Qu’est-ce que la re­stau­ra­tion?

Dossier 03/2025

Architecte du patrimoine, Nicolas Meier offre une réponse sensible à cette question ancienne et toujours insoluble en donnant la parole à celles et ceux qui en ont fait leur métier. 

Data di pubblicazione
09-02-2026

Question insoluble. Les deux pères putatifs de la discipline, l’Anglais John Ruskin et le Français Eugène Viollet-le-Duc, à qui l’on fait dire beaucoup de choses, nourrissaient dès le 19e siècle les plus sérieux doutes à son égard. Pour le premier, elle signifie «la destruction la plus totale que puisse souffrir un édifice», puisqu’il est impossible de «restaurer ce qui fut jamais grand ou beau en architecture1». Le second confirmait quelques années plus tard en précisant que «restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné2». La restauration se définit manifestement par ce qu’elle n’est pas, alors que la conclusion de Viollet-le-Duc est un euphémisme: le terme «instauration» aurait sans doute rendu un meilleur compte des interventions créatives qu’il fit subir aux vieux édifices. D’autres définitions parlent sinon de «remettre en bon état une chose dégradée3», se perdant au passage dans un capharnaüm de synonymes commençant par ré-: réparation, rénovation, réfection, rétablissement, réhabilitation, régénération, dont les distinctions sémantiques échappent même aux milieux les plus autorisés.

Un dossier sur la restauration exigeait donc un détour par les milieux agissants: Fanny Pilet, conservatrice-restauratrice de peintures murales, parle à cet égard de redonner une voix aux artisan·es du passé, tout en offrant à ses contemporain·es la possibilité de renouer avec les richesses qui les entourent. Olivier Fawer, tailleur de pierre, songe à la restauration comme à «un humble exercice d’observation et d’imitation», alors que le Groupement d’Artisans du Métal en fait un «chantier de conservation des gestes». Alix Grandjean, ingénieure civile, compare la restauration à une intervention minimale qui s’attaque «à la cause du problème et non à ses symptômes». Révélant la valeur propre de la conception originelle d’une structure, elle milite pour sa préservation à part entière. Le dernier article, enfin, inspiré d’un ouvrage de Richard Sennett et enrichi des témoignages de Jean-François Dedominici, plâtrier, peintre, staffeur, peintre-décorateur, et de Claude Veuillet, ébéniste, tente une synthèse. Insistant sur l’union indispensable de la tête et de la main, il voudrait faire de la restauration le maquis de résistance du métier, manuel par définition, dont l’acquisition pourrait sauver le propre de l’humanité face aux automatismes dits intelligents.

Notes

 

1  Les sept lampes de l’architecture, 1849, trad. G. Elwall, Klincksieck, 2008, p. 209

 

2  «Restauration», Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Vol. 8, 1866

 

3  Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL)

Les photographies illustrant ce dossier ont été réalisées en 2025 par la photographe Brigitte Besson en marge de la création du Cercle du patrimoine de la Fédération vaudoise des entrepreneurs. Que la première soit ici vivement remerciée pour le temps consacré au travail sur les images, et la seconde pour le don qu’elle fait de ce précieux matériau.

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