«Nous de­vons agir»

Entretien

Matthias Gmür a récemment pris ses fonctions de président du groupe professionnel Technique (BGT). Nouveau venu à la SIA, il enrichira le BGT de son regard neuf.

Publikationsdatum
29-03-2023

SIA: Matthias Gmür, jusqu’à l’été dernier, on ne vous connaissait pas à la SIA. Vous n’étiez même pas membre. Et puis, vous avez adressé votre candidature au poste de président du groupe professionnel Technique (BGT). Qu’est-ce qui vous a incité à vous présenter?

Matthias Gmür: C’est vrai, je suis nouveau à la SIA. C’est Philippe Jorisch, le président du groupe professionnel architecture (BGA), qui m’a parlé du poste. Nous nous connaissons depuis le gymnase et collaborons aujourd’hui sur des projets communs: lui en tant qu’architecte, moi en tant qu’ingénieur en énergie et techniques du bâtiment. Cet appel à candidatures est arrivé à point nommé, alors que je cherchais justement à m’engager davantage pour la branche.

De formation, vous êtes ingénieur en génie de l’environnement, mais vous avez aussi co-fondé cinq entreprises. Dans l’une d’elles, vous dirigez les opérations. Racontez-nous.

Avec d’autres camarades d’études, nous avions choisi le domaine des bilans écologiques pour nos mémoires de Master: moi sur la gestion des déchets, les autres sur les techniques du bâtiment. Pour ce projet, nous avions créé des logiciels que nous voulions continuer à développer. C’est comme ça que nous avons créé notre première entreprise. Très vite, nous avons trouvé de la demande dans le domaine des techniques du bâtiment

À quoi sert ce logiciel?

À développer, optimiser et analyser des concepts énergétiques pour le bâtiment en conjuguant différentes technologies et concepts. Nous cherchons des solutions avec un impact écologique et nous en démontrons la rentabilité financière. 

Revenons sur votre mandat de président du BGT. Celui-ci a officiellement démarré le 1er mars. Quelles sont vos premières impressions?

Je n’ai pas encore pu identifier tous les champs d’actions possibles ni quels sujets trouveraient le plus d’écho au sein du groupe. Pour cela, je dois encore me familiariser avec les structures. En revanche, il me tient vraiment à cœur de m’engager pour que les techniques du bâtiment soient davantage perçues comme inhérentes au concept d’un bâtiment, particulièrement sur le plan énergétique.

Vous vous êtes lancé dans cette aventure pour ainsi dire en tant que novice. Est-ce à votre avantage ou cela vous pénalise-t-il?

Mon regard neuf sera certainement un atout. Pour être honnête, j’avais une image encore assez vague de la SIA il n’y a pas si longtemps. Je la voyais surtout comme un organisme édictant des normes. Je pense qu’on gagnerait à mieux informer le public et nos membres de nos activités. Ce sont eux qui permettent à la Société de prendre le pouls du terrain. C’est là que je veux commencer, dans mon mandat de président du BGT, je veux créer le contact, une proximité avec les membres et les sections.

Peut-on donc s’attendre à ce que vos activités de président du BGT accordent une place importante aux membres?

Oui, je représente un groupe professionnel: je veux que ses membres soient au premier plan. Avec 750 membres, le BGT est le plus petit des quatre groupes professionnels de la SIA. C’est une chance, car cela me permet de communiquer de manière plus directe et ciblée avec les membres et d’essayer de les impliquer au sein de la Société. L’enjeu du BGT est notamment de représenter au mieux ses membres et leurs profils variés, qu’ils soient titulaires de diplômes HES ou non. Je suis ouvert à toutes les idées ou suggestions pouvant aller dans ce sens.

Ces dernières années, les principaux thèmes au BGT ont été les outils BIM et la low-tech/no-tech. Des thèmes importants à vos yeux?

Assurément. Les outils BIM devraient être utilisés de manière beaucoup plus systématique. Certains professionnels de la conception restent encore à convaincre des avantages de la méthode. Nous avons beaucoup à faire, mais l’effort en vaut la chandelle. 

Et la low-tech/no-tech?

Je n’aime pas trop ce concept. D’une certaine manière, il traduit une intention de se passer des techniques du bâtiment et crée une frontière entre les différents professionnels de la construction. Alors qu’une approche interdisciplinaire est aujourd’hui essentielle pour garantir la meilleure utilisation possible des technologies et composants à notre disposition. Et si l’on pense aux objectifs climatiques, c’est la seule approche possible.

En parlant d’objectifs climatiques, avez-vous une stratégie en la matière?

Cette approche interdisciplinaire se retrouve dans la vision même de la SIA: «Ensemble pour créer un cadre de vie durable.» La Suisse a par ailleurs signé l’Accord de Paris sur le climat et s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Nous n’avons pas le choix, nous devons aller de l’avant. C’est un objectif qui doit nous contraindre toutes et tous.

Ce qui n’est pas encore vraiment le cas…

D’un point de vue théorique, nous avons conscience de nos possibilités, nous connaissons nos limites et savons là où il nous faudra trouver des solutions. C’est à nous, les experts de la conception, d’utiliser nos connaissances pour exploiter au maximum les leviers actuels. Et c’est à nous, à notre association, d’intervenir dans le secteur et de nous positionner clairement. Nous devons motiver tous les acteurs du secteur à travailler main dans la main pour atteindre ces objectifs.

Que faut-il, du point de vue du BGT, pour y parvenir?

À mon avis, la position des ingénieurs doit être encore clarifiée: nous devons agir comme une équipe interdisciplinaire qui travaille à un même objectif, tout au long du processus d’études. Il relève de notre responsabilité de maintenir le parc immobilier suisse à la hauteur des aspirations de la société suisse. Nous voulons atteindre la neutralité carbone et contribuer à la densification. Une mission que nous partageons avec les architectes et les autres acteurs impliqués dans un projet de construction.

Vous avez parlé plusieurs fois de travailler en équipe. Pourquoi est-ce important pour vous?

J’essaie toujours de penser au collectif, d’impliquer tout le monde. Les améliorations de processus ne doivent pas servir à une seule personne, mais à toute son équipe. Et notre association doit continuer à avancer unie, en tenant compte des préoccupations de la société dans laquelle elle est ancrée. Nos idées, nos projets, doivent profiter à tous les groupes professionnels et ne pas servir seulement des intérêts individuels.

Comment envisagez-vous l’avenir immédiat de la branche?

Les défis qui se présentent à nous aujourd’hui sont tels que la seule erreur que nous puissions réellement faire, ce serait de ne rien faire. Lorsque nous avons à disposition les technologies nécessaires à une neutralité carbone, nous devons absolument les utiliser. Dans les autres cas, nous devons réduire nos émissions et les compenser. Et nous devons reconnaître et assumer notre responsabilité en tant qu’ingénieurs et architectes, qui est d’informer les maîtres d’ouvrage des modes de construction écologiques.

Matthias Gmür est ingénieur en génie de l’environnement. Marié et père de deux enfants, il a 35 ans, vit avec sa famille près du lac de Zurich. À 28 ans, il fondait sa première entreprise. Quelques années plus tard, quatre autres avaient suivi, toutes dans le domaine des techniques du bâtiment et de l’énergie.