Co­pen­hague zéro net

Dossier

L'année 2025 et la capitale danoise n'a finalement pas atteint son objectif "zéro net" fixé il y a plus de quinze ans. Et alors ? En chemin cette stratégie cordonnée en a fait  l'une des villes les plus agréables et dynamiques au monde. De quoi en inspirer d'autres. 

Date de publication
09-12-2025

En 2009, la Ville de Copenhague s’est fixée pour objectif d’atteindre le «zéro net» en 2025, ambitionnant ainsi de devenir la première ville au monde à y parvenir. Marketing urbain? Arrogance nordique? Ou véritable politique responsable dont on devrait s’inspirer? Entre temps, le climat est devenu une préoccupation mondiale et plusieurs villes se sont lancées, tardivement, dans la course. Paris, Zurich ou Genève, par exemple, se donnent jusqu’à 2050 pour neutraliser leur bilan.

Autant vous prévenir tout de suite: nous sommes déjà en décembre et, non, Copenhague n’aura pas atteint son objectif. On parle aujourd’hui d’une réduction d’environ 80% depuis le lancement du plan, et d’un bilan positif à partir de 2030. Mais la capitale a d’ores et déjà gagné son pari, grâce aux nombreux cobénéfices de sa politique. En vingt ans, la ville s’est métamorphosée, elle est devenue l’une des plus attractives du monde, tout en maintenant un contrôle sur la hausse des loyers. Comme nous l’explique Camilla van Deurs, architecte de la Ville jusqu’en 2024, c’est surtout l’amélioration du système de chauffage urbain et la transformation du mix énergétique (notamment la conversion des centrales de cogénération à la biomasse) qui explique l’impressionnante chute des émissions carbone dans les premières phases du plan. Mais l’autre grande source d’émission, la mobilité, a également fait l’objet d’une politique extrêmement ambitieuse. Après avoir pacifié le trafic, sécurisé les bandes cyclables et déployé de véritables «autoroutes cyclistes», l’adoption de ce moyen de transport simple et efficace devient massive. Dans le nouveau morceau de ville créé autour de l’ancien port (Nordhavn), on ne parle plus de «ville quart d’heure», mais de «ville à cinq minutes». Aujourd’hui, Copenhague est l’une des rares villes au monde où l’on peut s’entendre converser dans la rue et promener ses enfants en toute quiétude. Dans ces conditions, la densité urbaine, même élevée, est mieux acceptée.

Pourtant, des voix critiques continuent de s’élever, dans une métropole qui construit (et démolit) énormément et s’étend avec voracité sur l’Øresund. Pour certains architectes, le plan climat couvre d’un voile pudique une intense activité de construction qui continue d’exploiter des ressources polluantes. Comme le montre Nicolai Bo Andersen dans son essai, bien des architectes danois se tournent désormais de manière radicale vers les matériaux bio- et géosourcés locaux, «cultivent» le bâti au sens premier du terme. Il s’agit de limiter les démolitions et surtout de préserver, voire de s’inspirer d’un patrimoine bâti, qui tient bon et continue d’inspirer. C’est bien ce que suggère Luca Ortelli dans son essai lumineux dédié à Kay Fisker, l’un des architectes du siècle dernier qui a le plus contribué à façonner l’étrange beauté anonyme des rues de Copenhague: et si les pistes pour réaliser une ville européenne durable ne se trouvaient pas aussi dans ces solutions éprouvées?

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