Lé­gi­ti­mer la pro­tec­tion du pa­tri­moine vau­dois du 20e siècle

Alors qu’en Suisse, le 60% du bâti actuel date de l’après-guerre, il semble essentiel de s’interroger rétrospectivement sur la valeur du patrimoine bâti du 20e siècle. En 2016, l’État de Vaud a donc créé une Commission spéciale (CP), visant à conduire une évaluation du patrimoine architectural du 20e siècle de manière indépendante. Présidée par Bruno Marchand, architecte et professeur de critique et théorie de l’architecture à l’EPFL, cette commission a élaboré ses conclusions, rendues publiques à la mi-juin. 

Date de publication
20-06-2020
Julia Jeanloz
Rédactrice en charge des pages SIA de la revue Tracés

Du patrimoine vaudois du 20siècle, le grand public ne connaît que quelques objets iconiques: la tour Bel-Air, à Lausanne; le siège administratif de Nestlé de Jean Tschumi, à Vevey ; ou encore la Villa Le Lac de Le Corbusier, à Corseaux. Pourtant, pléthore d’autres objets et ensembles architecturaux témoignent de la richesse et de la qualité de la production locale de cette période, mais leur notoriété est moindre. D’un autre côté, le succès d’événements tels que les Journées du patrimoine souligne la sensibilité grandissante du grand public à l’égard du volume bâti du 20e siècle. D’où l’intérêt, pour l’autorité cantonale compétente, de parvenir à préserver ce patrimoine, tel que le prévoit l’article 78 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 (Cst., alinéas 1 à 3).

Recenser et protéger les objets

De 2016 à 2019, le travail de la CP a ainsi consisté à proposer des notes de recensement et des mesures de protection de 358 objets - dont plusieurs grands ensembles -, réalisés entre 1920 et 1975. Le corpus examiné se compose en grande partie de celui présenté dans Architecture du canton de Vaud 1920-1975 (Bruno Marchand, 2012), mais comprend aussi d’autres objets cités par des membres de la CP, jugés susceptibles d’entrer dans le patrimoine. Parmi ceux-ci, 51% se situent à Lausanne, le reste se répartissant dans quelque 60 communes vaudoises. Fait intéressant: sur l’ensemble des objets examinés par la commission, 35% bénéficient d’une réévaluation à la hausse de la notation; «un résultat qui confirme la valeur qualitative de notre patrimoine architectural du XXe siècle», affirme Pascal Broulis, chef du DFIRE.

Critères et enjeux de l’évaluation 

 L’évaluation, effectuée au moyen des notes du recensement architectural, repose sur différents critères : qualité, authenticité, intégration au site, originalité, exemplarité, etc. Or, ce procédé s’est heurté à plusieurs enjeux de nature différente, notamment la différence en matière de niveau de documentation disponible. Peut également être citée la controverse sur certaines œuvres dont l’évaluation de la valeur historique oppose les défenseurs du patrimoine à des acteurs issus du milieu de la construction. Enfin, la construction de grands ensembles, qui s’est imposée dès les années 1920-1930, a forgé, chez les membres de la CP, la conviction qu’il était nécessaire d’élaborer des critères propres à ce type de construction. Les grands ensembles ont également permis à la commission de réfléchir au traitement à réserver aux œuvres architecturales transformées, dont les traits et l’état originel ont subi d’importantes altérations. 

Ce rapport sera prochainement transmis à la Commission du patrimoine culturel immobilier, chargée de préciser les mesures proposées et de se pencher sur leurs conditions d’application.  

Lors même que l’avant-projet de loi sur la profession d’architecte renforçant la qualification professionnelle et participant à assurer une meilleure protection de la branche va être transmis au Grand Conseil dès le second semestre, il est réjouissant de constater l’engagement du Conseil d’État en faveur de la culture du bâti dans sa composante patrimoniale.

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