Ate­lier De Mol­fetta Stro­de, le pay­sa­ge dy­na­mi­que au Tes­sin

Deuxième article de notre série qui présente de jeunes bureaux tessinois: l'Atelier De Molfetta et Strode développe des projets de régénération écologique basée sur le concept nord-américain de rewilding

Publikationsdatum
11-09-2017
Revision
11-09-2017

Federico De Molfetta et Hope Strode

Federico De Molfetta (Milan, 1980) obtient son diplôme à l'Accademia di architettura de Mendrisio en 2006. C'est à Lisbonne qu'il découvre l'architecture du paysage, en collaborant avec le bureau PROAP et en travaillant comme jardinier au Jardin Botanique. Il y réalise Uma Eira na Clareira, une installation permanente au centre de l'arboretum : suite à la chute d'un arbre monumental, il transforme les grosses branches en petits troncs et les assemble en un mur de soutènement, créant ainsi un espace horizontal sur un terrain incliné, un lieu de repos pour les visiteurs.

Suite à cette expérience pratique, De Molfetta consolide les bases théoriques et les processus de la discipline avec un Master à la Harvard Graduate School of Design. C'est là qu'il rencontre Hope Strode (Louisville, 1980), avec qui il partage un parcours professionnel parallèle : après un diplôme d'architecture à l'Université de l'Oregon, elle travaille pour l'agence Maryann Thompson Architects à Watertown (Massachusetts) où elle développe des projets écologiques et durables.

Au terme de leurs études, ils fondent ensemble l'Atelier De Molfetta Strode, avec des locaux à Lugano et Milan. L'agence a pour objectif d'appliquer les connaissances acquises à un processus de conception lié au territoire tessinois. En parallèle, les deux associés s'investissent dans la recherche et l'enseignement : De Molfetta collabore avec les professeurs João Ferreira Nunes et João Gomes da Silva à l'Accademia di architettura de Mendrisio, Strode propose un cours d'architecture durable et de projet du paysage au Politecnico de Milan.

Une nouvelle génération de professionnels du paysage

De Molfetta et Strode font partie d'une nouvelle génération de professionnels du paysage et sont les plus jeunes des huit membres de la Fédération Suisse des Architectes Paysagistes (FSAP) actifs au Tessin. Leur expérience est plus spécifiquement liée aux modèles nord-américains où, depuis plusieurs années, se développent les projets de régénération écologique basée sur le concept de rewilding (retourner à l'état sauvage), qui favorisent les activités de détente par le biais de la découverte et de l'exploration. Ces modèles restent tout aussi pertinents pour la région tessinoise : de la forêt à la vigne, des berges de la rivières au bord du lac, des espaces marginaux et résiduels peuvent trouver une nouvelle identité et devenir des lieux de partage.

Le rapport entre le vert urbain et le bâti au Tessin
Le Tessin est conditionné par une culture du jardin qui confine la présence de la nature en ville à des lieux délimités, comme les parcs. C'est une conception qui tend à la réduire à son expression esthétique d'image de carte postale et à soutenir l'idée du vert urbain comme complément d'aménagement, en arrière-plan par rapport au bâti.

La société contemporaine exige plutôt des espaces libres et flexibles, seulement partiellement organisés, à gérer en réseau afin d'en tirer un usage public maximum dans un parfait respect écologique. De Molfetta et Strode ont pu mettre en œuvre un certain nombre de ces notions en réalisant des jardins particuliers, dans lesquels ils ont recomposé des fragments de paysage en harmonie avec les rythmes de la nature, et en collaborant au sein de groupes pluridisciplinaires pour le développement de nouveaux plans de quartiers. 

Lire le premier article de notre série sur les jeunes bureaux tessinois: Mihail Amariei, immeuble résidentiel de la via Giacomo Rizzi à Mendrisio

Premiers travaux de l'Atelier De Molfetta Strode

Dans le Giardino del Tempo, réalisé autour d'une villa conçue par l'architecte Attilio Panzeri dans la région de Lugano, les auteurs préfigurent un paysage à l'aspect sauvage, qui met en valeur la linéarité et la matérialité du bâtiment. Divisé en trois moments, le jardin définit des moments précis de la propriété, qui se distingue par sa topographie, son exposition et sa végétation.

Leur formation d'architecte, de jardinier et de paysagiste, permet à De Molfetta et Strode de traduire en espace leur connaissance scientifique des plantes et de choisir les matériaux les plus adaptés à un lieu déterminé, en les combinant et en les sublimant au rythme des saisons. Le parcours secret le long d'un talus de garrigue, le jardin d'ombre, la belle bordure mixte d'herbacées et de vivaces, les arbres fruitiers sur une vaste prairie fleurie, sont des choix conceptuels à rapprocher de la recherche de biodiversité et d'entretien restreint.

Les espaces extérieurs du nouveau quartier résidentiel Parco Casarico a Sorengo, conçu par l'architecte Panzeri et actuellement en cours de réalisation, semblent exprimer de manière exemplaire la philosophie de ses auteurs. Le dessin du paysage est basé sur des concepts clairs : la continuité écologique de la végétation, l'activation hydrologique de l'orographie existante, la fluidité des parcours publiques et les connections avec le tissu infrastructurel et écologique. De multiples éléments de nature diverse convergent en un palimpseste ordonné et harmonieux, intégré dans le paysage environnant.

Les premiers travaux de l'Atelier De Molfetta Strode révèlent le caractère dynamique des éléments constitutifs du paysage, délibérément exposés au passage du temps, au cycle de vie et aux transformations des saisons. Ils ont valeur de manifeste, capable d'offrir de nouvelles expériences de socialité urbaine, pouvant être reproduits à plus grande échelle dans nos villes. Le message est clair: amener la nature au cœur de l'environnement bâti.

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