«La BFH n’est pas une tour d’ivoire»
Trois responsables au département Architecture, bois et génie civil reviennent sur le développement de la Haute école spécialisée bernoise (BFH) et donnent un aperçu des priorités définies pour l’avenir.
espazium: Votre école est la seule en Suisse qui associe l’expertise et l’offre de formation en techniques du bois à l’architecture, à l’architecture du paysage et au génie civil. Comment est-ce arrivé?
Peter Staub: La HES bernoise est issue de la réunion de plusieurs institutions riches en traditions. Notamment des Technicums de Bienne et Burgdorf, ainsi que de l’école du bois de Bienne fondée en 1952. Leur rassemblement a ouvert la voie à la concentration de la formation sur le bois et la construction durable.
Comment s’est développée la filière de recherche à la BFH?
Frédéric Pichelin: Le point fort de la HES par rapport aux EPF est notre proximité avec l’économie et l’industrie. En Suisse, la branche du bois est majoritairement composée de petites et moyennes entreprises, qui ne disposent souvent pas de département de recherche interne.
Elles se tournent donc vers la BFH pour les questions dans ce domaine. L’intérêt croissant pour le bâti durable se reflète aussi dans la forte extension de notre recherche appliquée. Quelque 150 personnes y sont aujourd’hui actives.
« Le point fort de la HES par rapport aux EPF est notre proximité avec l’économie et l’industrie. »
Prof. Dr. Frédéric Pichelin
Comment s’exerce la collaboration entre les disciplines
Katharina Lindenberg: Au cinquième semestre, les étudiantes et étudiants en génie civil, techniques du bois, architecture et – récemment – architecture du paysage élaborent en commun un projet interdisciplinaire. Nous posons ainsi un jalon important pour transférer la culture de projet collaborative à la pratique. L’expertise des spécialistes de la conception doit alimenter le projet à un stade plus précoce que ce que prévoient les phases d’étude définies par la SIA. Cela prépare la voie au développement de nouvelles méthodes de conception et de réalisation, mais aussi à des avancées
en matière d’éléments de bâti, tel le bois associé à l’argile et à la paille.
Dès l’automne 2026, la BFH inaugure un bachelor en architecture du paysage. Quelle en est l’origine?
Peter Staub: Notre nouvelle offre d’étude répond à un besoin venant de la pratique. Des associations, des communes et des bureaux d’étude nous ont incités à développer une alternative aux filières existantes, davantage orientée sur les espaces d’habitation urbains, pour pallier la pénurie aiguë de compétences dans le domaine. L’offre sera complétée dès 2027 par le nouveau master en « Resilient Cities and Communities ».
Le département Architecture, bois et génie civil rejoindra le nouveau campus de Bienne avec le département Technique et informatique dès 2028. Quels changements cela entraînera-t-il?
Katharina Lindenberg: La réunion apporte nombre de synergies. Une nouvelle dynamique s’établira notamment dans le domaine de la numérisation. Notre enseignement se focalisera davantage sur des sujets tels que l’intelligence artificielle et l’automatisation robotique. En outre, le nouveau site près de la gare de Bienne accroîtra les occasions de réseautage – avec les entreprises et institutions de l’espace Mittelland, mais aussi avec le public.
«Les défis de notre temps ne pourront être relevés que par une approche interdisciplinaire.» Prof. Peter Staub
Quel projet est d’actualité?
Frédéric Pichelin: Avec l’Université polytechnique de Lviv, nous avons élaboré un programme mineur qui rassemble des compétences en matière de bois, technologie des matériaux, construction, architecture et numérisation, pour la reconstruction du parc immobilier en Ukraine.
Peter Staub: C’est un retour aux sources : l’École suisse du bois a été fondée il y a 75 ans en raison de la pénurie de spécialistes au sortir de la guerre. Le manque de bois obligeait à un traitement parcimonieux du matériau. La situation est comparable aujourd’hui : une demande en hausse pour des ressources limitées – à l’exemple de l’Ukraine, mais aussi de la Suisse face à la progression accélérée de la construction durable.
La BFH n’est pas une tour d’ivoire : les défis de notre temps ne pourront être relevés que par une approche interdisciplinaire. C’est pourquoi, avec des partenaires issus de la société civile, de l’économie
et d’autres institutions, nous développons et testons des solutions concrètes en conditions réelles. Le bois y joue un rôle clé – à la fois comme matériau renouvelable et comme base de nouveaux modes de bâti.
Prof. Katharina Lindenberg est directrice de l’institut pour la numérisation de la construction et de la filière bois au département Architecture, bois et génie civil de la BFH
Prof. Peter Staub est directeur du département Architecture, bois et génie civil de la BFH;
Prof. Dr. Frédéric Pichelin est directeur de la recherche et des prestations au département Architecture, Bois et génie civil de la BFH