Kiyonori Kikutake. Une modernité sophistiquée

En 1960, dans un Japon d’après-guerre en pleine effervescence, un groupe de jeunes architectes présenta durant la «Tokyo World Design Conference» une collection de projets et d’essais théoriques rassemblés dans un manifeste intitulé «Metabolism». Plus d’un demi siècle plus tard, une monographie présente le travail et les écrits de l’une de ses plus remarquables figures, Kiyonori Kikutake.

Si le projet de la Nakagin Capsule Tower de Kisho Kurokawa (1934-2007) est devenu au fil du temps le symbole des théories métabolistes, l’étendue de la carrière de Kiyonori Kikutake (1928-2011) représente aussi l’engagement le plus remarquable de toute cette génération d’architectes qui chercha à travers des représentations visionnaires un nouveau paradigme pour la mutation urgente d’un pays en pleine reconstruction.

Adhérant aux slogans modernistes européens et influencé par les théories de l’architecte et designer Kon Wajiro (1988-1973) –le père de la Modernologie–, Kikutake ne s’est pas contentée de suivre la structure moderniste du ‘Form Follows Fonction’, mais a cherché tout au long de sa carrière à maintenir un équilibre entre environnement construit et usage de ses occupants. Ses réalisations, comme le centre administratif d’Izumo ou l’hôtel Tokoen à Yonago City, s’articulent autour d’idées à caractère ostensiblement structurel, complétées par un système de dispositifs amovibles ou interchangeables capable d’accommoder différents modes de vie au fil du temps. Cette vision, d’une grande narrativité et vitalité témoignant d’une nation en pleine croissance, présente dans chaque détail une sélection poétique et raffinée de solutions constructives à la fois innovantes et traditionnelles. Une forme d’existence organique et instable mais à l’essence manifestement domestique et humaine. Doté d’un imaginaire fasciné par la technologie et convaincu que les principes géométriques et structurels de cette ‘architecture du remplacement’ pouvaient également s’appliquer aux environnements urbains à plus large échelle, Kikutake développa tout au long de sa carrière plusieurs propositions urbaines dont notamment son projet pour l’urbanisation des océans – Ocean Urbanism. Une vision territoriale qui souligne infailliblement la nature incomplète de la ville, comme œuvre en perpétuelle mutation.

Cette publication récente, Kiyonori Kikutake : Between Land and Sea, publiée à la suite d’une exposition organisée en 2012 à la Harvard Graduate School of Design nous invite à reconsidérer la relation simpliste qui s’est instaurée de nos jours entre politique et technologie, planification et économie ou encore esthétique et psychologie. Un ouvrage remarquable qui articule à la perfection les travaux tant pratiques que théoriques d’un architecte qui nous défie de penser le monde de demain autrement et nous encourage à remettre en cause l’équilibre actuel entre utilité et poésie.

Kiyonori Kikutake: Between Land and Sea

Couverture du livre: Kiyonori Kikutake. Between Land and Sea

Lars Müller Publishers ©2016. Hardback, 25X20.7cm, 216 pages, 209 images. 50€

Edité par Ken Tadashi Oshima en coopération avec la Harvard University Graduate School of Design et dérivé de l’exposition organisée en août 2012 en hommage posthume à la figure de Kiyonori Kikutake : ‘Tectonic Visions between Land and Sea: Works of Kiyonori Kikutake’. Avec les contributions de Toyo Ito, Kuan Seng, Mark Mulligan, Ken Tadashi Oshima, Kazuo Sejima et Fred Thompson.

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