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Éditorial de Mounir Ayoub du numéro 08/2018

Si l’on s’intéresse aux voyages des modèles et des concepts architecturaux au 20e siècle, on est forcement amené à considérer l’influence états-unienne. La Suisse malgré une tradition moderniste bien à elle n’échappe pas à cette règle. Dès les années 1930-1940, Siegfried Giedion, alors secrétaire général des CIAM, cherche aux Etats-Unis les éléments d’une «nouvelle tradition» pour le Mouvement moderne. A partir de la moitié des années 1970, ça sera au tour d’un postmodernisme «américain» de s’exporter en Europe. Stanislaus von Moos, rédacteur en chef d’archithese, publiera plusieurs numéros sur les métropoles étasuniennes et un consacré à Las Vegas. Il contribuera ainsi à la diffusion des idées de Robert Venturi et Denise Scott Brown en Suisse. Lors de la décennie suivante, l’historien de l’architecture Kurt Forster fonde le Getty Research Institute à Los Angeles. Plusieurs architectes et critiques suisses y seront par la suite invités.

Moins observées que les villes de la côte Est, régulièrement célébrées par les voyageurs helvétiques, Los Angeles suscite elle aussi la curiosité. Bien avant la publication de Quand les cathédrales étaient blanches, Voyage au pays des timides (1937) édité suite à son séjour aux Etats-Unis, Le Corbusier, voulant illustrer Vers une architecture (1923) cherche alors des images de Los Angeles qu’il qualifie de «cité-jardin américaine»1. Au grand dam du maître de l’architecture moderne, l’Amérique sera une terre nettement moins fertile pour ses réalisations que pour ses idées. David Leclerc, en étudiant sa correspondance avec Albert Frey, son disciple et pionnier du modernisme dans le désert californien, nous fait découvrir une belle adaptation des idées corbuséennes en Californie.

Ainsi, en y regardant de plus près, les influences californiennes en Suisse se révèlent nombreuses. Le modèle typologique de l’étalement résidentiel n’a-t-il pas impacté davantage nos métropoles que celui de la densité du gratte-ciel new-yorkais? Aujourd’hui encore, Los Angeles est largement associée à la suburb qu’on se contente seulement d’exécrer en Europe. «Nous sommes frappés de banalisation»2 prévenait André Corboz, il y a déjà 30 ans. Faut-il alors, comme lui, reconsidérer « nos propres villes qui ont déjà pris fin comme cités » à la lumière de l’enseignement Los Angeles? C’est peut-être ce qu’il aura fait lors de son voyage d’Amérique en cherchant les dimensions culturelles de l’architecture et de l’urbanisme de Los Angeles.

Qu’en est il alors aujourd’hui de ces influences réciproques ? Si le projet de Peter Zumthor pour le LACMA prouve que l’architecture suisse s’exporte bien en Amérique, dans le sens inverse, quelle influence exerce l’architecture californienne sur les jeunes architectes suisses? Pour Frank Escher et Ravi GuneWardena, architectes californiens ayant enseigné à l’EPFL, le riche corpus des architectures résidentielles californiennes, souvent très modestes et bien loin des clichés d’une architecture de nantis, demeure une source d’enseignements.

Derrière le voyage des hommes, c’est celui des idées entre deux aires architecturales et culturelles a priori très éloignées que ce dossier de Tracés et d’espazium.ch propose de faire découvrir.

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Notes

1    Lettre de Le Corbusier à Monsieur Hostache datée du 23 mars 1922 (Paris, Fondation Le Corbusier, B2(15)13), citée par Jean-Louis Cohen dans « ‹ Infiniment fraîche, infiniment neuve ›, l’architecture de Los Angeles vue d’Europe » in Pour une poétique du détour, rencontre autour d’André Corboz, Editions de la Villette, Paris, 2010, pp. 23-46

2    André Corboz, « ‹ Non-City › Revisited », in Le Temps de la réflexion, VIII, « La Ville inquiète », Paris, Gallimard, 1987, pp. 45-59

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