Nou­velle es­thé­tique de la dé­ten­tion

Les prisons ont longtemps été un angle mort de l’architecture. Aujourd’hui, l’établissement pénitentiaire de Pöschwies à Regensdorf est en cours d’extension, et l’incarcération devient une question de conception architecturale.

Date de publication
12-05-2026

Autrefois, la commune de Regensdorf, située dans la périphérie de Zurich, était connue pour ses carrières de gravier, ses champs et ses pavillons individuels. Aujourd’hui, ce sont les grues, notamment celles du futur quartier de Zwhatt, qui s’imposent dans le paysage. À quelques centaines de mètres de là se trouve l’établissement pénitentiaire de Pöschwies (Justizvollzugsanstalt – JVA), la plus grande prison de Suisse. Une structure qui accueille actuellement 376 détenus, et dont l’extension permettrait l’ajout de 120 à 180 places. Ce projet fait suite à la décision du Conseil d’État zurichois de fermer plusieurs établissements plus petits, notamment ceux d’Affoltern am Albis et de Horgen. Pour répondre à la complexité d’un programme devant concilier sécurité, patrimoine (le bâtiment de 1995 est classé depuis 2021) et respect du bien-être des personnes incarcérées, le Canton de Zurich a organisé des mandats d’étude parallèles (MEP) auxquels cinq équipes ont participé.

L’architecture derrière les barreaux 

L’architecture carcérale a longtemps été un sujet tabou et rares étaient les architectes qui se vantaient de concevoir des prisons. Si la réglementation apparaît a priori très contraignante, c’est surtout la charge symbolique qui a pu jouer en défaveur du programme. À Pöschwies, l’architecture pénitentiaire se renouvelle et s’envisage aussi en termes d’atmosphère, d’orientations, et de confort. Le rapport du jury mentionne les palettes de couleurs, les puits de lumière, les perspectives et la biodiversité du site. Par ailleurs, l’aménagement intérieur des cellules pousse à la comparaison avec celui des logements étudiants. Le message est clair, l’enfermement ne peut se réduire à une problématique sécuritaire, et doit laisser place à un semblant de normalité. Bien que la contradiction demeure, la prison n’étant pas un espace de retrait volontaire, le débat qui a accompagné les MEP marque néanmoins un progrès.

Les cinq projets rendus répondaient tous au cahier des charges, tout en accusant chacun des faiblesses. Il s’agissait tantôt de sécurité incendie, tantôt de sûreté, voire d’aménagement spatial. Trois projets sont restés en lice, et c’est finalement le projet de Penzel Valier et Drees & Sommer qui a été désigné lauréat. Celui-ci se démarque par son insertion dans le tissu urbain et une organisation générale claire ; un cheminement couvert relie les différentes parties du site et contribue à une atmosphère particulière, portée par des intérieurs étonnamment accueillants. Si certains aspects techniques du projet restent à préciser dans les phases suivantes, c’est parce que le concours a avant tout servi de cadre d’exploration architecturale. Porté par des débats exigeants au sein du jury, et avec la contribution de la criminologue et architecte Andrea Seelich, le processus du concours a conduit à un projet lauréat qui invite à penser autrement l’espace carcéral. 

De hauts murs dans la ville 

La commune de Regensdorf pourrait constituer un laboratoire en matière d’intégration des prisons à la ville. Sous l’effet de l’intense activité de construction, l’établissement n’est plus relégué en périphérie, mais s’inscrit progressivement dans le paysage urbain. On peut y voir une opportunité de progrès social, mais il faut aussi nous interroger sur les limites de l’architecture : celle-ci ne masque-t-elle pas qu’il s’agit d’un lieu de privation de liberté ? 

Du point de vue de la faisabilité du projet et de la perspective générale qu’il offre, le jury a pris la bonne décision. Mais le débat ne doit pas s’arrêter là. Par leurs propositions, les concepteurs contribuent à façonner la manière dont la société pense la punition, entre enfermement, réinsertion ou articulation des deux. L’architecture carcérale n’est donc pas un exercice de construction neutre, elle est un acte politique, qu’on le veuille ou non.

D’après le texte d’origine de Jennifer Bader, espazium magazin

Extension, trans­fo­rma­tion et rénovation, de la prison de Pöschwies à Regensdorf (ZH)

Maître d’ouvrage : Direction de la justice et des affaires intérieures, du système pénitentiaire et de la réinsertion

Organisateur : Direction des travaux publics du Canton de Zurich, représentée par l’Office des bâtiments, Zurich

Procédure : Mandats d’étude parallèles (SIA 143) à un degré 

Palmarès

Équipe lauréate :           
Penzel Valier, Zurich, avec Drees & Sommer Schweiz, Zurich ; Maurus Schifferli Landschaftsarchitekten, Berne ; Gruner, Bâle ; Siplan, Berne ; Gartenmann Engineering, Zurich ; Reflexion, Zurich

Équipes sélectionnées :           
Hildebrand Studios, Zurich, avec Itten + Brechbühl, Zurich ; Hootsmans Architectuurbureau, Zurich ; WaltGalmarini Zurich ; Chaves Biedermann, Frauenfeld ; PZM, Zurich ; HKG Consulting, Aarau ; Künzler & Partners, Bienne           
D. Jüngling et A. Hagmann Architectes, Coire avec bernath + widmer Architectes, Coire ; Walter Dietsche Baumanagement, Coire ; Ribi + Blum, Zurich ; Uniola, Zurich ; Amstein + Walthert, Coire ; Balzer Ingenieure, Coire ; Gasser Bauphysik Consult, Schaan (FL) ; Ulrich R. Graf, Soleure

Les propositions primées peuvent être consultées sur notre plateforme competitions

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