Pour tout le bâtiment, il est possible de prévoir dans la mesure du possible les mêmes tables hautes et les mêmes sièges empilables, que l’on peut combiner à loisir. Sans cette flexibilité, il serait nécessaire de mettre à disposition une infrastructure plus ­importante pour assumer les mêmes fonctions. Or, cela implique que les utilisateurs participent à la conception et partagent la réflexion sous-jacente.

Un concours offre constamment des surprises, bonnes ou mauvaises. Malgré un maître de l’ouvrage compétent, un programme soigneusement élaboré, un jury prestigieux et la participation de l’ensemble des acteurs concernés, il n’existe aucune garantie de succès. Suffit-il de faire preuve de courage pour pratiquer ce mode d’attribution des mandats?
Winkler: Il est nécessaire de faire preuve de volonté d’innovation et d’une prédisposition à prendre des risques calculés. En effet, un concours ouvert implique toujours un risque, qu’il convient d’aborder de manière professionnelle. C’est un privilège que, dans  cadre de l’OFCL, nous bénéficiions d’un soutien suffisant pour organiser des concours ouverts destinés à des bâtiments situés à l’étranger et rechercher des solutions sur mesure à un niveau architectonique élevé. Cela est loin ­d’aller de soi dans le contexte international et on nous envie pour cela.

Jenni: Du côté du DFAE, nous sommes totalement favorables aux concours d’architecture, d’autant plus que nos expériences dans ce domaine sont excellentes. La participation du DFAE dans l’ensemble du processus de genèse, de la préparation à la mise au point du projet, en passant par la délibération du jury, garantit que le bâtiment choisi respecte les exigences présentes et futures des utilisateurs.

Brunner: Nombre de bureaux qui participent à nos concours n’ont jamais conçu ou réalisé une ambassade en dehors du territoire suisse, voire à l’extérieur de l’Europe. Il est certes possible
de considérer qu’il s’agit d’un risque in­onsidéré. Dans ce cas, la direction du projet par le maître de l’ouvrage joue un rôle majeur. Il s’agit d’architectes qui voyagent régulièrement dans divers pays et sont au fait des conditions qui y règnent. Leurs connaissances bénéficient à l’élaboration du programme du concours et sont à tout moment à disposition de l’équipe chargée de la conception. Il existe certaines choses qu’il faut avoir vécues… À Moscou, il parut normal que certains ouvriers habitent sur le chantier. Au Bangladesh, un chef de chantier local s’émerveilla de découvrir notre échéancier profondément suisse : « You can see in the future ! » Le rôle de médiateur joué par la direction du projet présente dès lors une importance énorme. Et pas uniquement dans le but de réduire les risques. En effet, le fait de connaître et d’utiliser les forces de l’industrie de la construction locale est un atout sérieux. Dans de nombreux pays, par exemple, les forces de travail sont bon ­marché par rapport aux matériaux; cela signifie qu’il est possible d’y réaliser des performances artisanales de pointe qui, en Suisse, seraient totalement hors de prix. Ainsi, dans l’ambassade de New ­Delhi, en lieu et place d’art dans le bâtiment, nous avons réalisé des meubles ­superbes, à la fois simples et précieux, conçus par un bureau d’architecture local et construits par un menuisier local. (fig. 1)

Travaillez-vous souvent avec des firmes locales?
Brunner: Certainement. Le respect du développement durable implique également de construire en ménageant les ressources et de manière efficiente. Si l’on prend cette démarche au sérieux et que l’on réagit de manière pragmatique, on aboutit fréquemment à des solutions locales – avec une approche suisse. Du point de vue de la technique du bâtiment, nous nous efforçons par exemple de nous limiter à l’essentiel et d’offrir des concepts simples. Une solution technique élégante devient dans ce cas, par analogie avec la conception, un instrument de communication de la diplomatie, une carte de visite de l’approche écologique de l’industrie suisse. 

Assiste-t-on également à des transferts de savoir-faire?
Winkler: Sur le plan de la construction sismique, les ingénieurs suisses sont à la pointe du progrès. De même, dans le domaine du béton, la Suisse peut présenter des solutions innovantes, non seulement de manière conceptuelle, mais également sur le plan technique. Cela se traduit par des échanges animés avec les bureaux d’ingénieurs sur place qui accompagnent l’exécution.

Brunner: Lorsque nous avons réalisé en Thaïlande une installation photovoltaïque, les firmes locales ont pu, grâce à ce contrat, créer une branche commerciale toute nouvelle, qu’elles continuent à développer avec succès. 

Winkler: En Inde, nous avons intégré une installation de capteurs à tubes sous vide dans le but d’alimenter le chauffage et la ­réfrigération (fig. 6). Il existe certes en Inde suffisamment d’ingénieurs capables de maîtriser une telle technologie – mais il faut que quelqu’un fasse le premier pas et partage ses expériences. Cela constitue également un privilège.

Hanspeter Winkler, architecte dipl. EPFZ SIA, responsable de la gestion de projets, Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL)

 

Jodok Brunner, architecte dipl. EPFL, responsable des bâtiments à l'étranger, Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL)

 

Marianne Jenni, responsable de l'immobilier au DFAE, direction des ressources DR, DFAE

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