Pro­jets pion­niers et ou­vrages phares

Au cours des douze dernières années, la construction en bois a connu un essor remarquable. D’édifices précurseurs en prouesses techniques jusqu’aux récentes réalisations, les avancées se profilent tant par leur diversité que par leur qualité.

Date de publication
16-10-2026

Considéré comme traditionnel et chaleureux, mais pas innovant, le bâti en bois est longtemps resté un non-sujet. L’aura du matériau relevait de la nostalgie, mais l’excluait des choix de construction visant la haute technologie de demain. Pourtant, au cours des deux dernières décennies, le bois a été au cœur d’une évolution spectaculaire.

Les objectifs du développement durable ont focalisé l’attention sur cette ressource renouvelable et des innovations techniques ont ouvert de nouvelles possibilités en architecture, ingénierie civile et exécution d’ouvrages. Dans la construction en bois, qui a toujours connu la préfabrication, la numérisation des processus a été plus poussée que dans nombre de domaines du bâtiment et a permis la fabrication compétitive et précise d’éléments pour de grands projets et des géométries complexes (voir fig. 1). Dès 2003, les normes incendie (voir infobox p. 13) ont autorisé la construction en bois jusqu’à six étages, si bien que la part de nouveaux logements réalisés en bois a doublé en dix ans. On a commencé à bâtir de grands projets non seulement en zone rurale ou artisanale, mais aussi en ville.

Résidences urbaines

Parmi les pionniers érigés en ville, on trouve des logements coopératifs à Zurich, tel l’immeuble résidentiel et commercial de la Badenerstrasse (fig. 2). L’avantage du bois pour les surélévations – son ratio poids/résistance – est illustré par la transformation du siège des transports publics Sihltal Zurich Uetliberg Bahn (SZU), réhaussé de quatre étages de logements (fig. 3). De manière générale, des durées de chantier, des nuisances et des surfaces logistiques réduites grâce à la préfabrication, la construction par éléments ou modulaire, ainsi qu’un montage accéléré sur place, s’avèrent particulièrement favorables en centre-ville et pas seulement pour du bâti provisoire (fig. 4).

Alors que la structure porteuse des premiers grands ouvrages en bois demeurait dissimulée par d’autres matériaux, des immeubles habillés de façades bois ont bientôt suivi, à l’exemple des barres du Zürcher Freilager (fig. 5), à l’époque le plus grand ensemble en bois du pays – un record battu déjà trois ans plus tard par le lotissement sue & til à Winterthour (fig. 6).

Bien des projets affichent aussi une efficience énergétique et des qualités architecturales exceptionnelles, saluées par des certificats et des distinctions. De plus, ils englobent souvent des facteurs de durabilité additionnels. Ainsi, le lotissement Maiengasse à Bâle (fig. 7) est une densification intra-urbaine créant une cour communautaire et l’immeuble résidentiel et commercial La Bistoquette à Plan-les-Ouates (GE) (fig. 8) résulte d’une conception participative associant le bois à d’autres matériaux renouvelables.

Le bois dans toutes ses combinaisons

Depuis lors, non seulement le nombre, mais aussi la diversité des ouvrages en bois se sont accrus – avec une haute qualité de bâti. On a érigé des logements et des commerces remarqués à l’international, des établissements voués à la culture, au sport et à la santé, des bureaux et des salles de concert, des bâtiments pour des zoos, des manufactures et des sièges d’entreprise, ainsi que, dans le domaine du génie civil, des passerelles et même des passages à faune (fig. 9).

S’y ajoutent de nouveaux aspects, tels que la recyclabilité des ouvrages et leur démontabilité : les salles de gym provisoires pour le canton de Zurich (fig. 10) sont conçues pour être plusieurs fois désassemblées, puis réédifiées dans d’autres combinaisons. En parallèle, il a été prouvé que des solutions hybrides peuvent optimiser des structures porteuses d’envergure, comme le montrent la Suurstoffi 22, la première tour en cons­truction hybride bois de Suisse (fig. 11), puis la H1, actuellement la plus haute (fig. 12).

Un matériau plein d’avenir

Les réticences encore émises il y a dix ans face à la construction en bois sont dépassées. La question centrale portait sur les coûts. En 2015, on estimait à quelque 6 % le surcoût lié à la réalisation d’un immeuble en bois par rapport à un projet en dur et l’on voyait mal comment les investisseurs prêts à se lancer pourraient le justifier, sans compter les frais d’entretien des façades.

Il a depuis été établi que les ouvrages en bois – sous condition d’une conception ­soignée – sont parfaitement concurrentiels au niveau des coûts de réalisation, tout en affichant des standards de durabilité plus élevés. De même, avec une mise en œuvre correcte du matériau, les façades bois peuvent être conçues de façon très durable et leur entretien s’avère tout à fait compétitif. Pour des maîtres d’ouvrage institutionnels dont les portefeuilles immobiliers sont orientés à long terme, ce sont là des critères favorables à l’option bois.1

S’y ajoutent les atouts propres à ce matériau renouvelable : capacité de stockage temporaire de CO2, contribution aux chaînes de création de valeur locales et plus-value liée à une gestion forestière durable pour les loisirs de proximité, biodiversité, rétention hydrique et régulation climatique. En feuilletant aujourd’hui la série de cahiers «Ville en bois», on mesure tout le chemin parcouru et l’énorme potentiel encore à exploiter. On peut se réjouir des avancées à venir!

Note

 

1 «Zwischenbericht – Erfolgskontrolle Institutionelle Bauherrschaft 2024», Haute école spécialisée bernoise BFH, Bienne 20.1.2025

Prescriptions suisses de protection incendie PPI

 

2003: les PPI révisées de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie AEAI permettent la construction en bois jusqu’à six étages (jusque-là : deux étages sous combles).

 

2015: jusqu’à la limite d’une tour (hauteur totale 30 m ), les PPI autorisent le bois pour tout bâtiment et affectation (logement, administration, école, industrie, artisanat, hôtellerie ou commerce). Pour les tours, l’usage d’éléments porteurs et coupe-
feu contenant du bois est possible sous conditions spécifiques.

 

2026: prescriptions suisses de protection incendie PPI 2026, bsvonline.ch

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