Jeunes Rives: re­lier la ville au lac

Les rives du lac de Neuchâtel, dont le potentiel a été révélé par Expo.02, sont longtemps restées un espace festif occasionnel et un vaste parking. Le concours d’idées Europan, remporté en 2010 par le bureau d’architectes frundgallina, a marqué le début d’une réflexion sur les liens entre la ville, le lac et les usages d’un site unique.

Date de publication
16-12-2025

Ce territoire porte bien son nom: les Jeunes-Rives – une appellation qui évoque l’émergence d’un nouvel espace qualitatif et vivant pour la ville, en contact direct avec le lac. Ce vaste terrain gagné sur le lac par des remblais successifs depuis les années 1950 révèle aujourd’hui tous ses atouts pour une appropriation collective.

Après le rejet en votation d’un premier projet en 2003, la requalification des Jeunes-Rives a suivi une longue maturation: concours Europan en 2010, démarche participative en 2014, multiples études et itérations. Quinze ans plus tard, la première étape d’une transformation urbaine profonde s’achève, donnant corps à une vision patiemment élaborée. L’idée d’un parc, ponctué d’interventions architecturales minimalistes, a fait son chemin et bénéficie aujourd’hui d’une large adhésion citoyenne et politique.

Une première étape laisse entrevoir ce que sera le projet à terme: un vaste espace libre jalonné de quatre pavillons en bois, discrets et emblématiques à la fois, qui mêlent diversité d’usages, sobriété constructive, poésie et ouverture sur le paysage. Les aménagements extérieurs, ainsi que deux édifices – la batellerie et les vestiaires de plage – ont déjà été livrés. Deux chantiers sont encore en cours et s’achèveront au printemps 2026, celui du restaurant et celui du café-bain-saunas. La deuxième étape des réaménagements, qui concerne l’arrière des rives et prévoit notamment la suppression du parking, la préservation des platanes et l’agrandissement de la «place rouge» – un vaste espace ouvert qui accueillera divers manifestations et événements – a été validée cet été.

Une valorisation sensible des rives

La démarche des architectes a consisté à préserver un grand espace paysager comme cœur du projet, à favoriser une valorisation sensible des rives urbaines. Une promenade piétonne, ponctuée de quatre structures, forme la «colonne vertébrale» du site. Elle se déploie ainsi du port (ou de l’esplanade Léopold-Robert), à l’ouest, jusqu’au campus universitaire, à l’est, et relie la ville à l’eau dans le sens nord-sud.

Chaque construction a sa propre identité, mais compose avec la suivante. Par leur sobriété et leur simplicité constructive, elles s’apparentent à des pavillons éphémères et établissent toutes un dialogue avec le paysage et les éléments naturels. Elles sont réalisées en très grande majorité avec du bois issu des forêts communales. Leurs systèmes constructifs entièrement en bois massif apparent autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, l’absence de sous-sol et le nombre réduit de matériaux permettent une intégration douce et harmonieuse à l’environnement paysager qui les entoure.

L’ensemble des pavillons illustre une approche architecturale où la mesure et la justesse priment sur l’effet, valorisant la beauté du paysage et le grand espace libre du parc.

La batellerie, première étape du parcours, située à la jonction du port et de l’esplanade Léopold-Robert, s’affirme comme un seuil et une articulation claire entre ville et lac. Un portique monumental, comme un balcon urbain, cadre les perspectives et dialogue avec les édifices voisins, tandis qu’en contrebas, des cabines nautiques animent la vie portuaire. Plus loin, le restaurant public, avec sa salle traversante, permet une continuité visuelle du parc au lac. Ses échappées, sa large terrasse le long du lac et sa structure apparente en bois massif offrent une expérience paisible et immersive qui lie nature et architecture. Au centre du parc, le pavillon circulaire des vestiaires de plage invite à l’introspection et à la contemplation: son jardin central à ciel ouvert instaure une atmosphère méditative, en lien direct avec les éléments naturels. Enfin, le café-bain-saunas, implanté sur pilotis à l’extrémité est du site, associe convivialité et bien-être. Le parcours spatial qu’il propose, des saunas à l’étage jusqu’à un escalier extérieur au rez-de-chaussée qui plonge dans l’eau, joue sur l’expérience sensorielle de l’ombre à la lumière, du repli à l’ouverture, de la chaleur à la fraîcheur.

Un dialogue entre ville et paysage

Créer plus d’espaces de délassement et de loisirs au bord du lac, faciliter la baignade, aménager un parc ouvert de près de 7 ha, structuré par l’architecture, mais qui laisse toute la place aux éléments naturels, où chaque pavillon agit comme un élément de repère et d’usage: les intentions du concours ont bel et bien été réalisées. Même si la forme a évolué au fil du processus, l’essence du concept a été préservée. Le projet initial, nommé Ring, prévoyait une longue promenade en boucle entourant le parc, et une pente douce de la ville à l’eau.

Lors de la première étape, un gros travail a été réalisé sur les sols, qui étaient de très mauvaise qualité (remblais), pour les rendre plus fertiles; les arbres existants ont fait l’objet de beaucoup de soin et la palette végétale a été diversifiée dans une perspective de résilience au changement climatique et de renforcement de la biodiversité. La longueur de la plage a été doublée et structurée par des decks en bois et des brise-­vagues métalliques qui facilitent l’accès à l’eau et protègent des vents forts. Plusieurs seuils se succèdent de la pelouse au lac: marches, decks, galets, accompagnant le mouvement vers la baignade. Plus loin, de simples accès à l’eau composés de rochers, de marches en bois prolongées de pontons et d’échelles invitent à une entrée dans l’eau plus directe, pour les baigneurs plus aguerris. Au fond du site, l’escalier en pierres qui s’enfonce dans l’eau au sortir du café-saunas propose encore une tout autre expérience. L’immense place de jeux au nord du restaurant diversifie encore les usages.

Le nouveau visage des Jeunes-Rives enseigne que la sobriété constructive et des aménagements extérieurs peuvent transformer un grand vide urbain à l’identité peu définie en un lieu de rencontre et d’expériences sensibles.

Récemment, la Ville de Neuchâtel – maître d’ouvrage – a choisi de conduire elle-même la seconde phase du projet. Cette évolution de la démarche marque un changement de mode de pilotage par rapport à la première étape, menée en collaboration avec les architectes lauréats du concours. Si la première phase a démontré la cohérence et la qualité de la vision initiale, l’enjeu sera désormais de poursuivre cet esprit, dans la continuité.

Retrouvez ici la visite des Jeunes Rives avec leurs concepteurs en vidéo.

Réaménagement des Jeunes Rives, Neuchâtel (NE)

 

Maître de l’ouvrage: Ville de Neuchâtel

 

Architectes et direction générale des travaux: frundgallina architectes fas sia

 

Architectes-paysagistes: Approches

 

Ingénieurs civils/rives et bâtiments: GVH Saint-Blaise

 

Ingénieurs civils/infrastructures: SD ingénierie et RBA

 

Ingénieur CVS: Toedtli Energie

 

Ingénieur E: Energys

 

Physique et thermique du bâtiment: Estia

 

Spécialistes en gestion des sols: RWB Neuchâtel

 

Spécialistes environnement/SER: Aquarius

 

Concours Europan: 2010

 

Construction (étape 1): 2023-2026

 

Coût de l’ouvrage CFC 1-9 (étape 1): 22992000 CHF TTC

Sur ce sujet