Le pisé sous la loupe

Sous la supervision de Roger Boltshauser, des étudiants en architecture de l’Ecole polytechnique fédérale (EPFL) réalisent un pavillon en pisé au Sitterwerk, à St-Gall. Les archives matérielles du centre d’art sont à l’origine d’une riche exposition consacrée à ce matériau.

Date de publication
14-09-2017
Revision
04-10-2017

Voici 15 ans que l’architecte Roger Boltshauser voue sa pratique architecturale au pisé: cela a commencé par les petites constructions du Sihlhölzli (2002), suivies par la maison Rauch, à Schlins (2008), conçue pour et avec Martin Rauch, pionnier du matériau dans le Vorarlberg, puis de son propre bureau à Zurich (2010) et du pavillon scolaire Allenmoos (2012) (lire l'article en allemand de nos collègues de TEC21 «Lehm zum Tragen bringen»). Le pisé est également le fil conducteur du %%gallerylink:24739:projet Ozeanium%%, qui doit être réalisé d’ici 2019 à Bâle (lire l'article en allemand de nos collègue de TEC21  «Neubau Ozeanium Zoo Basel»). Le bureau Boltshauser a ainsi accumulé une large expérience dans ce mode de construction oublié. 
En tant que professeur invité à l’EPFL depuis 2016, Roger Boltshauser a aussi mené des recherches sur ce matériau. Avec ses étudiants, il a approfondi les origines et l’histoire de la construction en pisé, autrefois largement répandue, et les projets de l’Atelier Boltshauser ont exploré les possibilités du matériau. Lors du semestre d’été 2017, les étudiants ont ainsi planché sur un pavillon d’artiste pour le Sitterwerk de St-Gall. Parmi les différentes propositions, celle des étudiants Yannick Classens et Mattia Pretolani a été désignée comme la meilleure – elle devrait voir le jour dans le périmètre du Sitterwerk dans les années à venir.
A partir des données rassemblées, la chaire a monté une exposition très documentée dédiée  au pisé. Après une première halte printanière à l’EPFL sous le titre «Rammed Earth – The Tradition of Pisé», elle est maintenant visible au Sitterwerk jusqu’au 15 octobre sous l’intitulé «Pisé – von Lyon bis St. Gallen». Elle y est complétée par les projets de pavillon conçus par les étudiants, ainsi que des exemples historiques existant à St-Gall et en Thurgovie, qui témoignent d’une relation intéressante entre les anciens hauts lieux du textile qu’étaient Lyon et la Suisse orientale. 
A Lyon, la construction en pisé était très répandue et, aujourd’hui encore, quelque 40% des bâtiments ruraux de la région Rhône-Alpes sont constitués de ce matériau. C’est par le truchement du commerce de lin que ce mode de construction a pénétré en Suisse dès le 17e siècle, si bien que l’on trouve encore un nombre étonnant de bâtisses en pisé en Suisse orientale. Pour l’exposition de St-Gall, l’Atelier Boltshauser a relevé les plans de ces maisons et en a fait la description, tandis que le photographe Philip Heckhausen les documentait dans de sobres tableaux. 
Les photos mettent en évidence les analogies et les différences entre les deux traditions bâties: alors qu’à Lyon les maisons en pisé s’insèrent aussi dans le tissu urbain, en Suisse orientale, on les trouve le plus souvent sous forme de constructions isolées. Et tandis qu’en France elles sont reconnaissables comme telles de l’extérieur, leurs pendants helvétiques sont le plus souvent crépies. De plus, les maîtres d’œuvre français semblaient davantage confiants quant aux capacités porteuses de leurs réalisations: l’exposition montre des habitations citadines comptant jusqu’à cinq étages, là où leurs homologues suisses se limitent à deux ou trois.
Les recherches historiques de l‘Atelier Boltshauser livrent des résultats surprenants, car nombre de ces constructions ont traversé les siècles sans dommages. Elles sont la preuve de la durabilité des maisons en pisé et plaident pour un bâti on ne peut plus écologique. Comme le matériau de construction est en principe issu directement de l’excavation des fondations, les transports sont réduits au minimum et la démolition ne pose pas davantage de problèmes: une fois la toiture enlevée, les murs exposés à la pluie redeviennent de la terre. Parfaitement compatibles avec l’impératif de recyclage permanent, ces caractéristiques font du vieux mode de construction un concept d’avenir. Le principe d’éthique environnementale «du berceau au berceau» n’est guère mieux incarné par un autre matériau que le pisé.
Mais avant d’envisager son application à grande échelle, quelques questions fondamentales doivent encore être résolues. Notamment la sécurité sismique, qui est le talon d’Achille d’un matériau non armé, qui est usuellement stabilisé par des ancrages circulaires dans le plancher. Or, les étudiants de Roger Boltshauser se sont aussi penchés sur ce problème.
Yannick Classens et Mattia Pretolani ont converti cette limitation en principe de conception: à l’instar du pavillon en lames de bois de Peter Zumthor pour l’Expo de Hannovre, des tirants enserrent les plaques de pisé, assurant ainsi le bâti contre les oscillations verticales. On saura bientôt si ce procédé répond aux exigences statiques: lors d’un atelier d’été, les étudiants érigeront une maquette de l’édifice à l’échelle 1:1.

 

Informations

Pisé – Von Lyon nach St. Gallen
Jusqu'au 15 octobre
SITTERWERK
Sittertalstrasse 34 CH-9014 St.Gallen T.+41 71 278 87 08
www.sitterwerk.ch

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