Une tran­sfor­ma­tion d’égal à égal

PNR 81

Identifier des qualités jusqu’ici invisibles : un projet de recherche de la Haute école spécialisée bernoise a recours à la méthode dite des Cultural Probes pour jeter un pont entre perceptions subjectives et connaissances techniques. Le but de la démarche est de favoriser une meilleure appréciation du patrimoine bâti.

Data di pubblicazione
12-01-2026
Merle Ibach
Ethnographe du design à la Haute école des arts de Berne, elle mène des recherches sur les méthodes participatives pour une transformation durable et coordonne le projet de recherche « Façonner la culture du bâti » dans le cadre du PNR 81.

Vesin, petit village agricole du canton de Fribourg, à la frontière entre la plaine et le plateau, est niché dans un paysage culturel intact. Vu du sud, le village présente une silhouette harmonieuse, avec sa rue principale ourlée d’une enfilade de façades et son centre où trône un vieux tilleul. Malgré quelques modifications architecturales, Vesin a conservé son authenticité rurale. Mais au-delà de la protection du site construit, comment appréhender les valeurs intrinsèques à la vie d’une commune ? Et, au-delà de cette démarche de préservation de l’existant, quelle réflexion mener pour pérenniser le patrimoine bâti ?

Le projet de recherche « Fonder la culture du bâti sur des valeurs et sur une démarche participative », qui s’inscrit dans le programme national de recherche « Culture du bâti » (PNR 81), examine les possibilités d’intégration des valeurs individuelles et collectives dans l’évaluation du patrimoine bâti. Si les bâtiments existants sont porteurs d’histoires, de souvenirs et d’identités, ils représentent aussi des ressources pour un avenir durable. Le projet voit dans la culture du bâti telle que définie dans la Déclaration de Davos (2018) et dans la stratégie de la Confédération en matière de culture du bâti (2020) la clé d’une transformation globale hautement qualitative de l’environnement bâti. Cette transformation ne peut réussir que si les hommes et les femmes sont capables de s’inscrire dans un rapport intime avec leurs lieux de vie et de contribuer activement à son développement.

Or c’est là qu’intervient la méthode participative des Cultural Probes : au moyen d’outils créatifs tels que des cartes, des dessins ou des photographies, les habitant·es sont encouragé·es à partager leurs points de vue personnels sur les bâtiments et sur les lieux. Il en ressort une image complexe de ce qui rend des lieux comme Vesin si importants aux yeux de leurs habitant·es. La population locale est reconnue comme experte de son propre quotidien, ce qui lui permet d’être impliquée d’égal à égal dans les processus décisionnels. Les méthodes d’évaluation employées jusqu’à maintenant s’intéressent avant tout aux ressources matérielles, à la consommation d’énergie ou encore à la portée historique, au détriment des valeurs émotionnelles, sociales et du quotidien, généralement négligées. Les Cultural Probes, en revanche, stimulent la réflexion et mettent en lumière des qualités qui restent souvent invisibles dans le quotidien urbanistique. 

Sous la houlette de Nina Mekacher, l’équipe du projet de la Haute école spécialisée bernoise teste actuellement cette approche de la « science citoyenne » dans le cadre de plusieurs études de cas, où les habitant·es et les expert·es participent de concert à l’évaluation et à l’activation du potentiel en matière de construction. En collaboration avec le canton de Fribourg et la Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA), elle explore également les possibilités de développement des directives actuelles – telles que la spécification technique SIA 2017 « Valeur de conservation des ouvrages » – pour en faire une nouvelle norme.

L’objectif est de faire en sorte que l’intégration des processus participatifs et fondés sur la valeur dans les bases d’évaluation, les normes et l’enseignement soit perçue demain comme une évidence. Cette démarche vise une gestion du patrimoine bâti qui ne repose pas uniquement sur des bases techniques et économiques, mais également culturelles. La combinaison des perceptions subjectives avec les connaissances techniques permet de faire émerger une nouvelle conception de la culture du bâti qui ne repose pas sur une conservation statique, mais sur un approfondissement commun de la réflexion et une négociation du sens.

À propos de l'autrice

 

Merle Ibach est ethnographe du design à la Haute école des arts de Berne. Elle mène des recherches sur les méthodes participatives de la transformation durable et elle est coordonnatrice du projet de recherche « Fonder la culture du bâti » dans le cadre du PNR 81.

À propos du programme PNR 81

 

Le Programme national de recherche « Culture du bâti » (PNR 81) du Fonds national suisse rassemble 13 projets de recherche. L’appel à projets a été lancé en 2023, la sélection des projets s’est déroulée en 2024 et la phase de recherche, en cours depuis début 2025, s’étendra sur une période de cinq ans pour s’achever en 2030. Le comité de direction du PNR 81 est composé de dix expert·es suisses et étranger·ères et est présidé par Paola Viganò, professeur à l’EPFL.

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