Tri­lo­gies avu­siennes

Quartier intergénérationnel d’habitations et nouvelle place de village, Avusy (GE)

Le nouveau quartier intergénérationnel construit par apaar à Avusy (GE) active une identité qui affleure déjà dans les logiques territoriales existantes: plutôt que de s’y superposer, il s’y glisse, attentif aux continuités discrètes qui fondent l’esprit d’un lieu propice à l’expérimentation.

Date de publication
16-06-2026

Athenaz est un village situé sur le territoire de la modeste commune d’Avusy, à l’extrémité ouest du canton de Genève. Entre plateau agricole et vallon bocager, son caractère est marqué par une trame fine mêlant bâti, cheminements et paysages productifs voués à l’agriculture. Un nouveau quartier intergénérationnel y a été construit par apaar.

Priorité au vide

C’est grâce à une approche contextuelle et sensible que le bureau genevois remporte en 2019 le concours sur présélection organisé par la commune d’Avusy pour revitaliser son territoire, avec un programme de logements intergénérationnels. Sept ans plus tard, tout est là et l’on attend avec impatience l’épanouissement de la végétation, car ce qui frappe à la découverte du lieu, ce sont les qualités spatiales du non-bâti. Dans quelques années, les vivaces et fruitiers rendront difficile la perception d’ensemble, mettant plutôt en valeur la qualité des recoins et lieux singuliers imaginés par les architectes et architectes paysagistes d’apaar.

Profitant de la proximité du paysage et des opportunités urbaines à créer, le projet est articulé autour de trois schèmes spatiaux empruntés au vocabulaire villageois – la ruelle, le verger et la place – auxquels répondent trois bâtiments. Ces schèmes constituent la structure de l’ensemble et enrichissent les qualités de vie du village. Loin d’être un simple motif de composition, cette trilogie opère comme un dispositif relationnel, capable de mettre en tension les différentes échelles du projet, du collectif au domestique, grâce à une grande attention portée aux seuils.

Trois schèmes ruraux

La ruelle ne se contente pas d’assurer une liaison fonctionnelle entre les deux routes majeures qui traversent Athenaz. Elle rejoue une forme de cheminement quotidien, où la proximité, la lenteur et l’épaisseur des seuils produisent des situations d’usage ouvertes. Bordée de bandes plantées et de frontages appropriables, elle introduit une gradation entre espace public et sphère privée, aménageant un filtre visuel pour les logements du rez-de-­chaussée. En complétant les cheminements existants, la nouvelle ruelle constitue non seulement un élément de desserte, mais aussi un support de sociabilité essentiel au développement de la vie du village, et plus généralement d’une culture du vivre ensemble.

Le verger occupe une position centrale et joue un rôle de charnière spatiale. En prolongeant une structure paysagère existante, il inscrit le projet dans une continuité à la fois écologique et culturelle. Au-delà de cette fonction d’intégration, il participe aussi activement à la composition: espace de respiration, de production et de cohabitation, il introduit une temporalité propre, liée aux cycles saisonniers et aux pratiques qui y sont rattachées. Il n’est ni parc ni jardin d’agrément, mais un espace ambivalent, à la fois cultivé et partagé, où la présence du vivant reconfigure les rapports entre habitant·es et environnement.

La place, enfin, concentre les usages collectifs autour du nouveau bâtiment communal. Elle articule les flux issus de la ruelle et du verger, tout en offrant une scène ouverte aux activités du quotidien. Sa définition reste volontairement mesurée, évitant l’effet de surdétermination formelle. Ce n’est pas une figure monumentale mais un espace d’intensité potentielle qui met tous les usages à proprement parler sur un même plan: voitures, terrasse attenante à la maison communale, arbres, banc ainsi que l’ancienne fontaine du village et son couvert, démontés et reconstruits sur la place. Sa vitalité dépendra de sa capacité à accueillir des appropriations diverses, ordinaires ou événementielles. L’emménagement prochain d’un café et d’une épicerie au rez-de-chaussée du bâtiment communal fait figure de promesse.

Trois modes constructifs pour trois maisons

Au cœur de ce dispositif paysager rural, les trois bâtiments sont placés aux endroits seuils liant les qualités des espaces extérieurs à des formes d’intensité de nature urbaine. Les architectes ont observé le vernaculaire local: cassures, approximations, tensions, autant de situations traduites dans l’architecture des nouveaux bâtiments, de leur volumétrie jusqu’au second œuvre, en passant par certains détails architectoniques. Fragmentation et décalage des volumes, ajustement des hauteurs aux bâtiments voisins, codes de la grammaire architecturale vernaculaire, à l’image des toitures en croupe, des refends maçonnés aveugles, des toitures à trois plis, des fontaines de façade, du motif d’ornement du moucharabié dans les loggias, ou encore du solivage de soupente cadrant les vues vers l’extérieur.

Encore en gestation à l’époque du concours, la résolution constructive de l’architecture s’est révélée être un processus de découverte pour apaar. Avec le soutien d’une maîtrise d’ouvrage ouverte et soucieuse de solutions constructives durables et simples, les trois bâtiments sont construits selon trois modes différents: bois, maçonnerie, terre. Et cela se ressent dans leur expression: volume traversant pour la construction en bois développée sur des axes parallèles, offrant de part et d’autre des pièces aux ouvertures généreuses; volume compact et articulé pour le bâtiment en briques isolantes dont les angles sont occupés par des loggias plus introverties.

Le bâtiment communal allie deux murs porteurs intérieurs en terre crue à des façades maçonnées. La terre, encore absente au stade du concours, s’est imposée comme une incarnation de la durabilité visée par apaar. Les 3000 m3 de terres excavées pour construire le parking souterrain du nouvel ensemble y sont certainement pour quelque chose. 100 m3 de sous-couche (horizon C) ont ainsi été stockés pendant deux ans, comme l’ont été les horizons A et B réutilisés intégralement pour les aménagements extérieurs. La quantité presque anecdotique porte pourtant en elle une narration palpable et localisée pour les ­usager·ères qui engage une continuité directe entre sol et élévation. Le réemploi des arbres abattus prolonge cette logique, transformant une contrainte de chantier en ressource matérielle et narrative: on les retrouve transformés en bancs publics ou dans les poignées de porte, les mains courantes et autres consoles des logements.

Combo durable

La gestion de l’eau participe de cette approche intégrée. En favorisant la gestion à ciel ouvert de l’infiltration des eaux pluviales, le projet mobilise les ressources naturelles du sol et inscrit l’hydrologie dans le paysage quotidien. Noues, creux et zones de rétention rendent visible un cycle souvent dissimulé, contribuant à une compréhension sensible des processus environnementaux. Le programme bâti s’inscrit dans cette logique. La mixité des habitant·es, souvent invoquée, trouve ici un ancrage spatial à travers la qualité des espaces intermédiaires. Balcons, seuils, cheminements et espaces partagés composent un tissu relationnel qui dépasse la seule juxtaposition des unités d’habitation.

Cette promesse d’intergénérationnalité ne peut naturellement pas être entièrement garantie par le projet: elle suppose des usages, des temporalités et des modes de gestion qui échappent en partie à la conception architecturale. En ce sens, la durabilité bâtie et la durabilité sociale ne s’opposent pas: elles se renforcent mutuellement, dans la mesure où la qualité des espaces produits conditionne leur appropriation et, par extension, leur pérennité.

La multiplicité des intentions pourrait atténuer la force de l’intervention d’apaar. Mais c’est en fait bien là que réside son intérêt: dans cette capacité à éviter les réponses univoques, à préférer l’ajustement à l’affirmation. À Athenaz, l’architecture ne cherche pas à s’imposer comme une figure, mais à installer des conditions d’usage, de relation, d’évolution. En cela, le projet propose moins une image qu’un milieu ouvert, offert au temps long des pratiques et des appropriations. Un constat incitant à penser les villages, moins réglementés en termes urbains et moins soumis à la pression des agglomérations urbaines, comme des territoires d’expérimentation de différentes formes de vie et de construire.

 

Quartier intergénérationnel d’habitations et nouvelle place de village, Avusy (GE)

 

Maître d’ouvrage: Commune d’Avusy

 

AMO: Tekhné

 

Architecte et architecte-paysagiste: apaar

 

Ingénieur civil: Ratio Bois

 

Ingénieur civil: structurame

 

Ingénieur géotechnique: Gadz

 

Ingénieur chauffage ventilation: CSD

 

Ingénieur sanitaire: Ryser Eco

 

Ingénieurs électricité: srg engineering

 

Expert pisé: Olivier Krumm

 

Concours sur présélection: 2019

 

Livraison: 2025

 

Surfaces SP (avec parking souterrain): 7236 m2

 

Coût total: 22 mio CHF

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