La ville éponge: vers des quartiers résilients
Les mesures d’adaptation aux changements climatiques ne sont plus un choix, mais une nécessité, tant environnementale, sociale que financière. Zoom sur le concept de ville éponge et sa mise en oeuvre au niveau communal.
Le concept de ville éponge fait désormais partie intégrante de l’aménagement urbain. Les exemples d’applications se multiplient. L’intérêt croissant des ingénieur.e.s et des architectes pour des villes résilientes aux changements climatiques encourage ces développements. L’argument climatique est largement lié aux considérations financières. Les dommages causés chaque année en Suisse par le ruissellement de surface, dont l’intensité augmente avec les dérèglements climatiques, s’élèvent en moyenne à 140 mio CHF1. Le nombre et les coûts des sinistres sont en augmentation. En Suisse, 62 % des bâtiments sont menacés par le ruissellement superficiel2. Dès lors, les mesures d’adaptation au changement climatique ne sont plus un choix, mais une nécessité. Zoom sur la définition du concept de ville éponge et l’illustration de sa mise en œuvre potentielle au niveau des Communes.
Article paru dans L'eau, nouvelle matrice du territoire, Les Cahiers d'EspaceSuisse-romande, n°1/2026
Le concept de ville éponge se concentre essentiellement sur le ralentissement du cycle de l’eau en milieu urbain. L’eau pluviale est non seulement ralentie par la multiplication d’infrastructures bleues-vertes, mais également stockée via le sol pour être valorisée lors de périodes de sécheresse, notamment par la végétation. L’objectif est de gérer l’eau pluviale de manière décentralisée avec une gestion de l’eau la plus proche possible de son cycle naturel. La publication de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et de l’Office fédéral du développement territorial (ARE), Eau de pluie dans l’espace urbain3, documente très bien cette approche et constitue un document précieux pour les Communes.
Pour l’application des solutions de type ville éponge, seule une approche interdisciplinaire permet de trouver des solutions adaptées aux conditions locales. Toutes et tous sont impliqué.e.s: ingénieur.e.s, architectes, urbanistes, spécialistes de la mobilité, sociologues, élu.e.s… Cela paraît utopique, mais c’est bien une réalité. La preuve en est le nombre croissant d’exemples de réalisations collectés sur la plateforme en ligne «ville éponge» de l’association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA)4.
Bien entendu, l’ampleur des aménagements reste dépendante des intensités de pluie: préserver le cycle naturel de l’eau ou limiter les dégâts lors de précipitations extrêmes nécessitent des approches différentes. Néanmoins, à travers plusieurs exemples, nous avons pu constater que les solutions de type ville éponge permettent une réponse multi-objective.
Le concept de ville éponge induit un changement de paradigme dans l’aménagement urbain, favorisant la désimperméabilisation. Le cheminement de l’eau est finement analysé et se décline en de multiples aménagements en cascade. L’exemple du quartier de Wolkenwerk à Oerlikon en est une très bonne illustration. L’eau pluviale qui tombe sur les toitures végétalisées est en premier lieu stockée et ralentie. Au pied des bâtiments, l’eau s’écoule de manière visible à travers des espaces aménagés avec une végétation arborée et arbustive variée, issue de variétés locales adaptées au climat et résistantes à la sécheresse. L’eau excédentaire des toitures et des places perméables est collectée via des caniveaux en béton jusque vers un étang qui agrémente le quartier. Ce plan d’eau assure plusieurs fonctions (rétention, biodiversité, agrément,…) et constitue un élément paysager de qualité pour le quartier et ses habitant.e.s, un repère dans l’espace public.
Ville éponge à l’échelle communale: comment procéder?
Avant tout, la Commune doit se montrer exemplaire dans la gestion de l’espace public. Il s’agit de planifier/réaménager en priorité les rues, les places et les bâtiments communaux (administration, écoles, centre de voirie, etc.). Il s’agit notamment d’utiliser les opportunités offertes par les travaux d’entretien et de rénovation déjà planifiés ou en phase de développement. Des actions types consistent à désimperméabiliser les surfaces, végétaliser les espaces, découpler les eaux des toitures et les retenir, utiliser et/ou infiltrer, etc. Ces actions permettent de sensibiliser la population. Il faut revoir le développement urbain et le compléter par des thèmes relatifs à la ville éponge. De manière concrète, chaque Commune doit revoir son PGEE (plan général d’évacuation des eaux), il s’agit d’une tâche obligatoire (art. 5 de l’Ordonnance sur la protection des eaux). Dans cette révision, il s’agit d’intégrer le ruissellement de surface, d’élaborer des bases pour la désimperméabilisation et la gestion intégrée du système global du réseau d’assainissement de la Commune. La publication Eau de pluie dans l’espace urbain propose notamment une meilleure coordination entre PGEE et plans d’affectation, ce qui permet d’adapter les règlements communaux pour imposer/promouvoir les éléments de la ville éponge auprès des particuliers. Il est possible par exemple de modifier l’indice de surface de pleine-terre ou l’indice de surface verte pour créer de la place sur la parcelle pour une gestion des eaux de pluie proche de la nature, encourager les toitures et façades végétalisées par le biais de subventions ou d’impôts (par exemple, taxe sur les surfaces imperméables)5.
La planification de quartier est l’un des leviers les plus efficaces pour appliquer le principe de la ville éponge de manière globale. Se situant à une échelle intermédiaire, ni limitée à une seule parcelle ni trop générale, elle constitue un point de départ idéal pour une approche anticipée et cohérente. Cela implique d’intégrer la gestion des eaux pluviales dès la phase de planification (plan de quartier, plan d’affectation partiel, etc.) et d’exiger l’élaboration d’un concept adapté. Dans ce cadre, il est essentiel de se mettre en réseau avec les Communes pionnières, afin de bénéficier de leur expérience. La plate-forme d’information ville éponge du VSA, la Checklist pour une gestion durable des eaux de pluie dans les quartiers6 et le nouveau Guide du PGEE 7 ont été créés pour soutenir les Communes dans cette voie.
Vers une gestion intégrée et durable de l’eau
Le concept de ville éponge et son application à l’échelle communale reposent sur une approche renouvelée de la gestion des eaux pluviales, considérées avant tout comme une ressource. Il s’agit de rendre l’eau visible et vivante dans l’espace urbain, de favoriser sa rétention en surface par des dispositifs décentralisés, tout en intégrant systématiquement les situations de surcharge et les aléas liés au ruissellement.
De nombreux outils et retours d’expérience existent aujourd’hui pour accompagner les Communes dans la mise en œuvre de ces principes. Les projets réalisés démontrent que cette démarche gagne en efficacité lorsqu’elle s’appuie sur des collaborations inter- et transdisciplinaires. Les bénéfices observés sont multiples, allant de l’amélioration mesurable de la qualité de vie à des impacts positifs sur la santé humaine. À l’avenir, la révision du PGEE communal constituera un levier essentiel pour inscrire durablement cette nouvelle vision de l’eau dans les politiques publiques locales, ouvrir la voie à des projets innovants et renforcer la résilience des territoires face aux défis climatiques.
Notes
1. Données de l’assurance La Mobilière, 2012-2021
2. Laboratoire de recherche sur les risques naturels – La Mobilière, Université de Berne, 2023 ; hochwasserrisiko.giub.unibe.ch
3. Office fédéral de l’environnement (OFEV) et Office fédéral du développement territorial (ARE), Eau de pluie dans l’espace urbain, Berne, 2022. Document disponible en ligne gratuitement sur nccs.admin.ch
4. ville-eponge.info. Le site propose également des outils de mise en œuvre, ainsi que des formations et encourage le réseautage. Le VSA sera ravi d’y ajouter les exemples de réalisation de votre Commune.
5. Des exemples de règlements communaux sont disponibles sur le site ville-eponge.info et peuvent servir de source d’inspiration.
6. Publiée en avril 2025 par le VSA, téléchargeable gratuitement sur vsa.ch
7. Publié en novembre 2025 par le VSA, téléchargeable gratuitement sur vsa.ch