«La nou­vel­le nor­me vi­se à an­crer plus pro­fon­dé­ment la ges­ti­on de la qua­li­té dans les pra­ti­ques»

La nouvelle norme de compréhension SIA 131 assoit des principes bien établis en matière de qualité sur une base solide et durable. Angela Mizrahi, présidente de la commission SIA 131, explique dans une interview les avantages de la transformation de l’ancien cahier technique SIA 2007 pour le secteur de la planification et de la construction. 

Publikationsdatum
09-03-2026

Un résultat conforme aux exigences: c’est ainsi que se définit la notion de « qualité » dans le domaine de la construction. Et c’est bien avec cette vision de la qualité que la commission SIA 131 s'est attelée à la révision du cahier technique SIA 2007 «La qualité dans la construction». Ce cahier technique, qui est un instrument clé pour le secteur suisse de la planification et de la construction en matière de qualité, se présentera bientôt sous une toute nouvelle forme: celle d’une norme de compréhension, la norme SIA 131 « Gestion de la qualité des projets de construction », actuellement mise en consultation.

Madame Mizrahi, pourquoi cette nouvelle norme SIA 131 était-elle nécessaire?
Le délai de validité du cahier technique SIA 2007 est arrivé à son terme. Lors de la dernière prorogation de ce délai, la Commission centrale des règlements (ZO) a décidé de sa révision et de sa mise à jour, notamment afin de s’assurer que les interfaces avec les autres normes restaient cohérentes.

À cela s’ajoute le fait que la publication initiale du cahier technique date du tournant des années 2000. La société, l’économie, la culture du bâti étaient alors tout autres. On commençait tout juste à parler de «Lean Management», par exemple, un terme apparu peu après la publication des normes ISO 9000. La révision du cahier technique SIA 2007, un document de base essentiel, devait par conséquent intégrer les changements profonds survenus dans le domaine de la construction au cours de ces vingt et quelques dernières années. Autre élément à entrer en ligne de compte, l’importance accrue accordée à la gestion de la qualité. Elle est la raison principale de la transformation du cahier technique en norme. Parallèlement, enfin, l’appréhension du concept de qualité a également évolué. Il est par exemple plus fortement associé aux notions de durabilité environnementale et sociale.

En quoi la nouvelle norme est-elle mieux que l’ancien cahier technique?
Le premier changement qui saute aux yeux est que la norme a été nettement allégée : elle ne compte même pas la moitié des pages du cahier technique! Au-delà de l’actualisation du contenu, l'interdisciplinarité au sein de la commission a permis d’en resserrer le cadre. L’objectif était d'élaborer une norme applicable de manière très large, sans pour autant réduire sa pertinence pour chaque cas individuel. D’où l’accent mis très nettement sur la gestion de la qualité spécifique au projet (GQP) et donc sur la qualité des processus.

Pourriez-vous préciser cette orientation?
Lors de la révision, on a veillé à limiter au maximum les redondances et les imprécisions. Sur le plan linguistique d’une part, grâce à une terminologie homogène, harmonisée. Sur le plan du contenu d’autre part: la norme n’inclut pas de chapitre sur les systèmes de gestion, d’autant que bon nombre de bureaux sont désormais certifiés ou ont mis en place un système de gestion de la qualité. Alors que le cahier technique SIA 2007 était encore étroitement lié aux normes ISO 9001 et 14001, la norme SIA 131 s’en est affranchie.

Pour compléter la norme SIA 131, qui constitue ainsi un guide général, nous mettrons à disposition des outils numériques pour aider à son application pratique – outils d’évaluation des risques, concepts GQP, check-lists, plans de contrôle et de vérification par exemple. Pour résumer, on peut dire qu’au-delà d’une simple actualisation, les contenus ont été rendus plus accessibles et leur application plus universelle. Notre ambition est de contribuer ainsi à mieux ancrer les principes clés de la qualité dans les pratiques du secteur.

Que recouvre exactement la «gestion de la qualité spécifique au projet»?
La GQP fait partie intégrante de la gestion de projet, elle est un élément indispensable dans tout projet de construction, quels que soient le type, la taille et le degré de complexité de celui-ci. En exploitant au mieux les opportunités qui auront été identifiées et en limitant les dangers, elle sert à assurer le respect des exigences et des objectifs du projet, tels que définis par le maître de l’ouvrage. Un cycle continu d’analyse et d’évaluation du déroulement du projet en quatre étapes– planifier, réaliser, vérifier, améliorer – constitue un élément clé de la démarche.

Quels avantages peut-on en attendre dans la pratique?
Dans l’approche de la norme SIA 131, ce n’est pas la qualité du produit, c’est-à-dire de l’ouvrage réalisé, qui est première – celle-ci est trop spécifique à chaque projet pour que les exigences soient définies dans une norme –, mais la qualité du processus. La GQP aide à répondre au mieux aux exigences du projet, en tenant compte des interdépendances. Les interfaces et les flux d’informations entre les intervenants sont ici cruciaux. La GQP favorise le bon déroulement du projet, du début jusqu’à la fin: commande plus précise, perturbations moindres en raison de la détection précoce des écarts, et donc réduction des coûts, réputation accrue et satisfaction de tous les intervenants. En se centrant sur la GQP, certes, la norme SIA 131 aborde la qualité sous l’angle du processus, mais c’est bien le produit, au final, qui est ciblé: assurer la qualité des processus, c’est non seulement préserver les ressources et éviter le stress, mais aussi obtenir un bâtiment qui répond aux exigences définies.

Pourquoi avoir opté pour une norme de compréhension et non pour une norme contractuelle?
Cette forme de norme va de pair avec la forme allégée du texte, son accessibilité et son caractère général, évoqués précédemment. La norme SIA 131 n’invente rien de neuf en termes de contenu, elle met de l’ordre, explique et hiérarchise des concepts établis. Sciemment, elle n’aborde pas l’étendue des prestations, qui est décrite dans les règlements concernant les prestations et les honoraires (RPH), et se concentre sur la collaboration – comment on travaille ensemble et non ce qu’on fait. Avec cette norme de compréhension, nous souhaitons préciser, expliquer, classer les prestations en rapport avec la gestion de la qualité – des prestations existantes et connues – et les mettre véritablement à la portée de tous.

Que retiendrez-vous du travail de la commission?
J’ai beaucoup appris. Mais ce fut aussi au moins tout autant du plaisir. La gestion de la qualité est un sujet qui comporte de multiples facettes, ce qui suppose des compétences très variées pour la commission. Cela a été un privilège de travailler avec une telle équipe d’experts hautement motivés et de pouvoir compter sur cette compétence collective regroupant, outre l’architecture, l’ingénierie et les installations du bâtiment, également, entre autres, la physique du bâtiment, le droit et la communication.

Le travail de la commission a commencé avec une grande diversité de contributions et des discussions ouvertes sur les dynamiques à l’œuvre dans le secteur ainsi que sur le concept de qualité, un concept pluriel par nature. Au cours des trois années et demie qu’a duré le travail, il a été fascinant de voir comment tout cela a fini, progressivement, par converger pour former un ensemble cohérent.

À quoi verra-t-on, dans cinq ans, si cette norme de compréhension est un succès?
Comme je l’ai indiqué précédemment, la nouvelle norme vise à ancrer plus profondément la gestion de la qualité dans les pratiques : intégrer la GQP dans la réflexion et l’appliquer, au lieu de la considérer – à tort – comme une formalité paperassière et chronophage, doit devenir une évidence. L’objectif est que la GQP sorte progressivement du domaine de la théorie pour passer à celui de la pratique ; que, par conséquent, les acteurs soient de plus en plus nombreux à voir les avantages concrets qu’apporte cette démarche centrée sur les processus, des avantages pour les trois aspects essentiels que sont la qualité, les coûts et les délais. Comme avec le cycle GQP, qui analyse et améliore en continu le déroulement du projet, j’appelle aussi de mes vœux un changement au niveau macro : un secteur qui s’appuie sur une confiance mutuelle et sur une responsabilité commune, qui partage les connaissances et qui, ainsi, progresse continûment. 
([N.D.L.R.]: Cet entretien a été mené en allemand.)

Angela Mizrahi est architecte (M. Arch. University of Michigan) et CEO de hmb partners AG, une société basée à Zurich, spécialisée dans le conseil aux maîtres d’ouvrage ainsi que le montage et la gestion de projets immobiliers. Elle est coprésidente de l’association maneco, l’association spécialisée en management et économie de la construction de la SIA. En tant que présidente de la commission ad hoc, elle a joué un rôle de premier plan dans l’élaboration de la norme de compréhension SIA 131.

Consultation sur la norme de compréhension SIA 131

 

La SIA soumet à consultation le projet de norme prSIA 131:2025-12 « Gestion de la qualité des projets de construction ». Ce projet est disponible sur le site web de la SIA: sia.ch/consultations. Toute prise de position doit être effectuée au moyen du formulaire Word prévu à cet effet et transmise jusqu’au 15 mars 2026 à l’adresse: sia131 [at] sia.ch (sia131[at]sia[dot]ch)

 

((Bildlegende))

 

Angela Mizrahi, architecte, CEO de hmb partners AG et présidente de la commission SIA 131

© hmb partners AG

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