Le pa­tri­moine s’en va-t-en guerre

Le patrimoine s’en va-t-en guerre est une petite exposition qui s’articule autour d’un des aspects les plus dialectiques de la rivalité franco-allemande: l'instrumentalisation des dégâts infligés au patrimoine architectural, à des fins de propagande. 

Date de publication
17-03-2016
Revision
30-03-2016

L'invasion de la Belgique et du Nord de la France au commencement de la Première Guerre mondiale va s'accompagner de nombreuses destructions en milieu urbain. Si le 19e siècle en a son lot, le nouveau conflit mondial innove par sa façon d’intensifier la guerre faite aux citadins. L'augmentation de la puissance de feu de l'artillerie et l'usage de moyens aériens annoncent ce qui va bientôt se généraliser: la lente migration de la violence guerrière des champs de bataille où l’on tente tant bien que mal de la cantonner aux agglomérations urbaines. Traumatisés par la destruction de certains joyaux de leur patrimoine national, les Français vont chercher à instrumentaliser les images et les reliques des sites dévastés pour mobiliser les troupes et renforcer le sentiment patriotique. La presse illustrée, très active déjà depuis la fin du 19e siècle, va contribuer à cet effort de guerre éditorial qui s'appuie autant sur la photo que sur la gravure. La destruction de la bibliothèque de Louvain mais surtout celle de la cathédrale de Reims, vont donner lieu à d’innombrables publications, expositions, et jusqu’à de véritables artefacts, comme ce puzzle en cube avec l’image de la cathédrale en flammes, «pour que les enfants n’oublient pas».

Ces ouvrages s'efforcent peu d'établir le comment de ces saccages. On ne s'éternise pas sur le fait que l'échafaudage en bois, monté à la hâte pour protéger la cathédrale, va causer sa perte en transmettant le feu à la nef du toit.

Le ton est plutôt à la dénonciation de la barbarie germanique, héritière atavique de celle des envahisseurs du premier millénaire. Dans un élan mêlant indignation et patriotisme exacerbé, l’Allemagne va être dépeinte comme une nation à la brutalité inhérente.

Road show

Le patrimoine s’en va-t-en guerre, présenté dans la partie muséale de la Cité de l’architecture à Paris, revient sur plusieurs de ces expositions de propagande qui mettent en scène des fragments de monuments, des objets saisis à l’ennemi ou des curiosités de la guerre comme cet obus coincé dans un ouvrage de la bibliothèque de Verdun.

Ces expositions itinérantes jouent un double rôle. En France, elles visent à maintenir le moral d’une population ahurie par la violence des combats. La propagande sert souvent à faire oublier les véritables causes de la catastrophe humaine: le peu d’égard des Etats-majors pour épargner les vies des combattants, l’absence au niveau politique de stratégie de négociation, l'enlisement du conflit,  sans oublier sa façon d’être structuré par des critères de classe.

A l’étranger, notamment aux Etats-Unis, ces expositions vont permettre de récolter des fonds, mais aussi de mobiliser les Américains pour venir combattre aux côtés des Alliés.  Ces efforts vont donner lieu à de véritables symboles du pacifisme au service de l’effort de guerre, comme l’ange au sourire de la cathédrale de Reims, premier d’une lignée d’anges mobilisés, de Reims en 1915 à Dresde en 1945, pour dénoncer la barbarie des armées qui s’en prennent aux civils. Cette sensibilité pour une figure de l’innocence meurtrie traduit ce changement de paradigme qui s’opère avec la Première Guerre mondiale et qui transforme en cible de premier ordre les populations non combattantes.

Destruction et régionalisme

L'exposition aborde, sans vraiment s'y attarder, un aspect des plus fascinants de cette nouvelle guerre faite aux villes: le regain d’intérêt qu'elle suscite pour le régionalisme.
Le spectre d’une destruction de l’identité architecturale de certaines villes va renforcer le camp des défenseurs d’une reconstruction dans un style régionaliste.

C’est ainsi que les années 30 vont voir émerger, dans de  nombreuses villes de Belgique et du nord de la France, des projet architecturaux et urbains qui, tout en étant modernes d’un point de vue tectonique, mettent l’accent sur des particularismes régionaux: c’est le cas de nombreuses villes comme Arras et Cambrai, reconstruites dans un style néo flamand.

L’exposition revient aussi sur des épisodes moins connus de ce conflit mondial, comme le largage sur Vienne, par des aéronefs italiens, de tracts vantant la générosité des Italiens qui choisirent de ne pas larguer des bombes, contrairement aux Autrichiens qui n’avaient pas hésité à saccager des monuments pendant la guerre d’indépendance italienne.


Informations

 

Affiche de l'exposition

1914-1918. Le patrimoine s'en va-t-en guerre
Du 11 mars 2016 au 04 juillet 2016
Cité de l'architecture et du patrimoine
1 place du Trocadéro
75116 Paris
www.citechaillot.fr/