Maître Yoda aux Plaines-du-Loup

Après un chantier exigeant, la maison de quartier de Plaines-du-Loup est achevée. Terre, bois et chaux-chanvre caractérisent ce bâtiment sur deux niveaux. Reste à voir si l’approche inhabituelle des matériaux et de la construction convaincra à l’usage et pourra faire figure de référence pour les prochaines étapes du nouveau quartier.

Date de publication
06-11-2026
Revision
06-11-2026
Isabel Borner
Rédactrice environnement/énergie et architecture - Espazium AG

En juillet 2025, Camille Claessens-Vallet rendait déjà compte du chantier de la nouvelle maison de quartier de Plaines-du-Loup. Et déjà dans cet article, avec «La revanche des trois petits cochons», la comparaison avec les contes s’imposait… Aujourd’hui, la maison est achevée. Et elle se dresse comme une petite contre-proposition à côté du quartier densément bâti. Pour comprendre les attentes placées dans la maison de quartier et son rôle, il vaut la peine d’examiner de plus près le développement du quartier des Plaines-du-Loup: situé au nord de Lausanne, cet écoquartier de 30 ha doit accueillir d’ici 2034 quelque 8000 habitant·es et 3000 emplois.

Conformément aux exigences de la Ville de Lausanne, il a été développé selon les critères de la société à 2000 watts et mise sur une haute efficacité énergétique et sur les énergies renouvelables. En 2025, la première des quatre étapes, avec 23 immeubles d’habitation, a été achevée. Le chauffage et la production d’eau chaude reposent sur la géothermie, associée à des pompes à chaleur et à la récupération de chaleur des eaux usées. Des installations solaires produisent une partie de l’électricité nécessaire aux pompes de chauffage et de circulation. Le système est conçu pour couvrir entièrement les besoins de chaleur par des énergies renouvelables et n’émettre aucun gaz à effet de serre.

Le quartier est aussi exemplaire en matière de ville-éponge, ces thèmes ayant été intégrés dès la phase de conception. Il est sans voitures; les places de parc se trouvent dans un parking silo unique. Les sous-sols ont ainsi pu être largement évités, ce qui laisse à la végétation un espace suffisant pour ses racines. Le sol des anciennes installations sportives a lui aussi été traité et réutilisé pour les plantations.

Les espaces libres revêtent une importance particulière compte tenu de la densité: les bâtiments, qui comptent en partie neuf étages, sont proches les uns des autres, tandis que des formes variées créent des espaces extérieurs diversifiés. Corps de bâtiment sinueux, redents, formes en U et en L alternent dans les immeubles conçus par 23 bureaux d’architecture. Entre cours intérieures semi-privées et places publiques naissent différents lieux de rencontre.

Quatre maisons en une

Mais c’est sur l’énergie grise que le concept montre sa faiblesse. La presse a critiqué des bâtiments trop hauts et trop denses; pour un écoquartier, on aurait en outre utilisé trop de béton, donc trop d’énergie grise. En réaction, la Ville de Lausanne a formulé des exigences poussées pour le mandat d’étude parallèle de la maison de quartier: elle devait être réalisée avec des matériaux géosourcés (d’origine minérale ou terreuse) et biosourcés (matières premières biologiques renouvelables) et accueillir, comme lieu animé, les usages les plus divers. Une partie du bâtiment devait être construite dans le cadre d’un processus participatif avec les habitant·es du quartier.

Le jeune bureau lausannois Joud Beaudoin Architectes a remporté le mandat d’étude parallèle. Pour le traitement des matériaux bio- et géosourcés, il a été conseillé par Peter Braun de Normal Office et Julien Hosta de CRAterre.
Sa proposition: quatre volumes autonomes, chacun avec son propre programme – quatre maisons en une –, reliés par un espace public qui fait office de foyer et de cafétéria. Salle de théâtre, aula de 140 places, bureaux, accueil parascolaire et quatre ateliers polyvalents trouvent ainsi place sous un même toit. Des murs en terre assurent la séparation acoustique à l’intérieur. Le foyer sur deux niveaux constitue le centre spatial.

Le langage du matériau

De l’extérieur, le foyer et les «maisons» se distinguent par des volumes en saillie et en retrait ainsi que par des formats de fenêtres variés. La façade est portée par une ossature en bois, remplie par une couche de 30 cm de chaux-chanvre préfabriquée et fermée à l’extérieur par une couche de chaux-chanvre de 17 cm, damée sur place. Une couche d’isolation n’était pas nécessaire, le matériau assurant à la fois la protection contre les intempéries et l’isolation. À l’intérieur, on trouve des murs porteurs en pisé de 45 cm d’épaisseur. La maison est accessible par ses quatre faces par des ouverture qui donnent dans l’espace de distribution central, ce qui relie le bâtiment au parc sans seuil.

La maison est un peu à l’écart de la dense urbanisation, encadrée par le vert des prairies et des bosquets. La vue vers l’est paraît très rurale, ce que renforcent les moutons qui y paissent. En entrant, on remarque combien l’air sent le frais. L’atmosphère est détendue, presque contemplative. Contrairement aux immeubles élevés, surtout en béton, la maison de quartier sur deux niveaux, avec sa façade brun clair en chaux-chanvre, évoque maître Yoda. Imperturbable face à l’agitation du voisinage, il se tient là et dispense ses leçons en chanvre, en terre et en bois. De l’autre côté, ça grouille; les gens vaquent à leurs tâches quotidiennes entre travail, loisirs et vie sociale. Dans la maison de quartier, en revanche, le temps semble ralentir.

Ce jeudi matin, de petits enfants jouent à l'étage, un concert est en préparation dans la salle de spectacle et, au café central, des habitant·es du quartier lisent leur journal. La lumière entre par les grandes fenêtres, le terrazzo clair renforce l’impression de clarté. Malgré les nombreuses activités simultanées, l’acoustique est agréablement sourde.
Les murs – haptiques, rugueux et dotés d'une surface vivante – piquent la curiosité. On dirait que le chantier, rendu difficile par les nombreux orages d’été, est complètement oublié, que les cicatrices des murs ont disparu.

Un nouveau chapitre pour les Plaines-du-Loup?

Lorraine Beaudoin se souvient que, pendant le chantier, des gens passaient presque chaque jour pour exprimer leur scepticisme face à l’ouvrage. Elle n’a encore jamais construit un bâtiment qui ait suscité autant de commentaires, hier comme aujourd’hui. Les personnes qui le visitent semblent entrer en dialogue avec lui. Entre-temps, les commentaires de la population du quartier et du public sont unanimement positifs, presque enthousiastes.

Que ferait-elle autrement la prochaine fois? Enclore complètement le chantier dès le départ et travailler avec une grue mobile. La terre serait ainsi protégée de la pluie et les entreprises subiraient moins d’arrêts dus aux intempéries.
La maison de quartier pourrait-elle donner l’impulsion pour la deuxième étape de Plaines-du-Loup? Les prochains immeubles ne deviendront probablement pas tous de petits Yoda. Mais peut-être restera-t-il quelque chose de sa leçon: ici un enduit de terre, là une façade en chaux-chanvre, ailleurs un mur en briques de terre crue.

Maison de quartier des Plaines-du-Loup, Lausanne (VD)
 

Maître d’ouvrage: Ville de Lausanne

Architecture: Joud Beaudoin Architectes, Lausanne

Ingénierie civile: 2M Ingénieurs, Yverdon-les-Bains

Ingénierie bois: Ratio Bois, Ecublens

Ingénierie terre: Normal Office, Fribourg

Installations techniques: AZ ingénieurs, Lausanne

Électricité: Perrin & Spaeth, Crissier

Physique du bâtiment: Enpleo, Lausanne

Spécialiste terre: Julien Hosta

Construction en pisé: ADV Construction, Penthaz

Livraison: automne 2025

Coûts: env. 9,5 mio CHF

Traduit par l’IA, révisé par la rédaction.

Lien vers la version originale en allemand

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