John Brinckerhoff Jackson, conseils de lectures

Plusieurs publications récentes proposent de découvrir ou de redécouvrir J. B. Jackson.

Fin 2016 sont parus en France trois ouvrages consacrés à J. B. Jackson (1909–1996), éditeur de la mythique revue de paysage Landscape : le dernier numéro de la revue Les carnets du paysage, un dossier spécial de la revue L’Espace géographique et enfin Habiter l’ouest, un tapuscrit inédit qu’il a écrit en 1989.

Au début des années 2000, les traductions de Discovering the Vernacular Landscape (1984) et surtout The Necessity for Ruins and Other Topics (1980) ont rendu accessible l’œuvre de J. B. Jackson au lectorat francophone. Ces deux ouvrages ont récolté un fort succès dans les écoles de paysage, plus faible en dehors. Les essais, retranscriptions de conférences et de carnets de notes, dessins et photographies que l’on découvre dans les trois récentes publications dévoilent l’extraordinaire variété des champs disciplinaires couverts par celui qui fut reconnu en même temps comme géographe culturel, essayiste, interprète de l’environnement américain, historien du paysage ou encore pionnier des études paysagères contemporaines.

Dans la revue de l’Ecole nationale de paysage de Versailles, les textes de Jean-Marc Besse ou Gilles A. Tiberghien éclairent sur la façon dont J. B. Jackson lit les paysages comme « des documents dans lesquels l’histoire des sociétés s’est traduite, et non pensés comme séparés de la vie ordinaire, comme des objets exceptionnels ». La revue spécialisée en géographie fait quant à elle enfin découvrir les relations des travaux de J. B. Jackson avec la géographie humaine et surtout la perception singulière des paysages ordinaires étasuniens.

En complément à ces publications réservées plutôt à un lectorat initié, la maison d’édition Wildproject publie un ouvrage à la double lecture. La traduction inédite du texte de J. B. Jackson longtemps oublié, titré A Sense of Place, A Sense of Time et découvert récemment par le chercheur Jordi Ballesta, est accompagnée par une série de photographies réalisées par Peter Brown. On y découvre en images puis en texte les paysages des Grandes Plaines parcourus au milieu des années 1980 par les deux hommes.

Avec pour horizons les montagnes du grand Ouest, le long des routes, rues et chemins, les photographies de P. Brown dévoilent les scènes quotidiennes qui constituent l’immense territoire couvrant les états du Texas et du Nouveau-Mexique. Des barrières de barbelés, de cordes à linge, des panneaux de signalisation, des caravanes, des carcasses de voitures abandonnées et des tas de gravats s’amassent entre des constructions souvent très ordinaires. Le très beau portfolio de P. Brown dévoile à merveille la substance ordinaire du paysage américain que décrit ensuite J. B. Jackson.

Tout au long de son récit, J. B. Jackson laisse subtilement de coté l’historien ou le géographe éclairé qu’il est et se meut en un promeneur – ou visiteur – attentif aux témoignages des habitants et à leurs usages quotidiens. Car pour lui, autant l’image de la grille abstraite que celle de la nature sauvage ne suffisent pas pour expliquer la naissance du paysage américain. Ni la grille issue de la Northwest Ordinance de 1787, ni l’immensité sauvage des plaines ne sont, comme on se plaît parfois à le croire, opérants pour comprendre la fabrication du paysage de l’Ouest américain. Le « paysage n’est pas le résultat d’un plan ni d’une culture (héritée), mais celui d’une histoire en mouvement ». Le titre initial qu’il choisit pour son texte (A Sense of Place, A Sense of Time) traduit cette idée jacksonienne que le « sens du lieu » tout comme le « sens du temps » émanent d’une conception essentiellement « vernaculaire » du territoire, c’est à dire « un régime (économique et culturel à la fois) populaire ou non planifié du paysage ». Chez J. B. Jackson, le paysage est moins culturel ou sauvage que vernaculaire, c’est à dire profondément « anthropologique ».

L’apport essentiel de J. B. Jackson aux disciplines géographiques – notamment à la géographie humaine – peut s’expliquer par une idée concise : le mouvement, c’est-à-dire les actions quotidiennes et les habitudes des habitants d’un lieu, est le moteur principal de la fabrication du paysage. S’il considère « la maison comme symbole d’appartenance au monde », la route est pour lui une « représentation du mouvement, du changement, du temps. » Habiter l’ouest, est en même temps une ode de P. Brown et J. B. Jackson aux paysages des Grandes Plaines et un plaidoyer théorique pour une reconsidération des paysages de l’ordinaire.

Informations


Habiter l’ouest.
John brinckerhoff Jackson, photographies de Peter Brown
Edition et épilogue de Jordi Ballesta, traduit de l’américain par Jessica Shapiro, postface de François Brunet
Editions Wildproject, septembre 2016 / € 22 

 


Les carnets Du paysage n° 30
Editions Actes Sud Nature, Coédition Ecole nationale supérieure de paysage, septembre, 2016 / € 28 

 


L'Espace géographique n° 3/2016
Editions Belin, 2016 / € 25 

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