Si­mo­ne Hol­li­ger: Eu­ca­ryo­te et l'é­co­le de Pâ­quis-Cen­tre

Depuis cet été, le préau de l’école de Pâquis-Centre à Genève (GE) accueille une œuvre de l’artiste Simone Holliger, réalisée en collaboration avec l’artiste-architecte Ester Alemayehu Hatle. La sculpture, aux allures de créature lacustre, anime un édicule jusqu’ici purement utilitaire.

Data di pubblicazione
04-09-2026

L’école de Pâquis-Centre (1975-1979, Jean-Jacques Oberson) se distingue par ses éléments métalliques colorés, de rouge, de bleu, de vert; et peut-être plus encore par la longue passerelle qui la traverse de part en part1. Ce témoin important de l’architecture genevoise des années 1970 a été rénové, entre 2017 et 2021, par le bureau d’architectes dl-a. En 2024, dans le cadre du réaménagement des préaux, le Fonds municipal d'art contemporain (FMAC)2 a organisé un concours sur invitation pour une intervention artistique dans le préau central3.

Créature lémanique aux Pâquis

Comme souvent dans les concours d’art public, les cinq participant·es ont dû composer avec des contraintes. À commencer par la présence, au centre du préau, d’un édicule préexistant en métal, à la fois sortie de secours pour un théâtre et accès à un parking en sous-sol. Eucaryote4, œuvre lauréate de l’artiste Simone Holliger, s’empare de cette émergence technique et la transforme; elle la phagocyte, tel un organisme hybride, tenant à la fois de l’animal et du végétal, mais aussi du minéral. Il faut dire que le lac Léman n’est pas très loin, et a inspiré l’artiste. Eucaryote a-t-elle émergé des abîmes lacustres? Est-elle une espèce d’algue, comme pourrait le laisser penser sa couleur vert-gris? L’artiste laisse son interprétation volontairement floue: «Je ne voulais pas que ça représente quelque chose de très précis, mais que ça laisse libre cours à l’imagination».

En tout cas, ses formes organiques contrastent avec la froideur de l’édicule technique. Avec Eucaryote, l’artiste semble avoir greffé du vivant à un matériau (l’aluminium) qui symbolise, aux yeux de beaucoup d’entre nous (architectes, artistes, usager·ères de la ville), le caractère inanimé et générique des espaces publics actuels, voire leur penchant «hygiéniste»5. Au moment de toucher le sol, la sculpture se mue en gradins. Un espace scénique est ainsi créé, relativement protégé et en hauteur, que les enfants peuvent s’approprier.

De la maquette à l’œuvre monumentale

Pour concevoir Eucaryote, l’artiste – épaulée tout au long du projet par l’architecte Ester Alemayehu Hatle – a travaillé en maquettes, à l’aide de papier, de carton ou encore de terre. La maquette finale a ensuite été scannée. Le fichier numérique ainsi obtenu a servi de base pour la conception de la structure: une armature en acier, elle-même recouverte d’un maillage métallique. S’en est suivi l’application, par l’artiste, de plusieurs couches de mortier, dont la dernière seulement a été teintée. Puis il a fallu installer l’œuvre dans le préau, au cours d’un chantier qui a duré trois mois, entre mars et juillet 2026. Une grue a servi à la mise en place des huit éléments qui, une fois assemblés, ont donné sa forme finale à la sculpture.

Eucaryote se distingue également par la médiation qui a accompagné sa réalisation. Plusieurs projets ont pris place durant l’année 2025, afin de sensibiliser les écolier·ères à l’arrivée de l’œuvre. Les enfants ont par exemple créé des affiches, qui ont ensuite été placées à divers endroits du quartier pour annoncer l’inauguration. C’est que les élèves de Pâquis-Centre seront certainement le public le plus fidèle de l’œuvre.

 

Notes

 

1 Au sujet de l'école de Pâquis-Centre, voir l'article de Mounir Ayoub, «L'école des Pâquis par Jean-Jacques Oberson», TRACÉS 20/2016

 

2 En collaboration avec le Service de l'enfance (SDEN) et la Direction du patrimoine bâti (DPBA)

 

3 Un préau qui abritait, au moment de l’inauguration de l’école, cinq sculptures des artistes Daniel Polliand et Rémy Bühler, depuis lors détruites ou déplacées.

 

4 Le terme eucaryote désigne les organismes dont les cellules possèdent un noyau.

 

5 Voir à ce propos l’entretien mené récemment avec l'artiste Lou Masduraud qui, dans son travail, interroge l'omniprésence de l'inox dans la fabrication des fontaines publiques, et leur caractère «hygiéniste»: «La vie des fontaines», espazium revue 6/2026

Intervention artistique dans le préau de l’école de Pâquis-Centre, Genève (GE)

 

Maître d'ouvrage: Ville de Genève

 

Artiste: Simone Holliger (en collaboration avec Ester Alemayehu Hatle)

 

Direction de chantier: Léonore Nemec

 

Planification et production sculpture: Kunstbetrieb

 

Ingénieur:  WaltGalmarini

 

Concours: 2024

 

Réalisation:  2024-2026